Une étude publiée d’après Le Monde met en lumière une découverte archéologique et biologique majeure : l’analyse de crottes d’écureuil conservées dans le pergélisol canadien a permis de reconstituer, à partir de l’ADN qu’elles contenaient, un écosystème d’une richesse exceptionnelle remontant à 700 000 ans. Ces excréments fossilisés, véritables archives naturelles, renfermaient non seulement des végétaux et des graines, mais aussi des traces génétiques de grands mammifères aujourd’hui disparus ou rares, offrant ainsi un témoignage unique de la biodiversité de cette époque.
Ce qu'il faut retenir
- Des crottes d’écureuil fossilisées dans le pergélisol canadien ont révélé un écosystème vieux de 700 000 ans.
- L’ADN extrait a permis d’identifier des plantes, des graines, ainsi que des mammouths, bisons et chevaux.
- Ces vestiges offrent un aperçu inédit de la biodiversité d’une période où le climat était radicalement différent de l’actuel.
- La préservation exceptionnelle de ces fèces dans le sol gelé a permis une conservation optimale de l’ADN.
- Cette découverte pourrait éclairer les mécanismes d’adaptation des écosystèmes aux changements climatiques passés.
Une méthode innovante pour reconstituer le passé
L’étude, menée par une équipe internationale de chercheurs, repose sur l’analyse de fèces d’écureuil accumulées au fil des siècles dans les grottes du Yukon, au Canada. Ces dépôts, préservés grâce aux températures négatives du pergélisol, agissent comme des capsules temporelles. En étudiant l’ADN contenu dans ces excréments, les scientifiques ont pu identifier des espèces végétales et animales aujourd’hui éteintes ou en voie de disparition dans la région. « Ces échantillons sont une mine d’informations, car ils capturent à la fois le régime alimentaire des écureuils et la diversité biologique de leur environnement », a expliqué Eske Willerslev, généticien à l’Université de Cambridge et coauteur de l’étude, d’après Le Monde.
Les résultats révèlent une faune et une flore bien plus riches que ce que l’on imaginait pour cette période glaciaire. Outre les mammouths et les bisons, des traces de chevaux sauvages et de rennes ont également été détectées, confirmant l’existence d’un biome où cohabitaient des espèces adaptées au froid intense.
Un écosystème adapté à un climat radicalement différent
Il y a 700 000 ans, le climat de la Terre était marqué par des cycles glaciaires intenses, avec des températures moyennes bien inférieures à celles d’aujourd’hui. Le Yukon, aujourd’hui une région subarctique, abritait alors des paysages de toundra et de steppes froides, propices à la survie de grands herbivores. « Ces données nous aident à comprendre comment les espèces ont réagi aux variations climatiques passées, ce qui est crucial pour anticiper les impacts du réchauffement actuel », a souligné Tyler Murchie, principal auteur de l’étude et chercheur à l’Université McMaster, comme le rapporte Le Monde.
Les chercheurs ont également identifié des plantes aujourd’hui disparues de la région, comme des conifères adaptés à des conditions extrêmes ou des herbes aujourd’hui cantonnées à des latitudes plus nordiques. Cette diversité végétale suggère un équilibre écologique complexe, où chaque espèce jouait un rôle dans la stabilité de l’écosystème.
Des implications pour la recherche future
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour l’archéologie et la paléontologie. Elle démontre que les fèces fossilisées, souvent négligées, peuvent constituer des sources d’information aussi précieuses que les ossements ou les outils en pierre. « On sous-estime souvent le potentiel des déchets organiques pour retracer l’histoire naturelle, mais ici, ils se révèlent être des archives sans égal », a déclaré Willerslev.
Les scientifiques prévoient désormais d’étendre leurs recherches à d’autres régions du globe où des dépôts similaires pourraient exister. « Le pergélisol du Yukon n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg. D’autres sites en Sibérie ou en Alaska pourraient réserver des surprises comparables », a ajouté Murchie. Ces travaux pourraient aussi contribuer à affiner les modèles climatiques en intégrant des données biologiques directes.
Cette étude rappelle aussi l’urgence de préserver les écosystèmes actuels, alors que le réchauffement climatique menace de faire fondre le pergélisol et, avec lui, des millions d’années d’archives biologiques. Autant dire que chaque découverte de ce type est une course contre la montre.
Le pergélisol, sol gelé en permanence, agit comme un conservateur naturel en maintenant les températures à des niveaux suffisamment bas pour éviter la dégradation de l’ADN. Les excréments, protégés de l’oxygène et des micro-organismes, peuvent ainsi se fossiliser sans perdre leurs informations génétiques pendant des centaines de millénaires.