Le rock portugais doit beaucoup à des figures comme Rui Veloso ou les Conchas, souvent présentés comme les pionniers du genre dans les années 1960. Pourtant, comme le rapporte Euronews FR, son véritable acte de naissance remonte à une artiste oubliée : Zurita de Oliveira. Une musicienne, parolière et guitariste électrique qui, dès 1960, a enregistré O Bonitão do Rock, considérée comme la première chanson de rock and roll portugaise. Un destin musical que le documentaire « Who’s Afraid of Zurita de Oliveira », réalisé par Francisca Marvão, replace sous les projecteurs en mêlant archives rares, réinterprétations contemporaines et témoignages.
Ce qu'il faut retenir
- Zurita de Oliveira a enregistré en 1960 O Bonitão do Rock, souvent citée comme la première chanson de rock and roll portugaise.
- Issue d'une famille d'artistes, elle fut aussi guitariste électrique, un instrument encore très rare pour une femme à cette époque.
- Le documentaire « Who’s Afraid of Zurita de Oliveira », réalisé par Francisca Marvão, a nécessité du crowdfunding et recourt à des réinterprétations par des groupes féminins contemporains.
- Peu d'images d'archives de l'artiste subsistent aujourd'hui, obligeant la réalisatrice à innover pour restituer son héritage.
- Parmi les artistes ayant participé au film figurent Dama Bete, A Garota Não ou encore les Zuritas Elétricas, un groupe créé pour l'occasion.
- Le film a été présenté en avant-première au festival IndieLisboa en 2026.
Une pionnière effacée par l’histoire du rock portugais
Née dans une famille d’artistes, Zurita de Oliveira était la sœur de Camilo de Oliveira, comédien portugais de renom. Avant de se lancer dans le rock, elle avait déjà enregistré plusieurs albums de musique légère dans les années 1950. Mais c’est au tournant des années 1960 qu’elle marque l’histoire en enregistrant O Bonitão do Rock, un titre qui, des décennies plus tard, reste considéré comme l’acte fondateur du rock portugais. « Le rock portugais n’est pas né avec Rui Veloso, ni avec José Cid, ni même avec les Conchas », rappelle Euronews FR. Et pour cause : Zurita de Oliveira était non seulement une chanteuse, mais aussi une guitariste électrique, un instrument alors exceptionnel pour une femme dans le Portugal de l’époque.
Après cette incursion dans le rock, elle forma son propre groupe et se produisit dans divers lieux du pays. Plus tard, elle se consacra à l’écriture de fados pour Ada de Castro, une proche amie et collaboratrice. Zurita de Oliveira s’est éteinte en 2015, à l’âge de 84 ans, laissant derrière elle une carrière aussi audacieuse que méconnue.
Un documentaire né d’une découverte fortuite et d’un manque d’archives
C’est lors de la réalisation de son précédent film, « Ela é uma Música », que la cinéaste Francisca Marvão a découvert l’existence de Zurita de Oliveira. Fascinée par cette figure historique, elle a décidé de lui consacrer un documentaire, « Who’s Afraid of Zurita de Oliveira », dont le titre joue sur la réhabilitation d’une artiste effacée. « On dit qu’elle a été la pionnière du rock au Portugal, mais elle était bien plus que cela », explique Francisca Marvão dans le film. « C’était une musicienne, une parolière, une dramaturge, une interprète… surtout, c’était une femme qui, dans les années 1960, a osé faire de grands solos de guitare électrique sur une grande scène pour un grand public. »
Le projet a cependant dû surmonter un obstacle majeur : le manque cruel d’archives visuelles de Zurita de Oliveira. « Le temps passe, on n’a pas gardé beaucoup de choses d’elle », confie la réalisatrice. Certains enregistrements de répétitions ont disparu, et des personnes ayant connu l’artiste sont décédées, emportant avec elles des souvenirs précieux. Pire encore, le seul enregistrement filmé connu de Zurita de Oliveira, où elle interprète la chanson humoristique brésilienne O Namoro da Vovó, appartient aux archives de la RTP. Ces dernières ont refusé de le fournir gratuitement, contraignant l’équipe à imaginer des solutions créatives.
