« Bambi », le célèbre long métrage d’animation de Walt Disney sorti en 1942, s’inspire d’un roman publié près de dix ans plus tôt, lui-même marqué par une histoire politique et culturelle troublante. Selon Ouest France, cette œuvre, écrite par un auteur juif autrichien, a été non seulement critiquée mais aussi brûlée en place publique dès 1936 par le régime nazi, qui la considérait comme une menace idéologique.
Ce qu'il faut retenir
- « Bambi », long métrage culte de Walt Disney, est adapté d’un roman paru en 1923 sous le titre « Bambi. Eine Lebensgeschichte aus dem Walde » (soit « Bambi, une histoire de vie dans la forêt »).
- L’auteur, Felix Salten, était un écrivain juif autrichien, dont l’œuvre a été traduite en anglais en 1928 et adaptée par Disney près de vingt ans plus tard.
- Dès 1936, les autorités nazies ont inscrit le roman de Salten sur la liste des livres « indésirables » avant de procéder à des autodafés dans plusieurs villes allemandes.
- Les nazis reprochaient à l’œuvre son « sentimentalisme excessif » et sa critique voilée de la chasse, symbole de la domination humaine sur la nature, incompatible avec leur vision du monde.
- Le film d’animation de Disney, sorti en 1942, a paradoxalement contribué à populariser l’histoire, tout en occultant en partie ses origines littéraires et politiques.
Un roman à l’origine méconnue du grand public
Avant de devenir un dessin animé adoré dans le monde entier, « Bambi » était avant tout un roman publié en 1923 par Felix Salten, de son vrai nom Siegmund Salzmann. Né en Hongrie en 1869 et mort à Zurich en 1945, cet écrivain autrichien a marqué la littérature jeunesse par une histoire qui mêle poésie et critique sociale. « Bambi » raconte la vie d’un jeune cerf dans une forêt, à travers les yeux d’un animal confronté aux dangers de la chasse et à la cruauté des hommes. Un récit qui, sous couvert de fable, interrogeait déjà les rapports de force dans la nature.
Selon Ouest France, la traduction anglaise du roman, parue en 1928 sous le titre « Bambi. A Life in the Woods », a ouvert la voie à une diffusion internationale. Walt Disney, alors en quête de nouvelles histoires à adapter, a repéré ce texte et en a acquis les droits pour en faire, vingt ans plus tard, un film d’animation. Pourtant, peu de spectateurs savent que ce conte bucolique cache une origine littéraire et une histoire bien plus complexe que celle d’un simple dessin animé.
Les nazis et « Bambi » : une haine idéologique décomplexée
Dès leur arrivée au pouvoir en 1933, les nazis ont lancé une campagne de censure massive contre les œuvres jugées subversives. Les livres d’auteurs juifs, communistes ou simplement critiques envers le régime étaient systématiquement retirés des bibliothèques et brûlés lors d’autodafés publics. C’est dans ce contexte que « Bambi » de Felix Salten a été visé. Selon Ouest France, le roman a été interdit en Allemagne dès 1936, puis ses exemplaires ont été détruits lors de mises à feu organisées dans plusieurs villes, dont Berlin.
Les raisons de cette censure ? Les nazis reprochaient à l’œuvre de Salten plusieurs éléments. D’abord, le récit était perçu comme un « apitoiement sur la souffrance animale », incompatible avec l’image virile et dominatrice qu’ils voulaient promouvoir. Ensuite, la critique de la chasse, présentée comme une activité cruelle et injuste, était jugée subversive. Enfin, le fait que l’auteur soit juif a suffi à faire de « Bambi » une cible prioritaire dans leur entreprise de purification culturelle. Un paradoxe cruel, alors que le film de Disney, sorti en 1942, deviendrait quelques années plus tard un symbole de l’innocence et de la nature.
Du roman maudit au succès mondial : un destin contrasté
Malgré la censure nazie, « Bambi » a continué à circuler clandestinement dans certains pays européens. Après la Seconde Guerre mondiale, l’œuvre a été réhabilitée et sa dimension politique a été réévaluée. Aujourd’hui, le film de Disney reste l’une des adaptations les plus célèbres de l’histoire du cinéma, souvent cité pour sa bande-son et ses animations pionnières. Pourtant, son succès a quelque peu éclipsé l’histoire originale de Felix Salten, dont le roman est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature jeunesse.
Pourtant, comme le souligne Ouest France, ce destin contrasté pose une question : comment une œuvre censurée par les nazis est-elle devenue un symbole culturel mondial ? La réponse tient sans doute au fait que Disney a gommé, dans son adaptation, les aspects les plus politiques du roman, notamment la critique explicite de la chasse et de la domination humaine. Résultat : « Bambi » est aujourd’hui perçu comme une fable apolitique, alors qu’il portait à l’origine un message bien plus subversif.
En attendant, « Bambi » continue de charmer les enfants et les adultes, sans que la plupart ne sachent qu’il fut un temps où ce simple faon représentait, pour certains régimes, une menace bien plus grande qu’un dessin animé.
Les nazis ont interdit et brûlé « Bambi » en 1936 car ils jugeaient l’œuvre « trop sentimentale » et critiquaient sa représentation de la chasse comme une activité cruelle. De plus, l’auteur, Felix Salten, était juif, ce qui a suffi à faire de son roman une cible dans le cadre de leur politique de purification culturelle.