Entre le 6 et le 13 mai 2026, deux navires de croisière ont été touchés par des épidémies virales, confirmant une fois de plus la vulnérabilité des bateaux de ce type face aux agents infectieux. Selon Franceinfo - Santé, cette récurrence s’explique par des facteurs structurels propres aux croisières, où des milliers de passagers évoluent dans un espace clos pendant plusieurs semaines. Entre 2020 et 2025, pas moins de 23 épidémies ont été recensées à bord de navires, un chiffre inédit depuis trois décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, 23 épidémies ont été recensées sur des navires de croisière, un record depuis 30 ans.
  • La promiscuité et la vie communautaire à bord accélèrent la propagation des virus.
  • En 2020, le Diamond Princess a enregistré plus de 700 cas de Covid-19 parmi ses 3 700 passagers, entraînant 14 décès.
  • Les mesures sanitaires post-Covid ont renforcé les systèmes de filtration d’air et les protocoles d’hygiène.
  • La gestion des épidémies à bord repose sur des décisions au cas par cas, en fonction du pathogène identifié.

Des « villes flottantes » propices aux épidémies

Les navires de croisière sont souvent comparés à des « villes flottantes » en raison de leurs infrastructures variées : restaurants, cinémas, piscines et milliers de passagers évoluant en vase clos. Selon le professeur Philippe Amouyel, spécialiste de santé publique au CHU de Lille, cette organisation favorise la propagation des virus. « Ils vivent ensemble, mangent ensemble, et forment une population captive où les mêmes personnes se croisent pendant plusieurs semaines », explique-t-il. Le partage des espaces communs, notamment la restauration, joue un rôle clé. « La façon dont les plats sont servis et nettoyés est déterminante pour limiter les risques », précise-t-il.

Un record d’épidémies en 2025

Les données compilées par Franceinfo - Santé révèlent une augmentation préoccupante des épidémies à bord des navires. En 2025, 23 foyers infectieux ont été identifiés, un chiffre jamais atteint depuis 1996. Le 8 mai 2026, une centaine de passagers et membres d’équipage du Caribbean Princess ont été pris de vomissements lors d’une croisière dans les Caraïbes. Plusieurs malades ont été débarqués, tandis que le navire subissait une désinfection complète. Cette épidémie illustre la rapidité avec laquelle un virus peut se propager dans un environnement confiné.

Les exemples dramatiques ne manquent pas. En 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19, le Diamond Princess est devenu le symbole des risques encourus. Avec plus de 3 700 passagers à son bord, le navire a enregistré 712 cas confirmés, dont 14 décès. Les passagers ont été confinés en cabine pendant plusieurs semaines, une mesure qui n’a pas suffi à endiguer la propagation du virus.

Gestion des épidémies : une décision au cas par cas

Face à une épidémie à bord, les autorités maritimes doivent trancher : faut-il débarquer les passagers ou les garder à bord le temps des investigations ? « Avant de libérer les passagers, il faut s’assurer que le pathogène en cause ne représente pas un risque pour le pays de destination », souligne le Dr Matthieu Coudreuse, expert en médecine maritime. Cette évaluation prend en compte la contagiosité du virus, sa gravité et les capacités locales de prise en charge.

Cette approche pragmatique a été renforcée depuis la crise du Covid-19. Les armateurs ont investi dans des systèmes de filtration d’air plus performants et des protocoles d’hygiène stricts. Pourtant, malgré ces avancées, les navires restent des foyers potentiels d’épidémies, en raison de leur nature même : des espaces clos où des milliers de personnes interagissent quotidiennement.

Et maintenant ?

Les experts s’accordent sur un point : la vigilance doit rester de mise. Les croisières pourraient être amenées à renforcer encore leurs mesures, notamment en matière de vaccination obligatoire pour les passagers et les équipages. Une prochaine réunion de l’Organisation maritime internationale (OMI), prévue pour septembre 2026, devrait aborder ce sujet. Reste à savoir si ces discussions déboucheront sur des recommandations contraignantes ou des simples bonnes pratiques.

La question des virus en milieu confiné dépasse largement le cadre des croisières. Hôpitaux, prisons, écoles : partout où des populations se croisent dans des espaces restreints, le risque de propagation existe. Les leçons tirées des épidémies en mer pourraient ainsi inspirer d’autres secteurs, à condition que les mesures soient adaptées et appliquées avec rigueur.

Les virus les plus courants sont ceux responsables de gastro-entérites, comme le norovirus, ou de syndromes grippaux. Le Covid-19 a également marqué les esprits en 2020, mais d’autres agents infectieux, comme le rotavirus ou l’adenovirus, sont régulièrement identifiés.

Les mesures sanitaires ont été renforcées, notamment avec des systèmes de filtration d’air améliorés et des protocoles d’hygiène plus stricts. Cependant, le risque zéro n’existe pas dans un environnement aussi dense. La vigilance reste de mise, surtout en période de circulation accrue de virus.