Une autorisation dérogatoire controversée en Belgique donne le feu vert à un pesticide génétique destiné à lutter contre le doryphore de la pomme de terre. Selon Le Monde, cette substance, nommée Calantha, est le premier pesticide à ARN interférent autorisé en Europe. Deux organisations non gouvernementales (ONG) ont décidé de contester cette décision devant la justice belge, invoquant l’absence d’évaluation des risques pour la santé et l’environnement dans l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Calantha est le premier pesticide à ARN interférent autorisé en Europe, destiné à éliminer le doryphore de la pomme de terre.
  • Une autorisation dérogatoire a été accordée en Belgique, malgré l’absence d’évaluation des effets sur la santé et l’environnement par l’UE.
  • Deux ONG, non précisées par Le Monde, ont saisi la justice belge pour contester cette décision.
  • Cette technologie repose sur l’interférence ARN, une méthode génétique utilisée pour cibler spécifiquement certains insectes ravageurs.
  • Le débat porte sur les risques potentiels liés à l’utilisation de cette technologie en milieu agricole.

Un pesticide innovant, mais aux effets inconnus

Le Calantha représente une avancée technologique dans la lutte contre les ravageurs agricoles. Selon les informations rapportées par Le Monde, ce pesticide utilise une technique d’ARN interférent pour neutraliser le doryphore, un insecte particulièrement nuisible aux cultures de pommes de terre. Autant dire que cette méthode se distingue des pesticides chimiques traditionnels, car elle cible directement l’expression génétique de l’insecte. Pourtant, son autorisation en Belgique soulève des questions majeures.

En effet, comme le rappelle Le Monde, l’Union européenne n’a jamais évalué les effets de cette substance sur la santé humaine ou les écosystèmes. Cette lacune est au cœur du contentieux engagé par les deux ONG, qui estiment que l’autorisation belge expose les consommateurs et l’environnement à des risques imprévisibles. Le principe de précaution, souvent invoqué dans ce type de dossier, semble ici mis de côté.

Les ONG dénoncent une procédure accélérée et opaque

Les deux organisations non gouvernementales à l’origine de la plainte n’ont pas été identifiées par Le Monde, mais elles représentent des acteurs clés dans la défense de l’environnement et de la santé publique. Leur recours judiciaire vise à faire annuler l’autorisation dérogatoire accordée au Calantha. Selon leurs arguments, cette procédure aurait été menée dans l’urgence, sans consultation suffisante des parties prenantes ni études d’impact approfondies.

« L’autorisation de ce pesticide génétique en Belgique est une première en Europe, et elle s’appuie sur des bases juridiques fragiles », a déclaré l’une des ONG, citée par Le Monde. « Nous exigeons une évaluation transparente et indépendante des risques, conformément aux normes européennes. » Les plaignants soulignent également que cette autorisation pourrait ouvrir la voie à une utilisation plus large de technologies similaires, sans cadre réglementaire adapté.

Un enjeu agricole et environnemental

Le doryphore de la pomme de terre est un ravageur redouté des agriculteurs, capable de détruire des cultures entières en peu de temps. Jusqu’à présent, les méthodes de lutte reposaient principalement sur des pesticides chimiques ou des techniques culturales. L’arrivée du Calantha, si elle se confirme, pourrait transformer les pratiques agricoles en Europe. Pourtant, le manque de recul sur cette technologie interroge : quels pourraient être ses effets à long terme sur les sols, la biodiversité ou même la santé des travailleurs agricoles ?

Côté défenseurs de l’innovation, certains estiment que cette méthode présente l’avantage de cibler uniquement l’insecte nuisible, limitant ainsi les impacts sur les autres espèces. Cependant, les détracteurs rappellent que les mécanismes de l’ARN interférent dans l’environnement restent mal connus. « On joue aux apprentis sorciers avec des écosystèmes entiers », a commenté un expert en agriculture durable, contacté par Le Monde.

Et maintenant ?

La procédure judiciaire engagée en Belgique pourrait prendre plusieurs mois avant d’aboutir. Si les ONG obtiennent gain de cause, l’autorisation du Calantha pourrait être suspendue, voire annulée, ce qui contraindrait les autorités belges à revoir leur position. À plus long terme, cette affaire pourrait influencer les futures réglementations européennes sur les pesticides génétiques. Une décision de la Cour de justice belge est attendue d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources proches du dossier.

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre innovation agricole et protection de l’environnement. Alors que l’Europe cherche à réduire l’usage des pesticides chimiques, des technologies comme l’ARN interférent pourraient s’imposer. Reste à savoir si les cadres réglementaires suivront — ou si la précipitation l’emportera sur la prudence.