Selon BFM Business, Dassault Aviation et le groupe allemand OHB ont officialisé un partenariat pour concevoir un avion spatial réutilisable, le Vortex-S. Ce projet, destiné à l’Agence spatiale européenne (ESA), marque une avancée concrète dans la coopération industrielle franco-allemande, alors que les tensions persistent autour du programme Scaf (Système de combat aérien du futur).

Ce qu'il faut retenir

  • Dassault Aviation et OHB s’allient pour développer le Vortex-S, un avion spatial réutilisable destiné aux missions orbitales autonomes et aux trajets vers les stations spatiales.
  • Dassault sera chargé de la conception et de l’assemblage complet de l’appareil, tandis qu’OHB développera le module de service essentiel au fonctionnement en orbite.
  • Ce projet contraste avec les divergences industrielles autour du Scaf, où Dassault revendique un rôle de chef de file face à Airbus, représentant l’Allemagne et l’Espagne.
  • Le Vortex-S s’inscrit dans une stratégie européenne visant à renforcer l’autonomie d’accès à l’orbite, face à la concurrence américaine (SpaceX) et chinoise.
  • Un démonstrateur du Vortex a été présenté lors du salon du Bourget en juin 2025, première étape vers une famille d’avions spatiaux civils et militaires.

Un partenariat franco-allemand dans le spatial, malgré les tensions sur le Scaf

Le projet Vortex-S illustre une collaboration renforcée entre la France et l’Allemagne dans le domaine spatial, deux pays qui, malgré leurs divergences, restent des acteurs clés du secteur en Europe. Dassault Aviation, déjà connu pour ses avions de combat comme le Rafale, s’associe à OHB, un groupe allemand spécialisé dans les technologies spatiales, pour répondre à un appel d’offres de l’ESA. Leur objectif commun : développer un avion spatial capable d’effectuer des missions orbitales autonomes et des trajets vers les stations spatiales, comme la future station Lunar Gateway ou la Station Spatiale Internationale (ISS).

Ce partenariat tranche avec les désaccords persistants autour du Système de combat aérien du futur (Scaf). Dans ce programme, Dassault défend une position de leader face à Airbus, qui représente les intérêts allemands et espagnols. Les divergences industrielles ont à plusieurs reprises failli faire dérailler le projet, mettant en lumière les rivalités technologiques et stratégiques entre les deux pays. Autant dire que l’annonce du Vortex-S envoie un signal fort : malgré les tensions, la coopération spatiale franco-allemande reste possible.

Un partage des rôles technique entre Dassault et OHB

D’après les informations rapportées par BFM Business, le consortium franco-allemand a précisé la répartition des tâches pour le développement du Vortex-S. Dassault Aviation sera responsable de la conception et de l’assemblage complet de l’avion spatial, s’appuyant sur son expertise historique en aéronautique. De son côté, OHB, qui a déjà collaboré avec l’ESA sur des missions comme ExoMars, développera le module de service. Ce module est un élément clé, car il assure le fonctionnement de l’appareil une fois en orbite, incluant la propulsion, l’énergie et les systèmes de contrôle.

Les deux groupes ne comptent pas s’arrêter là : ils ont indiqué être en discussions avec d’autres industriels européens pour élargir le consortium et renforcer les compétences du projet. L’objectif est clair : créer un écosystème spatial européen compétitif, capable de rivaliser avec les acteurs américains et chinois, qui multiplient les innovations dans le domaine des véhicules spatiaux réutilisables.

Le Vortex-S, une réponse européenne à la concurrence américaine et chinoise

Le lancement du Vortex-S s’inscrit dans un contexte où l’Europe cherche à renforcer sa souveraineté spatiale. Longtemps focalisée sur le développement des lanceurs Ariane, l’ESA et ses États membres ont pris conscience de la nécessité de maîtriser l’accès à l’orbite, y compris pour des missions habitées à long terme. Les États-Unis, avec des acteurs comme SpaceX et ses vaisseaux Starship, ou encore la Chine, avec ses propres avions spatiaux expérimentaux, ont pris une longueur d’avance dans ce domaine. Face à cette concurrence, l’Europe mise sur des solutions réutilisables pour réduire les coûts et accroître la flexibilité de ses missions.

