Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle et ses conséquences potentielles sur le marché du travail, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a signé jeudi 22 mai 2026 un décret visant à anticiper les bouleversements à venir. Ce texte, inédit aux États-Unis, impose aux agences étatiques de l’État de réfléchir à des réformes structurelles pour protéger les salariés dans un contexte d’automatisation croissante. Selon Le Figaro, le décret s’inscrit dans une volonté de préparer le marché de l’emploi californien à une transition technologique majeure.
Le document ne prévoit pour l’instant aucune mesure contraignante, mais il ouvre la voie à des discussions sur plusieurs leviers sociaux et économiques. Parmi les pistes évoquées : le renforcement des indemnités de licenciement, l’adaptation du système d’assurance chômage, la mise en place d’un « capital universel de base », le développement de l’actionnariat salarié ainsi que des programmes renforcés de formation professionnelle. Ces réformes s’appuient sur l’urgence perçue par les autorités californiennes, État qui abrite la Silicon Valley et concentre le plus grand nombre d’entreprises technologiques américaines.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouverneur californien Gavin Newsom a signé un décret le 22 mai 2026 pour anticiper l’impact de l’IA sur l’emploi.
- Les agences étatiques doivent proposer des réformes en six mois : indemnités de licenciement, assurance chômage, « capital universel de base », actionnariat salarié et formation.
- Le décret n’impose pas de mesures immédiates, mais ouvre une réflexion sur l’avenir du travail en Californie.
- Les suppressions d’emplois dans la tech ont bondi de 40 % au premier trimestre 2026 par rapport à 2025.
- Meta a commencé mercredi à licencier 8 000 salariés, soit 10 % de ses effectifs.
Un État en première ligne face aux mutations technologiques
La Californie, épicentre mondial de l’innovation technologique avec la Silicon Valley, est particulièrement exposée aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle. Le décret signé par Gavin Newsom reflète cette préoccupation croissante, alors que les entreprises de la tech multiplient les annonces de restructurations. Selon les données du cabinet Challenger, Gray & Christmas, le secteur technologique américain a supprimé plus de 52 000 postes au premier trimestre 2026, soit une hausse de 40 % sur un an. Cette tendance s’est encore illustrée cette semaine avec l’annonce par Meta de la suppression de 8 000 emplois, représentant environ 10 % de ses effectifs.
Pour Gavin Newsom, la situation exige une réponse coordonnée. Dans un discours récent, il a souligné : « Les entreprises vont s’enrichir massivement, et c’est pourquoi on ne peut pas continuer à avoir un système de taxe sur les salaires qui pénalise l’emploi tout en subventionnant l’automatisation ». Le gouverneur, dont le mandat s’achève en janvier 2027, n’a pas exclu de se présenter à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2028, un contexte qui pourrait influencer l’orientation de ses politiques sociales.
Des réformes ambitieuses, mais sans calendrier contraignant
Le décret impose aux agences étatiques californiennes de rendre leurs recommandations d’ici six mois. Les pistes explorées couvrent un large spectre, allant des dispositifs de protection sociale aux mécanismes de partage des richesses générées par l’automatisation. L’idée d’un « capital universel de base » — inspiré des débats en cours dans plusieurs pays — figure parmi les propositions les plus innovantes. Ce mécanisme consisterait à redistribuer une partie des gains issus de l’IA sous forme de capital aux salariés, afin de compenser les pertes d’emplois traditionnels. L’actionnariat salarié et la formation professionnelle complètent ce dispositif, visant à permettre aux travailleurs de s’adapter aux nouvelles compétences requises par le marché.
Cependant, ce plan reste pour l’heure une feuille de route sans obligation légale. Gavin Newsom a précisé que le décret ne prévoit pas de mesures contraignantes à ce stade, laissant aux agences étatiques une marge de manœuvre pour affiner leurs propositions. Cette approche prudente s’explique en partie par la complexité des enjeux : le lien entre l’IA et les suppressions d’emplois fait débat. Si certains dirigeants technologiques, comme le cofondateur d’Anthropic Dario Amodei, estiment que près de la moitié des emplois de cols blancs pourraient disparaître d’ici cinq ans, d’autres observateurs y voient un prétexte pour accélérer les investissements dans l’automatisation.
« Les entreprises vont s’enrichir massivement, et c’est pourquoi on ne peut pas continuer à avoir un système de taxe sur les salaires qui pénalise l’emploi tout en subventionnant l’automatisation. »
Gavin Newsom, gouverneur de Californie
Un phénomène qui dépasse les frontières américaines
La réflexion engagée en Californie s’inscrit dans un mouvement plus large à l’échelle mondiale. Plusieurs pays, dont la Chine, le Royaume-Uni, le Japon et la Corée du Sud, étudient des dispositifs similaires, notamment le revenu universel de base. Aux États-Unis, des figures de la tech ont alimenté le débat : le patron d’OpenAI Sam Altman et Elon Musk ont évoqué la nécessité d’un revenu universel face à l’automatisation massive. Ces prises de position reflètent l’ampleur des craintes quant à l’avenir de l’emploi dans un monde où l’IA occupe une place grandissante.
En Californie, où près de 30 % de l’économie est liée à la tech, l’enjeu est particulièrement sensible. L’État, qui concentre plus de 1 000 start-up et géants comme Google, Apple ou Meta, est directement confronté aux conséquences sociales de l’innovation technologique. Le décret de Gavin Newsom marque ainsi une volonté de concilier compétitivité économique et protection des travailleurs, un équilibre difficile à trouver dans un contexte où l’IA redéfinit les frontières du travail traditionnel.
Alors que les suppressions d’emplois dans la tech se multiplient, ce plan pourrait servir de laboratoire pour d’autres États américains ou pays confrontés aux mêmes enjeux. L’efficacité des réformes proposées, qu’elles concernent le capital universel de base ou l’actionnariat salarié, sera scrutée de près pour évaluer leur capacité à atténuer les effets sociaux de l’automatisation. Une chose est sûre : dans un monde où l’IA gagne du terrain, l’adaptation des politiques publiques n’est plus une option, mais une nécessité.