Depuis deux ans, la Croatie mise sur son terminal d’Omisalj, situé dans le nord de l’île de Krk, pour se positionner comme un acteur clé de l’approvisionnement énergétique de l’Europe centrale. Selon Le Monde, cette infrastructure en mer Adriatique a été identifiée par Bruxelles comme essentielle pour diversifier les sources d’énergie de la région, notamment en gaz naturel liquéfié (GNL). Pourtant, les résultats restent mitigés, certains pays voisins comme la Hongrie et la Slovaquie continuant de s’approvisionner massivement en pétrole et en gaz auprès de Moscou.
Ce qu'il faut retenir
- Le terminal pétrolier d’Omisalj, sur l’île croate de Krk, est présenté par l’UE comme une infrastructure stratégique pour réduire la dépendance au gaz russe en Europe centrale.
- Bruxelles a labellisé ce site comme essentiel pour l’approvisionnement en GNL de la région, aux côtés d’autres installations en mer Adriatique.
- La Hongrie et la Slovaquie, pourtant dépendantes de Moscou, tardent à réduire leurs importations d’énergie russe, malgré les pressions européennes.
Un projet ambitieux pour briser la dépendance russe
Le terminal d’Omisalj, géré par l’entreprise croate INA, est au cœur d’une stratégie régionale visant à réduire la dépendance de l’Europe centrale aux hydrocarbures russes. Selon les estimations de la Commission européenne, ce site pourrait permettre d’importer jusqu’à 2,5 milliards de mètres cubes de GNL par an, une capacité cruciale pour les pays enclavés comme la Hongrie ou la Slovaquie. « Ce terminal est un levier pour sécuriser nos approvisionnements », a expliqué un responsable de l’UE sous couvert d’anonymat. D’après Le Monde, Bruxelles a déjà alloué 150 millions d’euros pour moderniser les infrastructures portuaires de la région, dont une partie sera dédiée à Omisalj.
Pourtant, malgré ces investissements, les résultats concrets se font attendre. La Hongrie, par exemple, a signé en 2025 un nouvel accord avec Gazprom pour l’achat de 4,5 milliards de mètres cubes de gaz par an jusqu’en 2028. De son côté, la Slovaquie a réduit ses importations russes de 30 % depuis 2022, mais continue de s’approvisionner via des gazoducs comme le Bratstvo, toujours sous contrôle russe. « On avance, mais la transition prend plus de temps que prévu », a reconnu un diplomate européen.
Des retards persistants dans la diversification énergétique
Les lenteurs observées dans la réduction des importations russes s’expliquent en partie par des contraintes logistiques et politiques. La Hongrie, dirigée par Viktor Orbán, a maintes fois critiqué les sanctions européennes contre Moscou, arguant que Moscou restait un fournisseur « fiable et compétitif ». « Nous ne voulons pas dépendre d’un seul fournisseur, mais nous ne pouvons pas non plus nous priver de solutions économiques », a déclaré le ministre hongrois de l’Énergie, Csaba Lantos, en mars 2026. De son côté, la Slovaquie, dirigée par Robert Fico, a annoncé vouloir maintenir des relations « pragmatiques » avec la Russie tant que des alternatives viables ne seront pas disponibles.
Côté croate, les autorités assurent que le terminal d’Omisalj est prêt à jouer son rôle. « Nous avons une capacité de stockage de 250 000 mètres cubes de GNL et des infrastructures adaptées pour les navires de grande capacité », a précisé le directeur général d’INA, Drazen Kovacevic. Pourtant, les premiers contrats d’exportation vers l’Europe centrale tardent à se concrétiser. « Les négociations sont en cours avec plusieurs pays, mais les délais s’allongent », a confié une source proche du dossier à Le Monde.
L’enjeu géopolitique derrière le projet croate
Au-delà des aspects économiques, le terminal d’Omisalj s’inscrit dans une bataille d’influence plus large en Europe centrale. La Russie, via Gazprom, a récemment proposé de construire un nouveau gazoduc vers la Hongrie, baptisé South Stream 2.0, un projet que Bruxelles considère comme une menace pour la sécurité énergétique de l’UE. « Moscou utilise l’énergie comme une arme géopolitique », a averti la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’un discours en mai 2026. Pour contrer cette stratégie, la Croatie mise sur des partenariats avec des pays comme le Qatar, le Nigeria ou les États-Unis, principaux fournisseurs de GNL.
Cependant, les défis restent nombreux. Les coûts de transport du GNL vers l’Europe centrale sont élevés, et les infrastructures ferroviaires et routières de la région ne sont pas toujours adaptées. « Il faudra au moins deux ans pour que le terminal d’Omisalj devienne pleinement opérationnel à grande échelle », a estimé un expert énergétique indépendant. Autant dire que, pour l’instant, l’Europe centrale reste à la merci des décisions de Moscou.
Outre le terminal d’Omisalj, la Croatie développe un projet de terminal flottant de GNL à Fiume (Rijeka), avec une capacité de 1,5 milliard de mètres cubes par an. Elle prévoit également d’étendre ses interconnexions électriques avec la Slovénie et l’Italie pour mieux intégrer le marché européen.