Selon Reporterre, à Karachi, principale métropole du Pakistan, l’expansion économique menace les écosystèmes locaux, notamment les mangroves. Des citoyens s’engagent pourtant dans la préservation de ces milieux naturels, au péril de leur sécurité face aux pressions des élites politico-industrielles. Une lutte quotidienne, menée par des militants souvent jeunes, qui tente de concilier développement urbain et préservation de l’environnement.

Ce qu'il faut retenir

  • À Karachi, 1 100 km² de mangroves sont menacés par l’urbanisation et les projets industriels, selon les estimations des experts locaux.
  • Almas Kasmani, 23 ans, est l’une des figures du mouvement de reboisement des mangroves dans la ville.
  • Les militants subissent des intimidations et des menaces de la part d’acteurs économiques locaux, selon plusieurs rapports d’ONG.
  • Les mangroves jouent un rôle clé dans la lutte contre l’érosion côtière et la protection contre les cyclones, fréquents dans la région.

Un écosystème en sursis face à l’urbanisation

Karachi, ville de plus de 16 millions d’habitants, concentre près de 60 % de l’activité économique du Pakistan. Pourtant, son développement s’accompagne d’une dégradation accélérée de son environnement. Les mangroves, ces forêts côtières essentielles, reculent chaque année sous la pression des projets immobiliers, portuaires et industriels. Selon les données officielles, moins de 30 % des mangroves historiques subsistent aujourd’hui dans la région de Sindh, où se situe Karachi.

Les autorités locales justifient ces projets par la nécessité de créer des emplois et d’attirer des investissements. Mais pour les écologistes, cette politique se fait au détriment d’un écosystème déjà fragilisé. « Nous assistons à une destruction méthodique des mangroves, explique Almas Kasmani, militante de 23 ans et coordinatrice d’un projet de reboisement. Sans ces forêts, la ville sera encore plus vulnérable aux inondations et aux tempêtes. »

Des militants sous haute tension

Sur les berges du fleuve Lyari, à l’ouest de Karachi, une dizaine de jeunes militants débarquent d’une embarcation en bois. Leur mission : planter des pousses de mangrove dans une zone récemment asséchée par les promoteurs immobiliers. Chaque pas sur ce sable instable représente un risque, tant physique que judiciaire. Plusieurs membres du groupe ont déjà été arrêtés ou reçus des menaces, rapporte un rapport d’Human Rights Watch cité par Reporterre.

Les intimidations ne viennent pas seulement des forces de l’ordre, mais aussi d’hommes d’affaires locaux liés à des projets de construction. « Ils nous accusent de bloquer le progrès, raconte Kasmani. Pourtant, sans mangroves, ce sont des milliers de familles qui perdront leur moyen de subsistance. » Les pêcheurs, dont les filets se prennent dans les racines des palétuviers, sont les premiers concernés. Leur activité dépend à 80 % des zones humides, selon les estimations des associations locales.

Une résistance malgré les obstacles

Malgré les risques, les militants persistent. Chaque semaine, des groupes organisés comme celui d’Almas Kasmani partent en expédition pour replanter des mangroves. Leur méthode est simple : collecter des graines, les faire germer dans des pépinières improvisées, puis les transplanter dans les zones dégradées. Depuis 2022, plus de 50 000 plants ont été mis en terre, un chiffre encore modeste face à l’ampleur des destructions, mais qui montre une résistance organisée.

Les autorités pakistanaises reconnaissent l’importance des mangroves, mais peinent à protéger ces espaces. En 2025, un décret a été adopté pour classer certaines zones en « réserves naturelles », mais son application reste lettre morte dans les faits. « Le gouvernement parle de durabilité, mais ses actions montrent le contraire, dénonce un membre de l’ONG Sindh Mangroves Conservation Committee. Tant que les profits primeront sur l’écologie, les mangroves continueront de disparaître. »

Et maintenant ?

Les prochaines élections locales, prévues pour le 25 juillet 2026, pourraient rebattre les cartes. Plusieurs partis d’opposition ont promis de renforcer la protection des mangroves, mais les engagements restent flous. D’ici là, les militants comme Kasmani espèrent que la pression internationale obligera le gouvernement à agir. Pour l’instant, la bataille se joue sur le terrain, jour après jour.

La survie des mangroves de Karachi illustre un paradoxe mondial : comment concilier croissance économique et préservation des écosystèmes ? Une question qui dépasse largement les frontières pakistanaises, alors que les villes côtières du globe font face aux mêmes défis.

Les mangroves agissent comme une barrière naturelle contre les cyclones et les inondations, tout en abritant une biodiversité essentielle pour les pêcheurs locaux. Leur disparition augmenterait significativement les risques pour la ville, déjà exposée à des tempêtes fréquentes.