Une cinquantaine d'agriculteurs se sont rassemblés ce lundi 11 mai 2026 dans la région lyonnaise pour protester contre la flambée des prix du carburant agricole, selon Euronews FR. Organisés par la Coordination Rurale, ils ont d'abord établi un barrage filtrant avec une vingtaine de tracteurs près d'un point de chargement de la raffinerie TotalEnergies à Feyzin, avant de prendre la direction de la préfecture du Rhône, escortés par les forces de l'ordre.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cinquantaine d'agriculteurs ont manifesté ce 11 mai 2026 près de Lyon pour dénoncer la hausse des prix du carburant agricole.
  • Le rassemblement a eu lieu en violation d'un arrêté préfectoral interdisant tout cortège dans la zone de Feyzin et du port Édouard-Herriot, en raison des risques industriels.
  • Le prix du GNR (gazole non routier) a presque doublé depuis le début de la crise au Moyen-Orient, selon une agricultrice locale.
  • Le gouvernement a débloqué 20 millions d'euros le 21 avril pour soutenir les agriculteurs, mais les syndicats jugent ces mesures insuffisantes.
  • La FNSEA réclame une aide de 30 centimes par litre de gazole, contre 15 centimes proposés par l'État.

Une mobilisation organisée malgré l'interdiction préfectorale

Dès 10 heures ce lundi matin, les agriculteurs avaient atteint La Mulatière, en route vers le quartier de la Confluence à Lyon, où des perturbations de trafic routier ont été observées. Leur cortège, composé d'une vingtaine de tracteurs, s'est formé en dépit d'un arrêté pris la veille par la préfecture du Rhône. Ce texte interdisait tout rassemblement revendicatif dans la zone de Feyzin et du port Édouard-Herriot, en raison des risques industriels liés au stockage et au transport de matières dangereuses à proximité des infrastructures pétrolières.

La préfecture craignait notamment des incidents dans un secteur où transitent des hydrocarbures inflammables. Pourtant, les manifestants ont choisi de braver cette interdiction, estimant que leurs revendications légitimes prenaient le pas sur les contraintes administratives. « Produire coûte plus cher que jamais, et les prix ne suivent pas », a rappelé la Coordination Rurale dans un communiqué, qualifiant la situation d’« intenable » pour les exploitations agricoles.

Des revendications portées par la crise énergétique et la baisse des revenus

Le syndicat agricole, à l'origine de la mobilisation, dénonce une hausse généralisée des coûts de production, aggravée par la crise au Moyen-Orient qui a fait flamber les prix de l'énergie. « Les exploitations ne tiennent plus sans réponse concrète », a insisté la Coordination Rurale, rappelant que la question du revenu agricole est devenue centrale. « La mobilisation vise à rappeler une évidence : produire coûte plus cher que jamais, et les prix ne suivent pas. »

Cédric Archer, coprésident de la Coordination rurale de Haute-Loire, a résumé la situation par une formule frappante : « On ne veut pas crever la bouche ouverte ». Ce constat reflète l’urgence ressentie par les agriculteurs, alors que les moissons et les semis approchent, périodes durant lesquelles la consommation de carburant est maximale.

Un prix du GNR en forte hausse, un soutien gouvernemental jugé insuffisant

Selon Mégane, agricultrice à Côtes d’Arey, le prix du gazole non routier (GNR) a « presque doublé » depuis le début de la crise au Moyen-Orient. « On aurait pensé que l’État nous soutiendrait un peu plus en période de moissons, de semis, enfin des périodes où l’on consomme le plus de gasoil et on sort le plus de tracteurs », a-t-elle confié à l’AFP.

Pour tenter d’alléger la pression, le gouvernement a annoncé le 21 avril une série de mesures, dont un soutien financier de 20 millions d'euros. Parmi ces dispositifs, la prise en charge du GNR a été triplée en mai, portée à 15 centimes par litre. D’autres dispositifs accompagnent cette aide : reports de cotisations sociales, suspension des droits d’accise sur le GNR pour les tracteurs, ou encore un « prêt flash carburant » destiné aux petites et moyennes exploitations.

Pourtant, ces mesures restent largement insuffisantes aux yeux des syndicats. La FNSEA, premier syndicat agricole français, a critiqué un dispositif qu’elle juge trop limité. « Le dispositif reste largement insuffisant. La hausse du GNR se situe entre 60 et 80 % pour tous les agriculteurs, et le ciblage prévu ne concernera qu’une minorité : c’est du saupoudrage », a déclaré Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, lors d’une conférence de presse le 8 mai.

La FNSEA réclame désormais une aide directe de 30 centimes par litre de gazole, un montant jugé plus à même de compenser la hausse des coûts. Pour rappel, le GNR bénéficie déjà d’une fiscalité avantageuse, coûtant près d’un milliard d’euros par an à l’État français. Cette niche fiscale est régulièrement pointée du doigt par les défenseurs du budget, mais les agriculteurs rappellent que leur activité dépend largement de ce soutien.

Un contexte économique et géopolitique tendu

La crise au Moyen-Orient, qui a débuté en 2025, a perturbé les chaînes d’approvisionnement en énergie et fait exploser les prix du pétrole et des carburants dérivés. Pour les agriculteurs, dont les marges sont déjà souvent faibles, cette hausse intervient à un moment critique. Les périodes de semis et de récolte, qui nécessitent un recours intensif aux tracteurs, coïncident avec des coûts de production en forte augmentation.

« Le carburant représente jusqu’à 20 % des charges d’une exploitation », explique un porte-parole de la Coordination Rurale. « Quand le GNR passe de 0,80 euro à 1,50 euro le litre, c’est toute la rentabilité qui est remise en cause. » Face à cette situation, certains agriculteurs envisagent de réduire leurs surfaces cultivées ou de reporter des investissements, faute de visibilité sur leurs revenus futurs.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour les négociations entre les syndicats agricoles et le gouvernement. Une réunion est prévue d’ici la fin du mois de mai pour faire le point sur l’efficacité des mesures déjà mises en place. Par ailleurs, la Commission européenne devrait prochainement examiner une demande française visant à renforcer les aides aux agriculteurs dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). Reste à voir si ces discussions aboutiront à des mesures concrètes avant les prochaines moissons, prévues à partir de juin.

Cette mobilisation illustre une fois de plus les tensions persistantes entre les pouvoirs publics et le monde agricole, dans un contexte économique et géopolitique particulièrement difficile. Alors que les agriculteurs continuent de défier les interdictions préfectorales, la question de leur survie économique pourrait s’imposer comme un dossier prioritaire pour les mois à venir.

Le gouvernement a débloqué 20 millions d'euros le 21 avril 2026, incluant une prise en charge triplée du GNR à 15 centimes par litre en mai, des reports de cotisations sociales, un « prêt flash carburant » pour les petites exploitations, et la suspension des droits d’accise sur le GNR pour les tracteurs.