Un collectif de lycéens du Pays basque français a annoncé, le 5 mai 2026, vouloir composer leur épreuve de mathématiques du baccalauréat uniquement en basque, malgré l’interdiction formelle du ministère de l’Éducation nationale. Selon Euronews FR, cette initiative s’inscrit dans une mobilisation plus large menée par Seaska, la fédération des ikastola (écoles en langue basque) des Pyrénées-Atlantiques, pour la reconnaissance officielle de leur modèle éducatif immersif.
Fondée en 1969, Seaska gère un réseau d’établissements bilingues accueillant environ 15 000 élèves en 2025, de la maternelle à la terminale. Ces structures, à la fois publiques, privées et associatives, dispensent un enseignement où le basque occupe une place centrale. Pourtant, les élèves se heurtent depuis des années à une interdiction persistante : passer leurs épreuves du baccalauréat – ou « baxoa » en euskara – dans leur langue maternelle.
Ce qu'il faut retenir
- Un collectif de lycéens de Bayonne a annoncé vouloir composer leur épreuve de mathématiques du bac 2026 en basque, malgré l’interdiction du ministère.
- Seaska, qui gère 15 000 élèves en immersion basque, dénonce une « entrave au parcours éducatif » et un « mépris institutionnel ».
- Une pétition de soutien a déjà recueilli plus de 5 400 signatures en quelques jours.
- Le ministère justifie son refus par un manque de correcteurs qualifiés, une argumentation contestée par les enseignants sur le terrain.
- La loi Molac de 2021, censurée par le Conseil constitutionnel, avait tenté de reconnaître l’enseignement immersif, sans succès.
- Environ 51 000 à 52 000 locuteurs bascophones vivent en France, principalement dans les Pyrénées-Atlantiques.
Une décision collective et assumée
Devant le lycée immersif Bernat Etxepare à Bayonne, une dizaine d’élèves a lu un communiqué expliquant leur refus de se soumettre à une règle qu’ils jugent discriminatoire. « Depuis des années, vous nous entendez parler de notre désir de réussir l’examen en basque. Aujourd’hui, nous déclarons haut et fort que nous répondrons à l’examen de mathématiques de première année en basque », ont-ils affirmé, précisant que leur démarche était « une décision collective » soutenue par des parents et des enseignants.
Cette mobilisation s’accompagne d’une pétition en ligne, lancée simultanément, qui avait déjà recueilli plus de 5 400 signatures au 11 mai 2026. Pour les organisateurs, il s’agit moins d’une provocation que d’un acte militant pour la survie de leur langue. « On ne demande pas un traitement de faveur, mais simplement la possibilité de valider notre parcours dans la langue dans laquelle nous avons appris », a expliqué l’un des porte-parole du collectif, soulignant que leur cursus immersif était reconnu par l’État… sauf au moment des examens.
Des risques calculés et des craintes persistantes
Tous les élèves ne suivront pas cette voie. Certains hésitent encore, craignant pour leur avenir académique. En effet, le règlement du baccalauréat prévoit qu’une copie rédigée dans une langue non autorisée peut être considérée comme nulle ou, au mieux, ne porter que sur les éléments universels (schémas, chiffres), ce qui pénaliserait lourdement la note finale.
« Un zéro à l’épreuve de mathématiques signifierait la fin de tout espoir d’intégrer des études supérieures », confie un élève sous couvert d’anonymat. Pourtant, pour les défenseurs du mouvement, le jeu en vaut la chandelle : « Si nous ne nous battons pas maintenant, quand le ferons-nous ? Notre génération est celle qui pourrait faire basculer les choses », a déclaré une lycéenne du lycée Etxepare.
Un conflit hérité des années Blanquer
Cette crise s’inscrit dans un contentieux plus large remontant à la réforme du baccalauréat de 2019, menée sous l’égide de l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer. À l’époque, le ministère avait refusé d’étendre les épreuves en langues régionales aux nouvelles spécialités, arguant que le français devait rester « l’unique langue de correction » pour garantir l’égalité entre candidats et préserver l’anonymat des copies.
L’administration invoque aujourd’hui un autre argument : le manque de correcteurs qualifiés capables de corriger des épreuves en basque sur l’ensemble du territoire sans briser l’anonymat des candidats. Pourtant, des enseignants se disent prêts à assumer cette tâche. En juin 2024, une centaine d’examinateurs avaient même arboré le badge « aho bizi » (« bouche vivante »), symbolisant leur volonté de permettre l’usage du basque lors des épreuves orales. Une initiative qui, selon plusieurs acteurs du dossier, aurait entraîné une réaction administrative : en 2025, aucun enseignant bascophone n’a été convoqué pour le Grand Oral.
La loi Molac, un espoir avorté
L’adoption de la loi Molac en 2021 avait pourtant suscité l’optimisme des défenseurs des langues régionales. Porté par le député Paul Molac, ce texte visait à renforcer la protection juridique des langues régionales en France, reconnaissant leur valeur patrimoniale. Il prévoyait notamment de consacrer une troisième forme d’enseignement immersif, comme celui pratiqué par Seaska.
Mais le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition en 2021, estimant que l’article 2 de la Constitution – « La langue de la République est le français » – limitait de tels dispositifs. Pour les militants, cette décision illustre ce qu’ils appellent « le mur de Paris », une résistance centrale contre la reconnaissance des langues régionales en France.
Un enjeu linguistique et identitaire
Selon les dernières estimations disponibles, le basque compterait entre 51 000 et 52 000 locuteurs en France, principalement concentrés dans les Pyrénées-Atlantiques, où ils représentent environ 20 % de la population locale. L’UNESCO classe cette langue parmi celles dont la transmission intergénérationnelle est fragile, un enjeu qui dépasse le cadre scolaire pour toucher à l’avenir même de la culture basque.
« Notre combat n’est pas seulement linguistique, c’est identitaire », résume un enseignant de Seaska. « Si nous ne pouvons pas valider nos compétences dans notre langue maternelle au baccalauréat, comment convaincre les jeunes que cette langue a encore un avenir ? »
De son côté, Seaska a annoncé qu’elle saisirait les instances européennes pour défendre le droit à un enseignement et à une évaluation dans la langue de leur choix, s’appuyant sur les conventions internationales ratifiées par la France.
Selon le règlement du baccalauréat, sa copie pourrait être considérée comme nulle ou, dans le meilleur des cas, ne porter que sur les éléments universels (schémas, chiffres), ce qui entraînerait une note très faible, voire un zéro. Cette situation mettrait en péril son orientation vers les études supérieures.
L’administration invoque deux arguments principaux : le manque de correcteurs qualifiés capables de corriger des copies en basque sur l’ensemble du territoire sans briser l’anonymat des candidats, et la nécessité de garantir l’égalité entre tous les candidats. Elle s’appuie sur une interprétation stricte de la Constitution, qui fait du français la langue de la République.