Les jumeaux Arie et Chuko Esiri, originaires du Nigeria, ont choisi la Quinzaine des cinéastes, dans le cadre du Festival de Cannes, pour y présenter leur deuxième long-métrage, « Clarissa ». Selon Franceinfo - Culture, cette œuvre contemplative s’inspire librement de Mrs Dalloway, le roman culte de Virginia Woolf, tout en l’ancrant dans le Lagos contemporain, où la nostalgie et les tensions sociales se mêlent à une mélancolie teintée de poésie.
Ce qu'il faut retenir
- Les réalisateurs nigérians Arie et Chuko Esiri adaptent « Mrs Dalloway » de Virginia Woolf en situant l’intrigue à Lagos, au sein de la bourgeoisie locale.
- L’actrice britannique Sophie Okonedo incarne Clarissa, une femme préparant une réception tout en revivant des souvenirs d’amour et de jeunesse.
- Le film explore des thèmes politiques comme les divisions ethniques au Nigeria et l’héritage colonial, en plus de la dépression à travers le personnage de Septimus.
- Sophie Okonedo livre une performance saluée pour sa capacité à incarner la tendresse mélancolique du rôle-titre.
- Le casting mêle des comédiens issus de la diaspora nigériane, dont David Oyelowo dans le rôle de Peter et Jude Akuwudike dans celui de Richard.
Une transposition audacieuse de Mrs Dalloway au Nigeria
Arie et Chuko Esiri ont pris le parti d’une adaptation résolument nigériane de Mrs Dalloway. Là où Virginia Woolf situait son récit dans la haute société londonienne des années 1920, les réalisateurs ont transplanté l’intrigue à Lagos, capitale économique du Nigeria. Leur Clarissa n’est plus une aristocrate britannique, mais une femme de la bourgeoisie lagosienne, souvent éduquée ou ayant vécu à l’étranger. Le film alterne entre un anglais châtié et le pidgin, ce créole nigérian largement parlé dans le pays, pour mieux refléter cette réalité sociale.
La structure narrative, fidèle à l’esprit du roman original, suit Clarissa (Sophie Okonedo) dans les préparatifs d’une réception qu’elle organise chez elle. Mais cette journée apparemment ordinaire est rythmée par des retours en arrière, des souvenirs d’amour de jeunesse avec Peter (David Oyelowo), ainsi que par les tensions internes d’un pays aux multiples facettes ethniques et sociales. Comme le précise Franceinfo - Culture, le film s’attache à dépeindre une société où la modernité côtoie des blessures encore vives, qu’elles soient historiques ou contemporaines.
Un casting international aux racines nigérianes
Le rôle principal de Clarissa est interprété par Sophie Okonedo, actrice britannique d’origine nigériane, dont la présence à l’écran incarne à elle seule la connexion entre les deux cultures. Son interprétation, à la fois subtile et intense, a été saluée par la critique présente à la Quinzaine des cinéastes. Okonedo incarne une femme en proie à une nostalgie douce-amère, dont les émotions se révèlent notamment dans une scène muette, aux côtés de David Oyelowo, où transparaît toute la profondeur de leur histoire passée.
Le film s’appuie sur un casting varié, où se croisent des acteurs de la diaspora nigériane et des talents locaux. Ainsi, David Oyelowo, connu pour ses rôles dans « Selma » ou « The Cloverfield Paradox », prête ses traits à Peter, l’amant d’autrefois, tandis que Jude Akuwudike, déjà présent dans le premier film des réalisateurs, « Eyimofe » (2020), incarne Richard, l’époux de Clarissa. Le personnage de Septimus, ancien soldat nigérian souffrant de troubles psychologiques, est interprété par Fortune Nwafor, tandis que les versions jeunes des protagonistes sont jouées par India Amarteifio, Ayo Edebiri et Joheeb Jimoh, révélant ainsi une nouvelle génération de talents.
Une œuvre politique et poétique
Au-delà de sa dimension narrative, « Clarissa » se veut une réflexion sur l’identité nigériane et ses contradictions. Les réalisateurs, qui avaient déjà abordé le thème de l’émigration dans leur premier film, « Eyimofe », explorent ici les stigmates de la colonisation et les tensions persistantes entre les groupes ethniques du pays. Septimus, dont le personnage est inspiré par un soldat ayant combattu contre Boko Haram dans le nord du Nigeria, incarne ces blessures invisibles, celles d’une société où la dépression reste souvent taboue malgré l’affection portée à ceux qui en souffrent.
La mise en scène des frères Esiri, à la fois fluide et contemplative, joue sur les contrastes entre passé et présent. Leur caméra balaie lentement les paysages de Lagos et les eaux environnantes, créant une atmosphère presque onirique. Cette approche visuelle, couplée à la performance des acteurs, confère au film une dimension à la fois intime et universelle, comme en témoigne la scène où Clarissa, jeune, se baigne dans une rivière, image récurrente qui structure le récit.
« Avec « Clarissa », nous voulions montrer comment la nostalgie peut être à la fois une prison et une source de beauté. Nous avons adapté Mrs Dalloway pour parler du Nigeria d’aujourd’hui, un pays où le passé et le présent se répondent sans cesse. »
La projection de « Clarissa » à Cannes marque également une étape supplémentaire dans la reconnaissance du cinéma nigérian sur la scène mondiale. Après des films comme « Lion d’Or » pour « Atlantics » de Mati Diop en 2019, ou plus récemment « The Gravedigger’s Wife » primé à Berlin, cette œuvre s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des récits africains, loin des clichés habituels. Pour le public français, ce film pourrait ainsi représenter une porte d’entrée vers une compréhension plus nuancée d’un pays souvent réduit à ses crises politiques ou sécuritaires.
Reste à voir si le film saura toucher un public large, au-delà des festivals et des amateurs de cinéma d’auteur. Une chose est sûre : avec « Clarissa », les frères Esiri ont signé une œuvre ambitieuse, où se mêlent intimité psychologique et enjeux sociétaux, le tout porté par une interprétation exceptionnelle.
« Clarissa » s’inspire librement du roman « Mrs Dalloway » de Virginia Woolf, en reprenant notamment la structure narrative centrée sur une journée dans la vie d’une femme de la haute société. Cependant, les réalisateurs nigérians Arie et Chuko Esiri ont transposé l’intrigue à Lagos et modifié certains éléments du récit original pour refléter les réalités locales.
Aucune date officielle n’a encore été annoncée pour une sortie en salles en France. La présentation du film à la Quinzaine des cinéastes en mai 2026 pourrait cependant accélérer sa diffusion, probablement d’ici la fin de l’année, si les distributeurs s’emparent du projet.