Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait savoir, le 20 juin 2026, qu’il renvoyait l’ordre de l’Aigle blanc, plus haute distinction polonaise, aux autorités de Varsovie. Une décision symbolique qui s’inscrit dans l’escalade des tensions entre les deux pays, après que le président polonais Karol Nawrocki a annoncé, le 29 mai 2026, son intention de priver Zelensky de cette décoration remise en 2023. Selon Courrier International, cette mesure fait suite à l’adoption d’un décret ukrainien baptisant une unité militaire du nom d’« Armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA), une organisation nationaliste de la Seconde Guerre mondiale associée à des exactions contre des civils polonais.

Ce qu'il faut retenir

  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a renvoyé, le 20 juin 2026, l’ordre de l’Aigle blanc décerné par la Pologne en 2023.
  • Cette décision fait suite au retrait de cette distinction par le président polonais Karol Nawrocki, annoncé le 29 mai 2026.
  • Le motif invoqué par Varsovie est l’adoption d’un décret ukrainien donnant le nom de l’UPA à une unité militaire.
  • L’UPA, organisation nationaliste ukrainienne de la Seconde Guerre mondiale, est accusée d’avoir perpétré des exactions contre des Polonais.
  • Plusieurs personnalités ukrainiennes, dont d’anciens présidents, ont également rendu leurs médailles polonaises en signe de protestation.

Une décoration symbolique au cœur d’une querelle mémorielle

L’ordre de l’Aigle blanc avait été attribué à Volodymyr Zelensky en avril 2023 par son prédécesseur polonais, Andrzej Duda, alors président conservateur. Cette récompense saluait, selon les termes officiels, « la contribution exceptionnelle à l’approfondissement des relations d’amitié » entre l’Ukraine et la Pologne, un an après le début de l’invasion russe. Pourtant, cette distinction, autrefois symbole de l’alliance entre les deux nations, est aujourd’hui au cœur d’une vive controverse. La décision de Karol Nawrocki, président nationaliste élu en 2025, de retirer cette décoration à Zelensky illustre l’ampleur des divergences mémorielles entre Kiev et Varsovie.

La polémique a éclaté fin mai 2026, lorsque le président polonais a justifié sa démarche par la promulgation, deux jours plus tôt, d’un décret ukrainien attribuant le nom de l’UPA à une unité militaire. Cette organisation, fondée en 1942, est notamment connue pour son rôle dans la lutte contre les occupants soviétiques et nazis, mais aussi pour des exactions commises à l’encontre de civils polonais dans l’ouest de l’Ukraine actuelle. Ces événements, encore douloureux dans la mémoire collective polonaise, ont été rappelés par plusieurs médias locaux, comme l’hebdomadaire progressiste Polityka, qui qualifie la décision de Nawrocki d’« incompréhensible ».

Kiev riposte et l’escalade s’accélère

Face à ce qu’elle considère comme une provocation, l’Ukraine a réagi avec fermeté. Dès le 20 juin 2026, le service de presse de la présidence ukrainienne a publié une photo de la médaille de l’ordre de l’Aigle blanc, désormais prête à être renvoyée à Varsovie. Une image qui marque symboliquement la rupture diplomatique. Mais cette réaction ne s’est pas limitée à Zelensky : deux anciens présidents ukrainiens, Leonid Koutchma et Viktor Iouchtchenko, ainsi que de nombreux dignitaires, ont également décidé de rendre leurs décorations polonaises en signe de solidarité avec le président en exercice.

Cette crise intervient dans un contexte déjà tendu entre les deux pays, notamment sur la question des relations entre l’Ukraine et l’UPA. Depuis des années, ce sujet divise historiens et politiques. Pour les Polonais, l’UPA incarne une page sombre de l’histoire, marquée par des massacres de civils — comme ceux perpétrés dans les villages de Volhynie et de Galicie orientale entre 1943 et 1945. Du côté ukrainien, cette organisation est souvent présentée comme une force de résistance contre les occupants étrangers. La décision de Kiev de donner son nom à une unité militaire a donc été perçue à Varsovie comme une provocation délibérée, voire une négation des souffrances polonaises.

