Alors que le groupe espagnol Mercadona domine le marché espagnol avec une part de marché de 33%, loin devant ses concurrents, Carrefour a décidé de renforcer son offensive commerciale dans le pays. Selon Le Figaro, le géant français de la distribution mise sur deux leviers pour combler son retard : la rénovation de ses hypermarchés et le développement de supérettes de proximité, dans un contexte où la concurrence y est particulièrement féroce.
Ce qu'il faut retenir
- En Espagne, Carrefour affiche une part de marché de 9%, loin derrière Mercadona (33%) et Lidl (7%), d'après les données du cabinet Kantar.
- Pour séduire la clientèle touristique, notamment allemande et britannique, certains hypermarchés de l'enseigne intègrent des rayons dédiés aux spécialités locales des pays d'origine des vacanciers.
- Les Baléares, qui accueillent 16 millions de touristes par an, dont une majorité d'Allemands et d'Anglais, constituent un terrain d'expérimentation clé pour cette stratégie.
- En France, Carrefour occupe une position bien plus solide avec une part de marché de 21,4%, derrière Leclerc (24,1%).
Une stratégie adaptée à un marché très concurrentiel
L'Espagne se distingue par un tissu commercial dense en grandes surfaces, où la bataille pour attirer et fidéliser les clients est particulièrement intense. Dans ce paysage dominé par Mercadona, qui mise sur une stratégie de marques de distributeur très compétitives, Carrefour doit innover pour se différencier. « La concurrence y est rude, et le nombre de grandes surfaces par habitant est élevé », souligne un analyste du secteur, cité par Le Figaro.
Pour répondre à cette situation, le groupe français a choisi de miser sur deux axes : d'une part, la modernisation de ses hypermarchés, et d'autre part, l'expansion de ses supérettes de proximité. Cette approche vise à capter à la fois la clientèle locale et les touristes, dont le pouvoir d'achat reste un atout majeur pour le secteur.
Les Baléares, un laboratoire pour les hypermarchés « touristiques »
Parmi les initiatives phares, l'enseigne a transformé certains de ses magasins en véritables « vitrines » de produits européens. À Palma de Majorque, par exemple, un hypermarché de 9 000 m² consacre un rayon entier aux spécialités britanniques et allemandes, comme des pots de lemon curd ou des wurst (saucisses). Une stratégie calculée pour séduire les touristes allemands et anglais, qui représentent une part majeure des visiteurs des Baléares.
Chaque année, l'archipel accueille 16 millions de touristes, dont une majorité en provenance d'Europe du Nord. « C'est un marché captif, et nous devons nous adapter à leurs attentes », a expliqué un responsable de Carrefour, cité par Le Figaro. Ces adaptations incluent également des horaires étendus et des services multilingues pour faciliter l'expérience d'achat des visiteurs étrangers.
Un retard à combler face à Mercadona, mais des atouts en France
En Espagne, Carrefour affiche un retard significatif sur son rival local. Avec une part de marché de 9%, l'enseigne française se classe seulement troisième, derrière Lidl (7%) et très loin derrière Mercadona (33%). Ce dernier a su se forger une image de marque fiable et abordable, basée sur une stratégie de contrôle strict de sa chaîne logistique et une offre de produits maison très attractive.
En France, la situation est bien différente. Avec une part de marché de 21,4%, Carrefour y occupe une position bien plus confortable, derrière Leclerc (24,1%). Cette différence s'explique en partie par un marché moins saturé et une concurrence moins concentrée qu'en Espagne. « Notre positionnement en France nous permet de dégager des marges plus importantes, ce qui nous donne une marge de manœuvre pour investir dans des marchés comme l'Espagne », a indiqué Alexandre Bompard, PDG de Carrefour.
Vers une relance de la croissance en Europe ?
Cette stratégie offensive en Espagne s'inscrit dans un contexte plus large de relance de la croissance pour Carrefour. Le groupe a récemment annoncé des investissements massifs dans la rénovation de ses magasins et le développement de formats plus petits, adaptés aux zones urbaines. « Nous devons être présents là où nos clients se trouvent, que ce soit dans les centres-villes ou dans les zones touristiques », a précisé un porte-parole de l'enseigne.
Ces initiatives s'accompagnent d'une volonté de renforcer la présence numérique du groupe, avec le développement de services de livraison et de drive, afin de répondre aux nouvelles habitudes de consommation. « La digitalisation est un levier clé pour fidéliser notre clientèle, surtout dans des marchés comme l'Espagne, où les attentes en matière de praticité sont de plus en plus fortes », a ajouté le responsable.
Pour l'heure, Carrefour mise sur une croissance progressive, en capitalisant sur ses atouts en France et en testant de nouveaux concepts en Espagne. Si le pari réussit, le groupe pourrait redéfinir sa position sur le marché européen, où la bataille pour le leadership dans la grande distribution reste plus que jamais ouverte.
Mercadona a su se construire une image de marque ultra-compétitive en Espagne, basée sur des prix bas, une logistique maîtrisée et une offre de produits maison très attractive. Carrefour, en revanche, doit composer avec un retard historique en termes de parts de marché et une concurrence locale bien implantée, ce qui limite sa capacité à innover rapidement.