Le géant pétrolier saoudien Aramco et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences prolongées de la crise énergétique actuelle au Moyen-Orient. Selon BFM Business, le retour à un fonctionnement normal des marchés du pétrole pourrait nécessiter plus d’une année, voire s’étendre jusqu’en 2027. Une perspective alarmante alors que les stocks stratégiques s’épuisent et que les alternatives restent limitées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PDG d’Aramco, Amin Nasser, estime que même une réouverture immédiate du détroit d’Ormuz ne suffirait pas à rétablir l’équilibre avant plusieurs mois, voire 2027.
  • La crise a provoqué une perte d’approvisionnement de 1 milliard de barils, partiellement compensée par l’oléoduc Est-Ouest saoudien, saturé à sa capacité maximale.
  • Les bénéfices d’Aramco ont bondi de 26 % au premier trimestre 2026, atteignant 33,6 milliards de dollars, reflétant les tensions sur les prix.
  • L’AIE qualifie cette crise de plus grande crise énergétique de l’histoire, avec plus d’un tiers des infrastructures énergétiques du Golfe endommagées.
  • Les prix du pétrole restent élevés en raison de l’absence d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin au conflit.

Intervenant lors d’un appel avec des investisseurs ce 11 mai 2026, le PDG d’Aramco, Amin Nasser, a évoqué un « plus grand choc énergétique » que le monde ait jamais connu. « Même si le détroit d’Ormuz rouvrait aujourd’hui, il faudrait encore des mois pour que le marché se rééquilibre », a-t-il déclaré. Le dirigeant a ajouté que si la réouverture du détroit était retardée de quelques semaines supplémentaires, le retour à la normale s’étendrait jusqu’en 2027. Une déclaration qui souligne l’ampleur des perturbations actuelles, bien au-delà des simples tensions géopolitiques.

Cette crise, déclenchée par l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026, a entraîné une fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport du pétrole. Pour atténuer l’impact, l’Arabie saoudite a mobilisé son oléoduc Est-Ouest, capable d’acheminer jusqu’à 7 millions de barils par jour. « Cet oléoduc s’est révélé être une artère d’approvisionnement essentielle », a souligné Amin Nasser dans un communiqué, précisant qu’il a contribué à soulager les clients affectés par les contraintes de navigation.

Les chiffres publiés par Aramco illustrent l’ampleur de la crise. Au premier trimestre 2026, le groupe a enregistré un résultat net ajusté de 33,6 milliards de dollars, en hausse de 26 % par rapport à la même période en 2025. Une performance qui reflète à la fois la hausse des prix et la capacité de l’entreprise à maintenir une partie de ses exportations malgré les perturbations. Pourtant, cette embellie financière ne masque pas les défis structurels auxquels est confronté le marché.

Selon Fatih Birol, directeur de l’AIE, la crise actuelle dépasse en intensité toutes les précédentes. « Il ne faut pas croire que tout reviendra à la normale dès la réouverture du détroit d’Ormuz », a-t-il averti. « Il faudra du temps, des efforts considérables et des investissements importants pour retrouver les niveaux d’avant la crise. » L’AIE estime qu’il pourrait falloir deux ans pour rétablir pleinement les approvisionnements. Une évaluation qui s’explique par l’ampleur des dégâts subis par les infrastructures énergétiques du Golfe, avec plus d’un tiers des installations endommagées ou détruites lors du conflit.

La situation reste particulièrement tendue sur le terrain. Dimanche, le président américain Donald Trump a critiqué sur Truth Social la réponse iranienne à une proposition américaine visant à mettre fin à la guerre, la qualifiant de « totalement inacceptable ». Une déclaration qui illustre l’impasse diplomatique actuelle. « La situation au Moyen-Orient est toujours au point mort, avec un trafic dans le détroit d’Ormuz presque inexistant », résume François Rimeu, stratégiste chez Crédit Mutuel AM. Les prix du pétrole, déjà élevés, pourraient continuer à fluctuer en fonction des développements géopolitiques.

Face à cette crise, les États et les compagnies énergétiques cherchent à reconstituer leurs stocks stratégiques, largement entamés par des mois de perturbations. « On observe une forte hausse de la demande après l’ouverture du détroit », a indiqué Amin Nasser. Une course contre la montre qui s’ajoute aux défis logistiques et économiques déjà immenses. Le conflit a en effet provoqué une perte d’approvisionnement sans précédent d’environ 1 milliard de barils, un chiffre qui donne la mesure de l’ampleur des perturbations.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour les prochains mois. Une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, couplée à une stabilisation des relations entre Washington et Téhéran, pourrait permettre une amélioration partielle de la situation. Cependant, la reconstruction des infrastructures énergétiques du Golfe nécessitera des investissements massifs et prendra plusieurs années. Les marchés, eux, devraient rester volatils tant que le conflit persistera et que les stocks stratégiques ne seront pas reconstitués. La réunion du Forum économique mondial à Davos en janvier 2026 avait déjà mis en lumière ces risques, mais les derniers développements confirment que la crise est loin d’être résolue.

Cette crise énergétique sans précédent soulève des questions bien plus larges que le simple approvisionnement en pétrole. Elle met en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, dépendantes de quelques points de passage stratégiques comme le détroit d’Ormuz. Elle interroge également la résilience des économies face aux chocs externes, alors que l’inflation et les tensions géopolitiques pèsent sur la croissance mondiale. Pour les consommateurs, cela signifie une facture énergétique qui pourrait rester élevée pendant plusieurs années. Pour les gouvernements, c’est l’obligation de repenser leurs stratégies énergétiques et de réduire leur dépendance aux importations en provenance de zones instables.

Alors que les négociations entre les États-Unis et l’Iran n’ont pour l’instant abouti à aucun résultat concret, la communauté internationale doit se préparer à une crise prolongée. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si les parties prenantes parviendront à désamorcer les tensions ou si, au contraire, la situation s’aggravera encore. Une chose est sûre : le retour à une « normale » des marchés du pétrole ne se fera pas avant plusieurs mois, et probablement pas avant 2027.

Le détroit d’Ormuz est une voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Sa fermeture, même partielle, réduit drastiquement les capacités d’exportation des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les alternatives, comme l’oléoduc Est-Ouest saoudien, ne suffisent pas à compenser l’absence de transit maritime, ce qui crée des goulots d’étranglement et fait monter les prix.

Une crise énergétique prolongée pourrait entraîner une hausse durable des prix du pétrole, alimentant l’inflation et pesant sur la croissance économique. Les entreprises et les ménages verraient leurs coûts de production et de consommation augmenter, ce qui pourrait freiner la consommation et l’investissement. À plus long terme, cette situation pourrait accélérer la transition vers des énergies alternatives, mais aussi fragiliser les économies les plus dépendantes des importations de pétrole.