Alors que les tensions commerciales entre Washington et Pékin avaient conduit la Chine à suspendre ses commandes auprès de Boeing, le géant américain de l’aéronautique vient de marquer un tournant majeur. Selon BFM Business, l’administration chinoise s’est engagée à acheter 200 avions au constructeur, avec la perspective d’une commande totale pouvant atteindre 750 appareils. Cette annonce intervient au lendemain d’une visite officielle de Donald Trump en Chine, où le président américain a revendiqué des accords commerciaux « fantastiques » avec son homologue Xi Jinping.
Ce qu'il faut retenir
- Un engagement initial de 200 avions, avec des commandes supplémentaires attendues jusqu’à 750 appareils.
- La levée progressive des restrictions imposées par Pékin depuis 2019, après des années de suspension des commandes et des livraisons.
- Une reprise des activités pour Boeing, après des années de tensions commerciales et de suspension des ventes vers la Chine.
- Donald Trump évoque un succès diplomatique, revendiquant l’ouverture du marché chinois aux avions américains.
- Le 737 MAX enfin autorisé en Chine, après une suspension de près de trois ans liée aux accidents de 2018 et 2019.
Une reprise progressive des commandes chinoises
Boeing a confirmé, dans un communiqué publié vendredi 16 mai 2026, que la Chine s’était engagée à acheter 200 avions commerciaux. Cette première tranche pourrait être suivie d’engagements supplémentaires, portant le total à 750 appareils. Le constructeur n’a pas précisé les modèles concernés, se contentant d’indiquer que des « engagements supplémentaires » étaient attendus. Kelly Ortberg, le PDG de Boeing, faisait partie de la délégation présidentielle américaine lors de ce déplacement en Chine.
Dans ce communiqué, Boeing a salué « le franchissement de cette étape majeure », remerciant l’administration américaine pour son rôle dans cette avancée. « Nous avons désormais hâte de continuer à répondre à la demande chinoise en avions », a ajouté le groupe. Cette annonce marque un revirement après des années de restrictions imposées par Pékin, qui avait suspendu en 2019 toutes les commandes et livraisons d’avions américains, en représailles aux droits de douane imposés par Washington sur les produits chinois.
Un marché chinois stratégique pour Boeing
La Chine représente un enjeu majeur pour Boeing, qui estimait dans ses dernières prévisions à vingt ans, publiées en juin 2025, que 50 % de la demande mondiale en avions commerciaux d’ici 2044 proviendrait d’Asie du Sud et du Sud-Est. Sur un total de 44 000 avions à fabriquer d’ici 2044, dont 21 100 pour remplacer les appareils existants et 22 500 pour répondre à la croissance du trafic, la Chine et ses voisins devraient donc jouer un rôle clé.
Le dernier contrat signé entre Pékin et Boeing remontait à 2017, lorsque Donald Trump s’était rendu en Chine lors de son premier mandat. À l’époque, l’accord portait sur 300 avions (monocouloirs et bicouloirs), pour une valeur estimée à 37 milliards de dollars. Depuis, les tensions commerciales et les restrictions réglementaires avaient fortement limité les échanges entre le constructeur américain et ses clients chinois.
Les étapes d’un réchauffement progressif
La réouverture du marché chinois aux commandes de Boeing s’inscrit dans un processus long et sinueux. Après les accidents mortels du 737 MAX 8 en octobre 2018 (Lion Air) et mars 2019 (Ethiopian Airlines), qui avaient fait 346 morts, l’appareil avait été cloué au sol pendant vingt mois. La Chine n’avait autorisé son retour dans son espace aérien qu’en janvier 2023, soit bien après les États-Unis (novembre 2020) et l’Europe (janvier 2021).
Par ailleurs, Pékin avait suspendu en 2019 toutes les livraisons d’avions Boeing, avant de donner son feu vert en décembre 2023 pour le 787 Dreamliner et en janvier 2024 pour le 737 MAX. Ces autorisations avaient été à nouveau suspendues quelques semaines plus tard, le régulateur chinois exigeant des homologations supplémentaires liées à une batterie au lithium dans les 737, 787 et 777X. Ce dernier, un gros porteur toujours en attente de certification aux États-Unis, n’a donc toujours pas obtenu le feu vert définitif.
Un contexte diplomatique et commercial tendu
Cette reprise des commandes intervient dans un contexte où les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine restent marquées par des tensions. Donald Trump avait instauré de lourds droits de douane sur les importations chinoises, poussant Pékin à adopter des mesures de rétorsion, dont l’interdiction des commandes auprès de Boeing. Une trêve avait finalement été conclue, permettant une reprise progressive des activités du constructeur avec ses clients chinois.
À fin avril 2026, le carnet de commandes de Boeing s’élevait à 6 814 avions, dont 4 371 exemplaires du 737 MAX, pour une valeur totale estimée à plus de 600 milliards de dollars. Ce nouveau contrat chinois pourrait donc significativement renforcer la position du constructeur face à son principal concurrent, Airbus, qui détient actuellement la majorité du marché des monocouloirs en Asie.
Enfin, la levée des dernières restrictions techniques sur les 737 MAX et 777X devrait être suivie de près, car elle conditionne la reprise définitive des livraisons vers la Chine. Une homologation rapide de ces appareils pourrait accélérer la concrétisation des commandes annoncées.
« Nous avons eu un déplacement en Chine rempli de succès et nous avons accompli notre important objectif de rouvrir le marché chinois aux commandes pour les avions de Boeing. »
— Boeing, dans un communiqué publié le 16 mai 2026
Les défis à venir pour Boeing
Malgré cette avancée, Boeing reste confronté à plusieurs défis. Le constructeur doit notamment regagner la confiance des compagnies aériennes et des régulateurs après les crises successives du 737 MAX. La reprise des commandes chinoises est donc une opportunité majeure, mais elle devra s’accompagner d’une stabilité à long terme dans les relations commerciales entre les deux pays.
Par ailleurs, la concurrence d’Airbus, qui a su maintenir sa présence sur le marché asiatique, impose à Boeing de miser sur l’innovation et la fiabilité de ses appareils pour séduire les compagnies chinoises. Les prochains mois seront donc décisifs pour évaluer l’impact réel de cet accord sur la stratégie commerciale du géant américain.
Selon les informations rapportées par BFM Business, les médias américains évoquent depuis plusieurs mois une commande potentielle record de Pékin portant sur environ 500 avions monocouloirs 737 MAX et une centaine de gros porteurs (787 Dreamliner et 777). Le record en volume est actuellement détenu par la compagnie indienne IndiGo, avec 500 Airbus A320 commandés.
La reprise des livraisons dépend de plusieurs facteurs. Le 737 MAX a été autorisé à voler en Chine en janvier 2023, mais des restrictions supplémentaires ont été imposées mi-2024, notamment liées à une batterie au lithium. Une homologation définitive des 737 MAX et 777X par le régulateur chinois est donc nécessaire avant toute reprise des livraisons à grande échelle. Aucune date précise n’a été communiquée pour l’instant.