Le ministre cambodgien de l’Information, Chheng Kimlong, dénonce une « normalisation de l’occupation illégale » de la part de la Thaïlande. Selon Libération, Bangkok poursuit en effet la fortification de ses positions militaires sur des zones revendiquées par Phnom Penh, huit mois après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu.
Ce qu'il faut retenir
- Huit mois après le cessez-le-feu signé entre le Cambodge et la Thaïlande, l’armée thaïlandaise renforce ses positions militaires sur des territoires contestés.
- Le ministre cambodgien de l’Information accuse Bangkok de « normaliser une occupation illégale » des zones frontalières.
- Les tensions persistent malgré l’accord de cessez-le-feu, signé en décembre 2025.
- Les deux pays revendiquent depuis des années la souveraineté sur certaines portions de leur frontière commune.
Un cessez-le-feu précaire en décembre 2025
L’accord de cessez-le-feu avait été signé en décembre 2025 sous l’égide de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), afin de mettre fin à des mois de tensions militaires entre les deux pays. Ces heurts, qui s’étaient intensifiés en 2024 et début 2025, avaient notamment conduit à des affrontements armés près des temples de Preah Vihear et Ta Krabey, deux sites historiques revendiqués par les deux nations.
Malgré la trêve, les tensions n’ont pas totalement disparu. D’après les observateurs, Bangkok continue de déployer des troupes et des équipements militaires dans des zones que Phnom Penh considère comme son territoire. « On assiste à une militarisation progressive de la frontière », explique un analyste asiatique sous couvert d’anonymat.
Le Cambodge dénonce une violation de la souveraineté
Le gouvernement cambodgien a saisi l’opportunité des déclarations de son ministre de l’Information pour réaffirmer sa position. Chheng Kimlong a précisé, lors d’une conférence de presse tenue hier à Phnom Penh, que «
la Thaïlande cherche à rendre acceptable une situation qui, juridiquement, relève de l’occupation illégale». Il a rappelé que la Cour internationale de Justice (CIJ) avait statué en 1962 en faveur du Cambodge pour la souveraineté sur le temple de Preah Vihear, un verdict toujours contesté par Bangkok.
Les autorités khmères ont également produit des cartes et des rapports militaires pour étayer leurs revendications. Selon le ministère cambodgien de la Défense, « plus de 2 000 soldats thaïlandais seraient désormais stationnés dans une zone tampon, officiellement démilitarisée par l’accord de décembre 2025 ».
Bangkok se défend et évoque une « présence légitime »
Côté thaïlandais, le gouvernement de Bangkok n’a pas officiellement réagi aux accusations cambodgiennes. Cependant, des sources militaires citées par Libération ont indiqué que les déploiements relevaient de « mesures de sécurité préventives ». « Nous assurons la protection de notre frontière contre toute intrusion », a déclaré un officier supérieur sous anonymat. La Thaïlande justifie sa présence par la nécessité de lutter contre le trafic d’armes et l’immigration illégale dans une région frontalière historiquement instable.
Pourtant, les observateurs notent que les fortifications thaïlandaises, incluant des tranchées et des positions de tir, vont bien au-delà des simples mesures défensives. « Il s’agit clairement d’une stratégie d’occupation à long terme », estime un chercheur spécialiste des conflits frontaliers en Asie du Sud-Est.
En attendant, les populations locales des provinces frontalières, notamment celles de Oddar Meanchey côté cambodgien et Sisaket côté thaïlandais, subissent les conséquences indirectes de cette militarisation. Les échanges commerciaux, déjà fragilisés par les années de tensions, pourraient encore se réduire si la situation dégénère.
Outre le temple de Preah Vihear, les deux pays revendiquent également des zones autour du temple de Ta Krabey, ainsi que des portions de la frontière dans les provinces de Oddar Meanchey (Cambodge) et Sisaket (Thaïlande). La frontière terrestre, longue de près de 800 km, reste une source de litiges historiques.