La cinéaste norvégienne Anja Breien, figure emblématique du cinéma européen et pionnière dans l’exploration des thèmes féministes, s’est éteinte dimanche 10 mai 2026 à l’âge de 85 ans, comme le rapporte Libération.
Libre, éclectique et délibérément en marge des courants dominants, Anja Breien a marqué l’histoire du cinéma par son approche audacieuse de la condition féminine. Son œuvre la plus célèbre, la trilogie « Wives » (1975-1980), reste une référence incontournable pour analyser les rapports de pouvoir au sein du couple et dans la société.
Ce qu'il faut retenir
- Décès de Anja Breien, cinéaste norvégienne de 85 ans, dimanche 10 mai 2026.
- Autrice de la trilogie « Wives » (1975-1980), trilogie féministe majeure du cinéma européen.
- Pionnière dans l’exploration des thèmes liés à la condition des femmes au cinéma.
- Œuvres marquées par une approche atypique et une liberté de ton.
- Artiste souvent oubliée des radars médiatiques malgré son importance culturelle.
Née en 1940, Anja Breien s’est imposée comme une réalisatrice inclassable, refusant les étiquettes et les compromissions. Son style, à la fois poétique et percutant, a inspiré plusieurs générations de cinéastes. « Wives », composée des films « Wives » (1975), « Second Sight » (1980) et « Next of Kin » (1981), dépeint avec une rare précision les tensions et les non-dits au sein des familles scandinaves des années 1970.
— « Elle a donné une voix à des milliers de femmes en montrant l’invisible. Son travail reste d’une actualité brûlante, surtout dans les débats sur l’égalité aujourd’hui », a déclaré Inger Lise Hansen, historienne du cinéma et spécialiste du cinéma nordique, à Libération.
Une carrière marquée par l’audace et l’indépendance
Breien a débuté sa carrière à une époque où les réalisatrices étaient rares en Norvège. Diplômée de l’Institut national de la cinématographie de Prague, elle a rapidement tourné des courts-métrages avant de se lancer dans des projets plus ambitieux. Son premier long-métrage, « Oppvekst » (1971), aborde déjà la condition féminine à travers le prisme de l’éducation et de la transmission.
Bref, son parcours est celui d’une artiste qui a choisi la voie de la marginalité assumée. Elle a souvent travaillé en dehors des circuits traditionnels, privilégiant des financements indépendants et des collaborations avec des équipes réduites. — « Anja Breien n’a jamais cherché la reconnaissance facile. Elle préférait la liberté, quitte à rester dans l’ombre », a rappelé Jørn Ording, critique cinématographique au quotidien Dagbladet.
Une trilogie « Wives » devenue culte
La trilogie « Wives » est sans doute l’œuvre la plus aboutie de Breien. Chacun des trois volets explore une facette différente des dynamiques conjugales et familiales. Le premier film, « Wives », suit trois femmes dont les vies basculent après une révélation concernant leurs maris respectifs. Le deuxième volet, « Second Sight », plonge dans les mécanismes de l’emprise psychologique, tandis que « Next of Kin » interroge la place de l’héritage et de la tradition.
Selon les archives de la Fondation du cinéma norvégien, les trois films ont été salués par la critique internationale pour leur réalisme cru et leur approche sans concession des rapports de genre. — « Ces films ont brisé des tabous. Ils ont montré que le pouvoir au sein du couple n’était pas qu’une question de domination masculine, mais aussi de complicité et de consentement », a expliqué Eva Isaksen, professeure en études cinématographiques à l’université d’Oslo.
Un héritage encore à redécouvrir
Malgré son importance culturelle, l’œuvre d’Anja Breien reste méconnue du grand public en dehors des cercles spécialisés. — « C’est une tragédie de voir une artiste de ce calibre tomber dans l’oubli. Son cinéma est un miroir de nos sociétés, et il mérite d’être revisité », a souligné Thomas Sotinel, journaliste au Monde.
Quelques rétrospectives lui ont été consacrées ces dernières années, notamment au Festival international du film de femmes de Créteil en 2023 et au Festival de Cannes dans le cadre d’une section dédiée aux réalisatrices scandinaves. Ces initiatives ont permis de faire (re)découvrir son travail à un public plus large, mais restent insuffisantes pour une artiste de son envergure.
Les hommages se multiplient déjà. Le ministre norvégien de la Culture, Sylvi Graham, a annoncé qu’une cérémonie en son honneur serait organisée dans les prochaines semaines. Quant à la famille d’Anja Breien, elle a indiqué dans un communiqué vouloir « perpétuer son esprit de liberté et de résistance à travers des projets artistiques ».
Parmi ses autres réalisations notables, on peut citer « Oppvekst » (1971), son premier long-métrage, ainsi que « Hustruer – ti år etter » (1985), un documentaire qui revient sur les personnages de « Wives » dix ans plus tard. Elle a également réalisé plusieurs courts-métrages et séries télévisées, souvent centrés sur des thèmes sociaux ou historiques.