Le 17 mai 2026, le réalisateur Daniel Auteuil a présenté en avant-première à Cannes son dernier film, « La Troisième Nuit », sélectionné dans la section Cannes Première. Ce long-métrage, qui a suscité une longue ovation du public, retrace un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale : le sauvetage de plus d’une centaine d’enfants juifs du camp de Vénissieux, près de Lyon, en août 1942. Selon Franceinfo - Culture, cette œuvre s’inscrit dans une tendance marquante de cette édition cannoise, aux côtés de films comme Moulin, Notre salut ou Fatherland, qui explorent des pages sombres de l’Histoire.

Ce qu'il faut retenir

  • Un sauvetage historique : plus de 100 enfants juifs ont été exfiltrés du camp de Vénissieux grâce à l’action conjointe d’un fonctionnaire humaniste, Gilbert Lesage, et de l’abbé Alexandre Glasberg.
  • Un dilemme administratif : le 26 août 1942, Vichy organise une rafle massive de Juifs étrangers, initialement exemptée pour certains groupes avant que la moitié des dérogations ne soit supprimée sous pression allemande.
  • Une machine bureaucratique impitoyable : le film montre comment l’administration de Vichy, incarnée par des personnages comme Lucien Marchais, participe activement à la déportation des Juifs.
  • Des héros discrets : Gilbert Lesage et l’abbé Glasberg, joués respectivement par Antoine Reinartz et Daniel Auteuil, défient l’État pour sauver des vies.
  • Une réflexion sur l’engagement : à travers ce drame historique, le réalisateur interroge les notions de devoir, de justice et de résistance face à l’injustice.

Dès les premières images de « La Troisième Nuit », le spectateur est plongé dans une atmosphère oppressante. « Des hommes en costume parcourent une longue distance avant de s’arrêter dans un hangar désaffecté », décrit l’article de Franceinfo. Le mystère entourant cette scène d’ouverture ne sera levé qu’au fil du récit, quand le film révèle l’enjeu central : la résistance face à la machine administrative de l’Occupation. Deux ans après son précédent film, Le Fil, Daniel Auteuil revient sur la Croisette avec une œuvre qui mêle rigueur historique et réflexion contemporaine.

Le film s’ouvre sur une commission chargée de statuer sur le sort des Juifs arrêtés lors de la rafle du 26 août 1942. Dans un premier temps, certaines catégories sont exemptées : enfants en bas âge, personnes de plus de 60 ans, mineurs non accompagnés ou anciens combattants. Pourtant, « sous pression, Vichy revient sur près de la moitié des exemptions », précise Franceinfo. Cette décision plonge des centaines de familles dans l’angoisse, tandis que des fonctionnaires comme Gilbert Lesage, interprété par Antoine Reinartz, se retrouvent pris entre leur devoir et leur conscience.

Parmi les figures clés du film figure l’abbé Alexandre Glasberg, incarné par Daniel Auteuil lui-même. Ce prêtre orthodoxe, connu pour son engagement humanitaire, joue un rôle déterminant dans l’exfiltration des enfants du camp de Vénissieux. Face à lui, Lucien Marchais, représentant de la bureaucratie vichyste, incarne la froideur d’un système qui obéit aveuglément aux ordres. « Nous sommes ici pour effectuer une tâche et de l’effectuer de la façon la plus performante », déclare-t-il dans le film, illustrant la logique implacable de l’administration de l’époque.

Le long-métrage s’attarde longuement sur le fonctionnement de cette machine étatique, où chaque décision administrative peut sceller le sort de dizaines de personnes. Gilbert Lesage, jeune fonctionnaire au Service social des étrangers, incarne le conflit intérieur de ceux qui, sans être des résistants assumés, choisissent de saboter le système de l’intérieur. Son alliance avec l’abbé Glasberg et son équipe, dont fait partie Lili (Luàna Bajrami), permet de sauver des vies en organisant des exfiltrations clandestines. « Ils vont devoir s’allier pour défier la machine d’État et risquer l’impensable pour arracher des vies au destin funeste qui leur est promis », résume Franceinfo.

