À moins de 50 kilomètres de Berlin, un entrepôt géant dédié au e-commerce abrite une révolution discrète mais profonde : des robots pilotés par l’intelligence artificielle assurent désormais une partie des tâches logistiques, de l’emballage au tri, avec une précision et une rapidité inégalées. Selon Euronews FR, ces machines, capables de traiter plus de 600 unités par heure, illustrent l’évolution inexorable de la supply chain face à la croissance exponentielle des commandes en ligne.
Ce qu'il faut retenir
- Des robots pilotés par IA dans un entrepôt près de Berlin traitent plus de 600 unités par heure, en identifiant taille, poids et forme des articles.
- Les solutions logicielles développées par la start-up polonaise Nomagic permettent aux robots d’apprendre en temps réel grâce à l’analyse de données issues de capteurs et d’images.
- L’automatisation vise à réduire les coûts et à absorber les pics d’activité, mais ne remplace pas totalement la main-d’œuvre humaine dans les entrepôts.
- En 2025, Nomagic a levé 50 millions d’euros pour accélérer ses innovations en robotique et IA.
- Les experts soulignent la nécessité de former les employés à ces nouvelles technologies pour maintenir un équilibre entre automatisation et emploi.
Des robots 24h/24 pour répondre aux exigences du e-commerce
Installés dans un centre logistique près de Berlin, les robots conçus pour le commerce en ligne fonctionnent sans interruption, sans pause ni fatigue. « Ils sont fondamentalement fiables et ne nécessitent pas de repos », explique Nitin Annam, responsable des opérations chez CEVA Logistics, qui gère ce site. Leur rôle ? Identifier la nature, la taille, la forme et le poids de chaque article, puis optimiser leur manutention. « L’objectif n’est pas de remplacer les humains par l’automatisation, mais de produire plus de volume à moindre coût tout en restant efficaces », précise-t-il.
Cette automatisation est devenue indispensable pour les modèles économiques du e-commerce, selon Klaus Lichtenfeld, responsable logistique pour l’Union européenne chez un grand détaillant de mode utilisant ce centre comme plaque tournante en Europe. « Notre activité est très volatile : il est impossible de prévoir précisément les besoins en personnel. Les robots, eux, sont toujours disponibles et permettent de gérer les pics de volume sans difficulté », souligne-t-il.
Une start-up polonaise à l’origine de l’innovation robotique
La technologie déployée dans cet entrepôt est le fruit du travail de Nomagic, une start-up varsovienne employant 140 personnes. Ses ingénieurs ont développé des algorithmes d’IA basés sur le cloud computing, permettant aux robots d’apprendre en continu. « À chaque prélèvement, nous collectons des données issues de capteurs, d’images et de relevés », détaille Ewa Maciaś, directrice de l’ingénierie logicielle et de l’expérience utilisateur chez Nomagic. « Ces données servent à entraîner et affiner notre modèle d’apprentissage automatique, ce qui permet aux robots de s’adapter à de nouveaux objets, qu’ils n’ont jamais manipulés auparavant. »
Parmi les défis techniques, la conception de « mains robotisées » capables de saisir des objets variés, des emballages plastiques aux boîtes à chaussures, se révèle complexe. « Prendre uniquement le couvercle d’une boîte est un échec », indique Mateusz Karolak, ingénieur en conception mécatronique chez Nomagic. « Il faut saisir l’emballage complet — couvercle, fond et contenu — sans que les éléments ne se séparent. » Une précision qui illustre la sophistication des solutions actuelles.
Croissance fulgurante et investissements massifs
Depuis quelques années, Nomagic a triplé son volume d’affaires et le nombre de ses clients, incluant de grands distributeurs. En 2025, l’entreprise a annoncé une levée de fonds de 50 millions d’euros pour financer ses recherches en robotique et IA. Un investissement qui reflète l’engouement des acteurs du secteur pour ces technologies, mais aussi la nécessité de rester compétitif dans un marché en constante évolution.
Cependant, les développeurs et les utilisateurs restent attentifs à l’impact social de cette automatisation. « Les robots nécessitent encore de la maintenance », reconnaît Kacper Nowicki, PDG de Nomagic. « Nous travaillons avec nos clients pour former leurs équipes à ces nouvelles méthodes. Dans certains cas, les employés sont fiers de travailler dans un environnement plus technologique, loin des tâches purement manuelles. »
L’équilibre entre automatisation et emploi humain
Malgré l’efficacité des robots, plusieurs acteurs du secteur insistent sur la nécessité de préserver une main-d’œuvre humaine. « Un entrepôt sans humains est impossible », tranche Klaus Lichtenfeld. « Cela ne fonctionnera jamais. Il y aura toujours des employés dans les entrepôts. » Une position partagée par Nitin Annam, pour qui l’automatisation doit servir à « créer une harmonie et à progresser ensemble, plutôt qu’à opposer humains et machines. »
Cette vision s’inscrit dans un contexte où le e-commerce continue de croître, poussant les entreprises à innover sans sacrifier l’emploi. « L’objectif n’est pas de supprimer des postes, mais de transformer les rôles », explique un expert du secteur. « Les employés passent de tâches répétitives à des fonctions de supervision, de maintenance ou de gestion des systèmes automatisés. »
D’ici 2027, les experts s’attendent à ce que les robots équipés d’IA représentent une part encore plus importante des processus logistiques en Europe. Pour les détaillants, la question n’est plus de savoir s’ils doivent automatiser, mais comment intégrer ces technologies sans déshumaniser leurs opérations.
Les principaux obstacles incluent le coût initial élevé des solutions robotiques, la nécessité de former les employés à ces nouvelles technologies, et la complexité technique liée à la manipulation d’objets variés et fragiles. De plus, certains acteurs du secteur restent prudents face à l’impact social de l’automatisation, craignant des suppressions d’emplois non compensées par la création de nouveaux postes.
Les retours sont contrastés. Certains salariés voient dans ces évolutions une opportunité de travailler dans un environnement plus moderne et moins physique, tandis que d’autres expriment des craintes quant à la suppression de leurs postes. Les entreprises, comme Nomagic, misent sur la formation pour accompagner cette transition et transformer les rôles des employés, en les orientant vers des fonctions de supervision ou de maintenance des systèmes automatisés.