Découverts au Natural History Museum de Londres, des bocaux de spécimens historiques collectés par Charles Darwin au XIXe siècle contenaient jusqu’alors des secrets inaccessibles. Selon Futura Sciences, une équipe internationale de chercheurs a mis au point une méthode non invasive permettant d’analyser leur contenu sans les ouvrir, une avancée majeure pour la préservation des collections naturelles à l’échelle mondiale.
Publiée le 23 mai 2026 dans la revue ACS Omega, cette étude repose sur une technique laser innovante, la spectroscopie Raman à décalage spatial (Sors), capable de sonder les fluides de conservation à travers le verre des bocaux. Une solution qui évite les risques liés à l’ouverture des contenants : évaporation, contamination ou dégradation des spécimens.
Ce qu'il faut retenir
- Des spécimens collectés par Darwin entre 1831 et 1836 sont conservés au Natural History Museum de Londres.
- Une équipe internationale a analysé 46 bocaux à l’aide d’un laser, identifiant les fluides de conservation dans 80 % des cas.
- La méthode utilisée, la spectroscopie Raman à décalage spatial, permet d’étudier les contenants scellés sans les ouvrir.
- Les musées conservent plus de 100 millions de spécimens dans des liquides, dont la composition doit être connue pour éviter leur dégradation.
- Cette technique pourrait être étendue à d’autres collections historiques dans le monde.
Une méthode laser pour percer les secrets des bocaux scellés
Les bocaux en question abritent des spécimens collectés lors du voyage du HMS Beagle, entre 1831 et 1836. Parmi eux : des mammifères, reptiles, poissons, méduses et invertébrés, conservés dans des fluides variés comme le formol, l’éthanol ou le glycérol. Jusqu’à présent, l’analyse de ces liquides nécessitait d’ouvrir les bocaux, une opération risquée pour la préservation des échantillons.
Grâce à la spectroscopie Raman à décalage spatial (Sors), les chercheurs ont pu diriger un faisceau laser sur la paroi des bocaux. En analysant la diffusion de la lumière après son passage à travers le verre, ils ont déterminé la signature chimique des fluides à l’intérieur. Cette méthode, développée à la Central Laser Facility du Science and Technology Facilities Council (STFC), est déjà utilisée dans les scanners de sécurité des aéroports via Agilent Technologies.
Sur les 46 spécimens analysés, les chercheurs ont identifié précisément le fluide de conservation dans 80 % des cas, et partiellement dans 15 % supplémentaires. Ils ont également pu distinguer les bocaux en verre de ceux en plastique, une information utile pour dater les pratiques de stockage.
Un enjeu majeur pour les 100 millions de spécimens conservés dans les musées
Les musées d’histoire naturelle abritent plus de 100 millions de spécimens conservés dans des liquides. Or, la dégradation des fluides de conservation menace leur intégrité à long terme. Avant cette avancée, il était impossible de vérifier leur état sans ouvrir les contenants, ce qui exposait les spécimens à des risques majeurs.
« Cette technique nous permet de surveiller et de prendre soin de ces spécimens irremplaçables sans compromettre leur intégrité », a déclaré Dr Sara Mosca, chercheuse au STFC Central Laser Facility. Wren Montgomery, technicienne de recherche au Natural History Museum, ajoute que cette méthode s’inscrit dans le projet NHM Unlocked, visant à moderniser l’étude des collections naturelles.
En évitant l’ouverture des bocaux, les conservateurs peuvent désormais anticiper la dégradation des fluides et ajuster les protocoles de conservation avant qu’il ne soit trop tard. Une solution qui pourrait transformer la gestion des collections historiques à l’échelle mondiale.
Vers une généralisation de la méthode sur d’autres collections
Si cette étude se concentre sur les spécimens de Darwin, ses implications dépassent largement le cadre du Natural History Museum. En effet, des millions de spécimens dans le monde attendent d’être analysés de la même manière. La spectroscopie Raman à décalage spatial pourrait ainsi devenir un outil standard pour les musées, leur permettant d’inventorier chimiquement leurs collections sans les endommager.
Les chercheurs envisagent déjà d’étendre cette méthode à d’autres collections historiques, notamment celles dont les fluides de conservation n’ont jamais été analysés. Une perspective qui ouvre la voie à une meilleure préservation du patrimoine scientifique mondial.
Pour les conservateurs, cette avancée représente une opportunité unique de protéger des trésors scientifiques tout en respectant leur intégrité. Une révolution silencieuse, mais aux conséquences durables pour la préservation du patrimoine naturel.
Cette technique utilise un faisceau laser dirigé sur la paroi d’un bocal en verre. La lumière traverse le contenant et interagit avec le fluide à l’intérieur, modifiant ses propriétés optiques. En analysant ces variations, les chercheurs peuvent déterminer la composition chimique du liquide sans jamais ouvrir le bocal. Cette méthode est déjà utilisée dans les scanners de sécurité des aéroports.