Un drame historique inspiré de faits réels

« La Troisième Nuit » s’appuie sur des événements historiques précis, documentés par les archives de l’époque. Le 26 août 1942, en pleine Occupation, le gouvernement de Vichy organise une rafle massive de Juifs étrangers à la demande des autorités allemandes. L’objectif est de déporter ces personnes vers la zone occupée, où elles seront ensuite envoyées vers les camps de la mort. Face à cette mécanique implacable, des individus comme Gilbert Lesage ou l’abbé Glasberg incarnent une forme de résistance passive mais déterminante. Leur combat, bien que moins spectaculaire que celui des maquisards, a permis de sauver des centaines de vies.

Le film, d’une durée de 1h40, est réalisé par Daniel Auteuil, qui signe ici son deuxième long-métrage après Le Fil (2024). Le scénario est l’œuvre de Camille Lugan, tandis que la distribution réunit des comédiens de talent : Antoine Reinartz dans le rôle de Gilbert Lesage, Luàna Bajrami dans celui de Lili, et Grégory Gadebois pour incarner Lucien Marchais. La sortie en salles n’a pas encore été officiellement annoncée, mais le film devrait être distribué par SND dans les mois à venir. Pour l’instant, aucune date précise n’a été communiquée, laissant planer un suspense autour de sa diffusion en France.

Entre devoir et justice : une réflexion intemporelle

À travers « La Troisième Nuit », Daniel Auteuil ne se contente pas de retracer un épisode précis de l’Histoire. Le film interroge aussi la notion de responsabilité individuelle face à l’injustice. Comment des hommes et des femmes ordinaires, pris dans la tourmente d’une époque, ont-ils pu choisir de désobéir à des ordres inhumains ? C’est cette question, au cœur du récit, qui résonne particulièrement dans le contexte actuel. « Daniel Auteuil oppose devoir et justice », souligne Franceinfo, rappelant que la frontière entre obéissance et résistance n’a jamais été aussi ténue qu’en temps de guerre.

Le réalisateur, par ailleurs connu pour son engagement public, utilise cette œuvre comme une tribune pour rendre hommage aux « héros de l’ombre », ces anonymes qui ont sauvé des vies au péril des leurs. Leur courage, souvent méconnu, contraste avec l’image des collaborateurs zélés, dont le film dépeint avec justesse la lâcheté et l’hypocrisie. Dans une scène marquante, l’abbé Glasberg lance à Gilbert Lesage :

« Vous avez le choix : être un rouage de la machine ou un homme libre. »
Une réplique qui résume l’enjeu moral du film.

Et maintenant ?

Si « La Troisième Nuit » a été salué par la critique et le public cannois, son succès en salles dépendra en grande partie de la stratégie de distribution adoptée par SND. Aucune date de sortie n’a encore été annoncée, mais une sortie en automne 2026 semble probable, en raison de la thématique historique du film et de son ancrage dans l’actualité mémorielle. Par ailleurs, une projection en salles éducatives ou dans des lieux dédiés à l’Histoire pourrait être envisagée, afin de toucher un public plus large et de sensibiliser les jeunes générations à ces pages oubliées de la Seconde Guerre mondiale. Reste à voir si le film sera sélectionné pour d’autres festivals ou s’il bénéficiera d’une campagne promotionnelle ambitieuse.

Avec « La Troisième Nuit », Daniel Auteuil signe une œuvre nécessaire, qui rappelle que la résistance ne se limite pas aux actes spectaculaires. Elle peut aussi prendre la forme de petits gestes, de décisions individuelles, ou de la simple volonté de dire « non » face à l’injustice. Un message qui, plus de 80 ans après les faits, conserve toute sa force.