Selon Le Figaro, la philosophe Bérénice Levet publie une tribune dans laquelle elle met en garde contre la légalisation de l’euthanasie, y voyant une menace pour les repères moraux de la société. Dans un texte intitulé « Légaliser l’euthanasie, c’est briser à jamais l’équation de l’humanité et du non possumus », elle dénonce le risque de confier à des médecins le pouvoir de donner la mort, une prérogative qu’elle juge exorbitante et contraire à leur serment de préserver la vie. Dernièrement, la proposition de loi sur l’aide à mourir a relancé les débats en France, un sujet qui divise l’opinion publique et les responsables politiques.
Ce qu'il faut retenir
- La philosophe Bérénice Levet s’oppose à la légalisation de l’euthanasie dans une tribune publiée par Le Figaro.
- Elle compare cette éventuelle loi à un pouvoir divin exorbitant, inspiré des divinités romaines des Parques, notamment Atropos qui tranche le fil de la vie.
- Levet craint que cette légalisation n’ébranle les fondements moraux de la société, essentiels face à la montée des violences.
- Son dernier ouvrage, Penser ce qui nous arrive avec Hannah Arendt, est paru aux éditions de l’Observatoire, tandis qu’un nouveau livre, C’est chose fragile que l’humanité, est annoncé.
Une mise en garde philosophique contre la transgression morale
Dans sa tribune, Bérénice Levet s’appuie sur une image forte pour illustrer son propos : celle des trois Parques, ces divinités de la mythologie romaine qui filent, mesurent et coupent le fil de la vie des hommes. L’une d’elles, Atropos, incarne le pouvoir ultime de décider de la fin de l’existence. Pour la philosophe, voter une loi légalisant l’euthanasie reviendrait à attribuer ce rôle à des mortels, fussent-ils médecins, et à leur confier une responsabilité qui, selon elle, dépasse leur condition.
Cette transgression, estime-t-elle, marquerait un tournant dans l’histoire de l’humanité. Elle rappelle que les sociétés antiques, dans leur sagesse, avaient précisément évité de confier un tel pouvoir aux hommes, réservant cette prérogative aux dieux. Pour Levet, la légalisation de l’euthanasie constituerait donc une rupture radicale avec un héritage moral plurimillénaire.
L’euthanasie, un enjeu de civilisation selon ses détracteurs
Le débat sur l’aide à mourir s’intensifie en France depuis que la proposition de loi y est examinée. Si certains y voient une avancée sociétale nécessaire, d’autres, comme Levet, alertent sur les risques d’une normalisation de l’acte létal. La philosophe ne nie pas les souffrances des patients en phase terminale, mais elle s’interroge sur les conséquences à long terme d’une telle légalisation pour la cohésion sociale.
Pour elle, la société perdrait un repère essentiel : l’interdit absolu de donner la mort, qui structure depuis toujours les rapports humains. Sans cet interdit, craint-elle, les fondements mêmes de l’humanité pourraient être ébranlés, dans un contexte déjà marqué par une montée de la violence et une remise en cause des valeurs traditionnelles.
Un contexte intellectuel et politique déjà tendu
Bérénice Levet, dont le dernier livre Penser ce qui nous arrive avec Hannah Arendt explore les tensions de notre époque, publie régulièrement des tribunes engagées. Son prochain ouvrage, C’est chose fragile que l’humanité, annoncée aux éditions de l’Observatoire, prolongera cette réflexion sur les défis moraux du XXIe siècle.
Le débat sur l’euthanasie s’inscrit dans un paysage intellectuel et politique déjà polarisé. Alors que certains responsables politiques, comme l’avocat Francis Szpiner, appellent à une consultation nationale sur l’aide à mourir, d’autres, à l’instar de la philosophe, y voient un enjeu de civilisation nécessitant une réflexion approfondie. La société française, divisée sur ce sujet, devra trancher dans les mois à venir.
Les références culturelles mobilisées pour étayer l’argumentaire
Pour appuyer sa démonstration, Bérénice Levet convoque l’art et la mythologie. Elle évoque notamment le cycle pictural que Pierre Paul Rubens a consacré à Marie de Médicis, et en particulier la représentation des Parques au Louvre. Ce choix n’est pas anodin : il illustre, selon elle, la puissance symbolique de ces figures, qui incarnent à la fois la fragilité de la vie et l’irréversibilité de la mort.
En confiant à des médecins le pouvoir de « trancher le fil de la vie », la société moderne, dans sa quête de maîtrise technologique, risquerait selon la philosophe de trahir l’équilibre subtil entre progrès et humanité. Ce faisant, elle irait à l’encontre d’une tradition qui, depuis l’Antiquité, a toujours cherché à préserver l’intégrité de l’existence humaine contre les abus de pouvoir.
La question de l’euthanasie interroge en effet les limites de l’autonomie individuelle et les responsabilités collectives. Alors que certains pays européens, comme l’Espagne ou les Pays-Bas, ont déjà légalisé des formes d’aide à mourir, la France devra trouver son propre chemin, entre compassion et préservation des valeurs fondatrices de l’humanité.
Selon Levet, légaliser l’euthanasie reviendrait à confier aux médecins un pouvoir exorbitant, celui de donner la mort, ce qui briserait l’équation fondamentale de l’humanité. Elle craint également que cette légalisation n’affaiblisse les repères moraux de la société, essentiels pour faire face à la montée des violences.