La ministre déléguée aux Armées s’est rendue à Sétif le 8 mai 2026 pour commémorer la répression sanglante perpétrée par l’armée française à la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme l’a rapporté Libération. Si cette présence était attendue et saluée, d’autres massacres, moins médiatisés, ont également marqué l’histoire des anciennes colonies françaises.

Ce qu'il faut retenir

  • 8 mai 2026 : la ministre déléguée aux Armées commémore à Sétif les violences de 1945, où des milliers d’Algériens furent tués par les forces françaises.
  • Ces massacres, bien que reconnus par certains historiens, restent peu évoqués dans les cérémonies officielles.
  • D’autres répressions coloniales, comme au Vietnam, à Madagascar ou au Sénégal, ont également causé des milliers de morts.
  • L’historienne Olivier Le Cour Grandmaison souligne que ces événements « mériteraient tout autant une reconnaissance officielle ».

Une commémoration attendue mais partielle

Chaque année, le 8 mai, la France célèbre la fin de la Seconde Guerre mondiale et rend hommage à ses victimes. Cette année, la ministre déléguée aux Armées, Geneviève Darrieussecq, s’est rendue à Sétif, en Algérie, pour commémorer les massacres de 1945, où des milliers de manifestants algériens avaient été tués par l’armée française après des émeutes. Selon Libération, cette présence était « attendue et bienvenue » par une partie de la classe politique et associative.

Pourtant, ce déplacement soulève une question : pourquoi ces commémorations se limitent-elles principalement à l’Algérie, alors que d’autres pays, autrefois sous domination française, ont également été le théâtre de violences d’une ampleur comparable ? Bref, la mémoire coloniale reste sélective, et certains épisodes tragiques peinent à émerger dans le discours officiel.

D’autres massacres coloniaux passés sous silence

Entre 1945 et 1962, la France a réprimé dans le sang plusieurs mouvements indépendantistes ou manifestations dans ses colonies. À Madagascar, en 1947, l’insurrection malgache fut écrasée dans un bain de sang : les estimations des victimes varient entre 11 000 et 90 000 morts, selon les sources. Au Vietnam, la répression française après la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de l’affaire de la « répression de la Haute-Région » en 1945-1946, aurait causé la mort de plusieurs milliers de personnes.

Au Sénégal, les émeutes de 1946 à Thiès, réprimées dans le sang, avaient également fait des dizaines de morts. Ces événements, bien que documentés par des historiens, ne bénéficient ni de commémorations officielles ni de reconnaissance institutionnelle en France. « Ces massacres font partie intégrante de notre histoire coloniale, et leur omission est une forme de déni », a rappelé l’historien Benjamin Stora dans une tribune au Monde en 2022.

Une mémoire coloniale en débat

La question des commémorations du 8 mai met en lumière les tensions autour de la mémoire coloniale en France. Pour certains, comme l’historienne Olivier Le Cour Grandmaison, ces événements devraient être reconnus au même titre que ceux d’Algérie. « La France a une dette envers ces pays, et cette dette passe aussi par la reconnaissance de ces crimes », a-t-elle déclaré à Libération.

Pour d’autres, comme l’historien Pierre Assouline, cette reconnaissance doit s’accompagner d’un travail pédagogique pour éviter toute instrumentalisation politique. « Il ne s’agit pas de créer des rancœurs, mais de dire la vérité, même si elle est douloureuse », a-t-il ajouté. Le débat reste vif, notamment au sein des associations issues de l’immigration postcoloniale, qui réclament une reconnaissance officielle de ces crimes.

Et maintenant ?

La question d’une commémoration plus large des violences coloniales pourrait revenir sur le devant de la scène lors des prochaines cérémonies du 11 novembre ou du 8 mai. Une mission parlementaire, créée en 2022 pour travailler sur la mémoire coloniale, devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Reste à voir si ces travaux déboucheront sur des actes concrets, comme la reconnaissance officielle d’autres massacres ou l’intégration de ces événements dans les programmes scolaires.

En attendant, la mémoire coloniale continue de diviser. Certains pays, comme l’Algérie, maintiennent une pression diplomatique pour que la France assume pleinement son passé. D’autres, comme le Sénégal ou le Vietnam, ont déjà entamé des démarches de réconciliation, mais sans attendre de reconnaissance formelle de Paris. Autant dire que le débat est loin d’être clos.

La priorité accordée à l’Algérie s’explique en partie par l’importance numérique de la communauté algérienne en France et par l’impact durable des accords d’Évian en 1962. Les massacres de Madagascar et du Vietnam, bien que documentés, ont été moins médiatisés et n’ont pas donné lieu à des négociations politiques aussi structurées que la guerre d’indépendance algérienne.