Dans les rues de Téhéran, les prix des produits de première nécessité explosent, les licenciements se multiplient et les Iraniens peinent à joindre les deux bouts. Selon Euronews FR, l’économie iranienne est aujourd’hui mise à rude épreuve par une combinaison de facteurs : la guerre, les blocus internationaux et une inflation galopante qui atteint 53,7 % en rythme annuel, selon les dernières données officielles. La monnaie nationale, le rial, a perdu plus de la moitié de sa valeur en un an, s’échangeant désormais à 1,9 million pour un dollar, un niveau historique.
Ce qu'il faut retenir
- L’inflation annuelle en Iran atteint 53,7 %, avec des pics à 115 % pour les produits alimentaires
- Le rial a perdu plus de 50 % de sa valeur en un an, s’échangeant à 1,9 million pour un dollar
- Le FMI prévoit un recul du PIB iranien de 6 points de pourcentage en 2026
- Plus de 90 % des échanges commerciaux iraniens transitent par le détroit d’Ormuz, actuellement sous tension
- La classe moyenne, déjà fragilisée, voit ses effectifs fondre sous l’effet des sanctions et de la guerre
Une économie sous pression : inflation, chômage et pénuries
L’inflation qui frappe l’Iran touche désormais tous les secteurs de la vie quotidienne. Hossein Farmani, chauffeur de taxi à Téhéran, raconte que le prix du thé, du lait ou des œufs a bondi de plus de 50 % depuis le début du conflit. « Si les choses continuent comme ça, nous allons encore beaucoup souffrir », confie-t-il à l’Associated Press. Les denrées alimentaires ne sont pas les seules concernées : les médicaments et les pièces détachées pour véhicules voient leurs coûts exploser, certains prix ayant été multipliés par cinq en moins d’un an.
Les autorités tentent d’atténuer la crise en augmentant le salaire minimum de 60 % ou en distribuant des coupons pour les produits de base. Pourtant, comme le souligne l’économiste Taymur Rahmani, de l’université de Téhéran, dans le quotidien Dunya-ye Eqtesad, ces mesures alimentent elles-mêmes l’inflation. « Les politiques sociales actuelles ont un effet pervers », explique-t-il. « Elles soutiennent le pouvoir d’achat à court terme, mais aggravent la pression sur les prix à moyen terme. »
Le détroit d’Ormuz, levier économique et source de tensions
Plus de 90 % des échanges commerciaux iraniens, notamment les exportations de pétrole, transitent par le détroit d’Ormuz. Sa fermeture partielle, due aux tensions régionales, a des répercussions mondiales sur les prix de l’énergie. Pour l’Iran, les conséquences sont dévastatrices : le commerce maritime est paralysé, les revenus pétroliers s’effondrent et les entreprises locales, déjà fragilisées par les sanctions américaines, peinent à importer des matières premières.
Hadi Kahalzadeh, économiste iranien et chercheur à l’université Brandeis, estime que « le coût économique de la guerre et du blocus naval américain a été très important et sans précédent pour l’Iran ». Pourtant, il tempère : « L’Iran a résisté à des décennies de pression économique et de sanctions. Sa capacité d’adaptation n’a pas été détruite. » Il ajoute cependant que le pays pourrait éviter un effondrement total, « mais à un coût très élevé pour la population ». « La facture principale sera supportée par les Iraniens ordinaires, via une inflation plus forte, davantage de pauvreté et un quotidien beaucoup plus difficile. »
Une classe moyenne en voie de disparition
Avant même la guerre, la classe moyenne iranienne ne représentait plus que 55 % de la population en 2019, selon Mohammad Farzanegan, professeur d’économie du Moyen-Orient à l’université de Marburg. Les sanctions, la corruption et une gestion économique défaillante avaient déjà érodé ce groupe social. La guerre actuelle accélère ce déclin : selon un rapport de l’agence de développement des Nations unies publié fin mars 2026, plusieurs millions d’Iraniens pourraient basculer sous le seuil de pauvreté.
Les témoignages recueillis par Euronews FR illustrent cette dégradation accélérée. Une coach sportive de Téhéran, qui souhaite rester anonyme par crainte de représailles, décrit une société au bord de l’effondrement mental. « Les licenciements touchent tous les secteurs, des usines aux start-up. Beaucoup de mes clients ne peuvent plus payer mes séances. Ceux qui restent viennent pour parler de leur dépression », explique-t-elle dans un message vocal transmis via Telegram. Elle avoue avoir réduit drastiquement ses achats de viande et renoncé à ses séances de thérapie, pourtant utiles après son divorce. « Je prépare un master en psychologie. Cela m’a donné des outils pour gérer mes angoisses, mais la situation est trop pesante. »
Le gouvernement tente de maintenir le moral de la population
Face à l’ampleur de la crise, les dirigeants iraniens multiplient les appels à la résilience. Dans une série de messages publiés sur son compte Telegram officiel, Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, a qualifié la phase actuelle de « champ de bataille économique ». Il a demandé aux employeurs « d’éviter autant que possible les licenciements » et a appelé à une mobilisation générale. Selon des sources internes, Khamenei aurait été blessé lors de frappes israéliennes en début de conflit et n’est pas encore apparu en public.
De son côté, Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement et figure clé de l’effort de guerre, a exhorté les Iraniens à « faire preuve de frugalité » dans leurs dépenses. « Les responsables publics comme la population ont le devoir de s’entraider pour atténuer les effets économiques », a-t-il déclaré sur Telegram. Ces discours visent à ressouder le front intérieur, alors que les manifestations antigouvernementales de janvier 2026 ont montré la colère de la population face à la dégradation des conditions de vie.
Pour l’instant, les Iraniens continuent de s’adapter. Ali Asghar Nahardani, 32 ans, ancien chauffeur VTC, a troqué son application contre la vente ambulante. « Nous vivons au jour le jour, en essayant de traverser cette période tant que durent les conditions de guerre », confie-t-il. Son témoignage résume l’état d’esprit d’une population en quête de résilience, mais au bord de l’épuisement.
Le détroit d’Ormuz est un point de passage incontournable pour le commerce maritime iranien. Selon les estimations de Mohammad Farzanegan, plus de 90 % des échanges du pays transitent par cette voie, notamment les exportations de pétrole, qui constituent une source majeure de revenus pour le budget national. Sa fermeture ou sa perturbation a donc des conséquences directes sur les finances publiques et la capacité de l’Iran à importer des biens essentiels.