Le 10 juillet 1976, un accident industriel sans précédent frappait Seveso, une commune de la province de Milan, dans le nord de l’Italie. Un nuage de dioxine, un composé chimique hautement toxique, s’échappait alors de l’usine ICMESA, filiale du groupe suisse Hoffman-La Roche. Cinquante ans plus tard, l’événement reste gravé dans la mémoire collective, selon Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- Le 10 juillet 1976, un accident à l’usine ICMESA libère un nuage de dioxine sur Seveso et ses environs.
- L’usine ICMESA appartenait au groupe suisse Hoffman-La Roche.
- La catastrophe a conduit à la classification de zones en fonction du niveau de contamination.
- Les habitants de Seveso ont des souvenirs contrastés : certains restent marqués par la colère, d’autres veulent tourner la page.
- L’accident a inspiré la création de la directive européenne Seveso sur les risques industriels.
Un accident industriel aux conséquences durables
L’accident de Seveso est survenu dans une usine spécialisée dans la production de trichlorophénol, un composé utilisé dans la fabrication de désherbants. Une réaction chimique mal maîtrisée a provoqué une surchauffe du réacteur, entraînant la libération d’un nuage toxique contenant de la dioxine. Le vent a transporté ce nuage sur les communes voisines, exposant des milliers de personnes à ce polluant.
Les autorités italiennes ont rapidement mis en place des mesures de confinement et d’évacuation dans les zones les plus touchées. Trois zones ont été définies : zone A, la plus contaminée, où l’habitat a été interdit ; zone B, où des restrictions d’usage des sols ont été imposées ; et zone R, où des contrôles sanitaires ont été renforcés. Selon les estimations, près de 37 000 personnes ont été exposées à la dioxine, un chiffre qui illustre l’ampleur de la catastrophe.
Des séquelles sanitaires et environnementales toujours visibles
Les conséquences sanitaires de l’accident ont été lourdes. Une étude publiée en 2016 par l’Institut supérieur de la santé italien a révélé une augmentation des cas de cancers, notamment des lymphomes, ainsi que des malformations congénitales dans les zones touchées. Les sols, eux, sont restés contaminés pendant des décennies, obligeant les autorités à mener des opérations de dépollution coûteuses et longues.
Côté environnemental, la végétation a été gravement affectée. Les arbres et les cultures ont dû être abattus dans les zones les plus contaminées. Aujourd’hui, des zones encore classées comme « interdites » rappellent les risques liés à l’industrie chimique. « On ne peut pas effacer ce qui s’est passé, mais on essaie de vivre avec », témoigne Maria Rossi, une habitante de Seveso citée par Ouest France.
Une colère persistante et des mémoires divisées
Cinquante ans après les faits, les habitants de Seveso et des communes voisines gardent des souvenirs très différents de la catastrophe. Certains, comme Giovanni Bianchi, un ancien ouvrier de l’usine ICMESA, expriment une colère tenace. « On nous a menti. On nous a dit que tout était sous contrôle, alors que la dioxine s’échappait depuis des heures », a-t-il déclaré à Ouest France. D’autres, en revanche, préfèrent tourner la page. « Ma famille a été évacuée, mais aujourd’hui, je veux me concentrer sur l’avenir », confie Lucia Moretti, dont les parents avaient dû quitter leur domicile en 1976.
Cette division reflète aussi les tensions entre les victimes et les responsables. Hoffman-La Roche a finalement versé des indemnisations aux habitants et financé une partie des travaux de dépollution, mais beaucoup estiment que le montant est insuffisant. En 2006, le groupe suisse a reconnu sa responsabilité dans l’accident, sans pour autant présenter d’excuses publiques.
Seveso, un symbole de la lutte contre les risques industriels
L’accident de Seveso a marqué un tournant dans la réglementation européenne. En 1982, la directive Seveso est adoptée pour renforcer la prévention des risques liés aux installations industrielles dangereuses. Elle impose aux entreprises de réaliser des études de danger et de mettre en place des plans d’urgence en cas d’accident. Aujourd’hui, cette directive a été renforcée à plusieurs reprises, notamment après les catastrophes de Bhopal en 1984 et d’AZF à Toulouse en 2001.
À Seveso, un musée et un centre de documentation ont été créés pour rappeler l’accident et ses leçons. Chaque année, des commémorations sont organisées pour ne pas oublier. Pourtant, malgré ces initiatives, le site reste un symbole des dangers de l’industrie chimique. « Seveso, c’est le passé, mais c’est aussi un avertissement pour l’avenir », souligne un responsable local interrogé par Ouest France.
Cinquante ans après l’accident, Seveso incarne à la fois la mémoire des victimes et l’évolution des normes industrielles. Si la colère persiste pour certains, l’espoir d’un avenir plus sûr anime d’autres. Une chose est sûre : l’histoire de Seveso continue de résonner bien au-delà des frontières italiennes.
Le site de l’ancienne usine ICMESA, située dans la zone A, reste interdit à toute activité humaine en raison de la contamination persistante des sols. Il est entouré d’une clôture et surveillé par les autorités. Une partie des terrains a été reconvertie en zone verte, mais la dépollution complète prendra encore des années, selon les experts.