Dans le quartier de Gemmayzé, à Beyrouth, un appartement transformé en plateau de tournage accueille les répétitions de la troisième saison de « Smatouha Minni », une série arabe féministe qui parodie les stéréotypes patriarcaux. Selon Courrier International, cette production met en scène des situations du quotidien avec une pointe d’ironie cinglante, comme cette réplique devenue virale : « Si ta femme te demande de changer les couches, change de femme. »

Ce qu'il faut retenir

  • Une série féministe en arabe, « Smatouha Minni » (« C’est moi qui vous l’ai dit »), en est à sa troisième saison.
  • L’actrice Maria Elayan incarne des personnages caricaturaux pour dénoncer les discours misogynes au Moyen-Orient.
  • La créatrice libanaise Amanda Abou Abdallah souligne une intensification des comportements patriarcaux dans la région.
  • Les sketches s’inspirent de situations concrètes, comme les tâches domestiques ou les attentes sociales envers les femmes.
  • La série est produite dans un salon de Gemmayzé, transformé en plateau de tournage.
  • Selon Courrier International, qui relaie l’article du Guardian, cette production s’inscrit dans un mouvement de résistance culturelle face à la montée des conservatismes.

Le ton de « Smatouha Minni » est résolument satirique. Dans un épisode, l’actrice Maria Elayan, connue pour ses rôles dramatiques, se glisse dans la peau d’un podcasteur en développement personnel. Vêtue d’un costume rembourré exagérant ses muscles, elle déclare avec emphase : « Si ta femme te demande de changer les couches, change de femme. » Une heure plus tard, le personnage incarné par Elayan, vêtu d’un survêtement, une chicha à la main et une manette de console dans l’autre, hurle à sa mère : « Maman, j’ai faim. Tu peux me faire un sandwich ? » Ces scènes illustrent, selon la production, le « retour de bâton conservateur » qui touche les sociétés du Moyen-Orient.

Cette série ne se contente pas de divertir. Elle s’inscrit dans un contexte où les droits des femmes font l’objet de reculs dans plusieurs pays de la région. Amanda Abou Abdallah, créatrice libanaise et co-scénariste de « Smatouha Minni », explique que « les comportements patriarcaux ont toujours existé », mais qu’ils « gagnent en intensité aujourd’hui ». Elle pointe du doigt une tendance croissante à remettre en cause la participation des femmes dans l’espace public, leur indépendance et leur liberté d’expression. « On assiste à un durcissement des normes sociales, et cette série est une réponse culturelle à ce phénomène », précise-t-elle.

Le choix d’un format comique n’est pas anodin. « Smatouha Minni » mise sur l’humour pour déconstruire des idées reçues ancrées dans les mentalités. Les sketches jouent avec les stéréotypes de genre, comme celui de l’homme incapable d’accomplir des tâches domestiques ou celui de la femme réduite à un rôle de mère et d’épouse soumise. Ces parodies, bien que caricaturales, reflètent des réalités vécues par de nombreuses femmes dans la région, où les attentes sociales pèsent lourdement sur leurs épaules.

La série, diffusée en ligne, rencontre un écho particulier auprès des jeunes générations. Elle s’adresse à un public arabophone, mais son message dépasse les frontières linguistiques. Selon Courrier International, qui cite le Guardian, « Smatouha Minni » s’inscrit dans une dynamique plus large de résistance culturelle, aux côtés d’autres initiatives artistiques qui luttent contre les normes oppressives. Le succès de la série tient aussi à sa capacité à aborder des sujets sensibles avec légèreté, sans tomber dans le moralisme.

Et maintenant ?

La troisième saison de « Smatouha Minni » devrait être diffusée d’ici la fin de l’année 2026, selon les producteurs. La créatrice Amanda Abou Abdallah a indiqué que la série pourrait s’étendre à d’autres formats, comme des vidéos courtes pour les réseaux sociaux, afin de toucher un public encore plus large. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour adapter la série à d’autres pays arabes, où les enjeux liés aux droits des femmes varient fortement. Reste à voir si ce modèle inspirera d’autres productions similaires dans une région où la liberté de création est souvent menacée.

En attendant, « Smatouha Minni » continue de susciter des débats. Certains spectateurs y voient une bouffée d’air frais dans un paysage audiovisuel dominé par des représentations stéréotypées des femmes. D’autres, plus conservateurs, pourraient critiquer son ton provocateur. Quoi qu’il en soit, la série s’impose comme un exemple de la façon dont l’art peut devenir un outil de changement social.

La série est disponible en ligne sur la plateforme YouTube, où les épisodes sont publiés avec des sous-titres en arabe et parfois en anglais ou en français. Certains extraits sont également partagés sur les réseaux sociaux par les créateurs.

Amanda Abou Abdallah est une réalisatrice et scénariste libanaise, connue pour son engagement en faveur des droits des femmes. Elle a cofondé la série « Smatouha Minni » et supervise la production depuis Beyrouth. Son travail s’inscrit dans une démarche militante, mêlant humour et critique sociale.