Le Vortex n’est d’ailleurs pas le seul projet européen en cours. Il s’inscrit dans une famille plus large d’avions spatiaux, civils et militaires, baptisée Vortex (Véhicule orbital réutilisable de transport et d’exploration). Un démonstrateur a été dévoilé lors du salon du Bourget en juin 2025, marquant une première étape vers des appareils opérationnels. Ces véhicules pourraient à terme assurer le transport de fret spatial, des missions habitées, voire des opérations de maintenance en orbite.

Des dirigeants unanimes sur la vision stratégique du projet

« Avec le Vortex-S proposé à l’ESA, nous ambitionnons de renforcer les capacités spatiales de l’Europe »
— Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, cité dans un communiqué.

De son côté, Marco Fuchs, directeur général d’OHB, a salué la complémentarité des deux groupes : « Le partenariat avec Dassault Aviation est idéal : entreprises familiales de haute technologie, nous partageons la même vision et apportons des atouts complémentaires au développement d’un avion spatial réutilisable — Dassault Aviation en tant qu’avionneur et OHB en tant qu’entreprise spatiale. »

Ces déclarations soulignent une volonté commune de combiner expertise aéronautique et savoir-faire spatial pour répondre aux enjeux technologiques et géopolitiques du secteur. La réutilisabilité des véhicules spatiaux est en effet devenue un critère essentiel pour garantir une autonomie d’accès à l’espace, un enjeu stratégique pour l’Europe dans les décennies à venir.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes du projet Vortex-S dépendront des arbitrages de l’ESA, qui devra valider le concept technique et financier dans le cadre de ses futurs appels d’offres. Une fois le feu vert donné, le consortium franco-allemand disposera d’un calendrier précis pour livrer un premier démonstrateur opérationnel, probablement d’ici le début des années 2030. À plus long terme, le succès du Vortex-S pourrait ouvrir la voie à une famille complète d’avions spatiaux, capables d’assurer des missions variées, du transport de fret à l’exploration habitée. Reste à voir si cette collaboration parviendra à apaiser les tensions autour du Scaf ou si, au contraire, elle servira de contre-exemple à une coopération industrielle plus large en Europe.

Un enjeu de souveraineté spatiale pour l’Europe

L’annonce du partenariat entre Dassault et OHB intervient à un moment où l’Europe spatiale fait face à des défis majeurs. La dépendance aux lanceurs américains pour les missions habitées, comme celles réalisées avec SpaceX pour le transport d’astronautes vers l’ISS, a révélé les faiblesses de l’autonomie européenne. Le développement de véhicules spatiaux réutilisables, comme le Vortex-S, s’inscrit donc dans une logique de souveraineté spatiale, un objectif partagé par plusieurs États membres de l’ESA, dont la France et l’Allemagne.

Si le projet aboutit, il pourrait marquer un tournant dans la stratégie spatiale européenne, en permettant à l’Europe de disposer d’un accès indépendant à l’orbite basse et au-delà. Pour Dassault et OHB, l’enjeu est double : prouver leur capacité à innover dans un domaine hautement concurrentiel et renforcer leur position face à des acteurs comme SpaceX ou les nouveaux entrants chinois. Le Vortex-S pourrait ainsi devenir un symbole de la résilience industrielle européenne dans un secteur en pleine mutation.

Le Vortex-S a pour objectif de développer un avion spatial réutilisable capable d’effectuer des missions orbitales autonomes et des trajets vers les stations spatiales, comme l’ISS ou la future station Lunar Gateway. Il vise à renforcer l’autonomie européenne dans l’accès à l’orbite et à réduire la dépendance aux lanceurs étrangers.

Dassault Aviation est responsable de la conception et de l’assemblage complet de l’avion spatial, tandis qu’OHB développe le module de service, essentiel au fonctionnement de l’appareil en orbite (propulsion, énergie, systèmes de contrôle). Les deux groupes collaborent également avec d’autres industriels européens pour élargir le consortium.