Le rôle des médias et la polarisation politique

Les grands titres de la presse polonaise ont rapidement réagi à cette crise. Selon Courrier International, les commentateurs des principaux médias polonais s’accordent à dénoncer la décision de Nawrocki, la qualifiant de disproportionnée et contre-productive. Le quotidien Polityka, dans un éditorial au vitriol, évoque une mesure qui « risque d’affaiblir la position polonaise dans le soutien à l’Ukraine face à la Russie ». Pour d’autres observateurs, cette affaire révèle avant tout les tensions internes en Pologne, où le parti au pouvoir, dirigé par Nawrocki, instrumentalise les questions mémorielles pour mobiliser son électorat nationaliste.

En Ukraine, la réaction est tout aussi unanime. Les médias locaux, souvent alignés sur le pouvoir, ont présenté le geste de Zelensky comme une réponse légitime à ce qu’ils qualifient de « provocation polonaise ». Certains analystes soulignent que cette crise, bien que symbolique, pourrait avoir des répercussions concrètes sur la coopération bilatérale, notamment dans les domaines militaire et historique. Déjà, des projets communs de recherche sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, financés par Varsovie et Kiev, pourraient être suspendus sine die.

« Du point de vue polonais, la décision ukrainienne de nommer une unité militaire d’après l’UPA était scandaleuse. Cela revient à glorifier une organisation qui a commis des crimes contre des Polonais. » — Karol Nawrocki, président de la Pologne, déclaration du 29 mai 2026.

Quelles conséquences pour les relations polono-ukrainiennes ?

Cette crise intervient à un moment où l’Ukraine compte plus que jamais sur le soutien de ses alliés, notamment la Pologne, pour faire face à l’invasion russe. Varsovie a été l’un des pays les plus engagés dans l’aide à Kiev, tant sur le plan militaire qu’humanitaire. Pourtant, cette querelle mémorielle pourrait fragiliser ce partenariat, alors que l’Ukraine tente de mobiliser l’Europe de l’Est contre Moscou. Certains observateurs craignent que cette affaire ne soit instrumentalisée par la propagande russe, qui cherche à diviser les soutiens de Kiev.

Pour l’instant, ni Varsovie ni Kiev n’ont indiqué vouloir reculer. Les deux parties semblent déterminées à défendre leur version de l’histoire, au risque de s’enfermer dans une impasse diplomatique. Pourtant, des voix s’élèvent pour rappeler que cette crise ne doit pas faire oublier l’essentiel : la nécessité de maintenir une coopération solide face à la menace russe. Comme le soulignait récemment un éditorial du Gazeta Wyborcza, « l’ennemi de l’Ukraine n’est pas la Pologne, mais la Russie ».

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochaines semaines. Si ni Varsovie ni Kiev ne semblent prêtes à faire un geste, des médiations pourraient être tentées, peut-être via des organisations internationales comme l’Union européenne ou l’OTAN. Une autre piste serait un compromis symbolique, comme le maintien de l’ordre de l’Aigle blanc pour Zelensky, mais assorti de garanties ukrainiennes sur la mémoire historique. Enfin, cette crise pourrait s’apaiser d’elle-même si d’autres priorités, notamment la guerre en Ukraine, reprennent le dessus dans l’agenda politique. Une chose est sûre : tant que les questions mémorielles ne seront pas réglées, les relations entre les deux pays resteront sous haute tension.

Cette affaire rappelle, une fois encore, que les conflits du passé peuvent resurgir avec une violence inattendue, même dans les alliances les plus solides. Dans un contexte où l’Ukraine lutte pour sa survie, cette querelle polono-ukrainienne apparaît comme un paradoxe : deux nations unies par un ennemi commun, mais divisées par des blessures historiques qui peinent à se refermer.

L’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) est une organisation nationaliste ukrainienne active pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est accusée d’avoir perpétré des massacres de civils polonais dans l’ouest de l’Ukraine actuelle entre 1943 et 1945, notamment dans les régions de Volhynie et de Galicie orientale. Ces événements, connus sous le nom de « nettoyage ethnique » ou « Volhynie », ont causé la mort de dizaines de milliers de Polonais. Pour Varsovie, la glorification de l’UPA est donc inacceptable, d’autant que certains de ses membres ont collaboré avec les nazis avant de se retourner contre eux.

Plusieurs pistes sont envisagées. Une médiation pourrait être organisée, peut-être par l’Union européenne ou l’OTAN, pour trouver un compromis symbolique. Une autre solution serait un geste mutuel, comme le maintien de l’ordre de l’Aigle blanc pour Zelensky, mais assorti de discussions sur la mémoire historique. Enfin, cette crise pourrait s’atténuer si d’autres priorités, comme la guerre en Ukraine, reprennent le dessus dans l’agenda politique des deux pays.