Entre fiction, réinterprétations et hommages, une œuvre hybride
Pour pallier ce manque d’images, Francisca Marvão a opté pour une approche mêlant fiction et réinterprétations. Le documentaire inclut des sketches avec des acteurs, dont une interview fictive de Zurita de Oliveira, reconstituée à partir de déclarations de l’artiste publiées dans des magazines de l’époque. Autre volet du projet : l’invitation de plusieurs chanteuses et groupes 100 % féminins à réinterpréter des chansons de Zurita de Oliveira. Certaines de ces compositions n’avaient même jamais été jouées en public.
Parmi les participantes figurent des artistes de la scène alternative portugaise contemporaine, comme la rappeuse Dama Bete, A Garota Não, Frik.são, Trypas Corassão ou encore Vitória & The Kalashnicoles. Pour interpréter O Bonitão do Rock, un groupe entièrement féminin, les Zuritas Elétricas, a même été créé spécialement pour le documentaire. « C’est une façon de donner une scène aux femmes qui font de la musique aujourd’hui et de ramener Zurita dans le présent », souligne Francisca Marvão. Le film s’enrichit également de témoignages de proches de l’artiste, comme Ada de Castro ou Paula Marcelo, veuve de Camilo de Oliveira, qui a offert à la réalisatrice une guitare ayant appartenu à Zurita.
« Nous avons pu faire revivre des paroles qui avaient été oubliées, qui n’avaient jamais été interprétées par Zurita, qui n’avaient jamais été enregistrées. En écoutant ce que chaque artiste a fait pour donner une voix à ces chansons, j’ai pu mieux me sentir et m’identifier à la cause de Zurita et à ce qu’elle voulait dire. »
— Dama Bete, rappeuse et participante au documentaire
Un hommage à une artiste pionnière et à la musique féminine portugaise
Le documentaire « Who’s Afraid of Zurita de Oliveira » n’est pas seulement un hommage à une artiste injustement oubliée. Il s’inscrit aussi dans une démarche de valorisation de la musique féminine portugaise, tant passée que contemporaine. En donnant la parole à des groupes et artistes actuels, Francisca Marvão offre une nouvelle vie aux compositions de Zurita, tout en mettant en lumière une génération de musiciennes qui, aujourd’hui encore, doivent souvent lutter pour se faire une place dans un milieu encore largement dominé par les hommes.
Le film, présenté en avant-première au festival IndieLisboa en 2026, s’inscrit dans une dynamique plus large de redécouverte des figures féminines de l’histoire musicale portugaise. Il rappelle que, bien avant les groupes rock des années 1960 ou les stars contemporaines, des femmes comme Zurita de Oliveira ont pavé la voie, souvent dans l’ombre, avec audace et détermination.
L’histoire de Zurita de Oliveira soulève une question plus large : pourquoi certaines figures pionnières, qu’elles soient hommes ou femmes, tombent-elles dans l’oubli au profit de récits musicaux dominés par des narrations masculines ? Son cas rappelle que l’héritage culturel est souvent façonné par des biais historiques qu’il reste nécessaire de corriger.
Le film a été présenté en avant-première au festival IndieLisboa en 2026. Une diffusion plus large, notamment en ligne ou dans des salles indépendantes, n’a pas encore été officiellement annoncée, mais la réalisatrice Francisca Marvão a indiqué travailler à son accessibilité.
Parmi les artistes ayant contribué au film figurent la rappeuse Dama Bete, les groupes A Garota Não, Frik.são, Trypas Corassão et Vitória & The Kalashnicoles. Un groupe spécialement créé pour l’occasion, les Zuritas Elétricas, a également interprété O Bonitão do Rock.