Un tribunal britannique a condamné, jeudi 18 juin 2026, deux ressortissants sino-britanniques à des peines de prison pour avoir espionné des dissidents hongkongais résidant au Royaume-Uni au profit des autorités chinoises. Selon Euronews FR, Peter Wai, 40 ans, ancien responsable des services de contrôle aux frontières britanniques, a été condamné à dix ans d’emprisonnement, tandis que Bill Yuen, 65 ans, ex-policier hongkongais retraité, a écopé de huit ans de prison. Leurs activités, menées entre autres à l’aide de méthodes de « police clandestine », ont visé des militants pro-démocratie et des responsables politiques installés sur le sol britannique.

Ce qu'il faut retenir

  • Peter Wai, ancien agent de la Border Force et de la Royal Navy, a été condamné pour espionnage et abus de fonction publique après avoir consulté des bases de données gouvernementales pour le compte des autorités hongkongaises.
  • Bill Yuen, cadre dirigeant du Hong Kong Economic and Trade Office (HKETO) à Londres, a orchestré ces opérations depuis son poste, selon les procureurs.
  • Le duo a ciblé des figures comme Nathan Law, militant pro-démocratie, et Iain Duncan Smith, opposant conservateur britannique, en menant des opérations de surveillance et de collecte d’informations.
  • Leur condamnation intervient après un procès de deux mois, au terme duquel ils ont été reconnus coupables d’avoir assisté un service de renseignement étranger, en violation des lois britanniques sur la sécurité nationale.
  • Ces peines s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues entre Londres et Pékin, exacerbées par l’adoption en 2020 d’une loi hongkongaise sur la sécurité nationale jugée liberticide.

Un réseau d’espionnage démantelé après deux années d’enquête

Peter Wai et Bill Yuen ont été interpellés puis jugés dans le cadre d’une enquête menée par les autorités britanniques, qui ont révélé l’existence d’un réseau clandestin visant à traquer et intimider des dissidents hongkongais en exil. Selon les éléments présentés devant le tribunal d’Old Bailey à Londres, Wai a exploité son accès aux systèmes informatiques du ministère britannique de l’Intérieur pour identifier des militants ciblés par Pékin. Il a notamment recherché des informations sur Nathan Law, une figure majeure du mouvement pro-démocratie, dont des photos ont été prises à son insu.

Les procureurs ont précisé que ces activités s’inscrivaient dans une stratégie plus large, coordonnée par Bill Yuen depuis son poste au sein du HKETO. Ce dernier aurait donné des instructions directes à Wai pour collecter des données sur des responsables politiques britanniques, dont Iain Duncan Smith, connu pour ses prises de position critiques envers le régime chinois. « Leurs actes étaient délibérés, concertés et graves », a souligné la juge Bobbie Cheema-Grubb lors de la prononciation des peines, estimant qu’ils avaient causé un « préjudice réel et significatif » à leurs cibles, plongeant ces dernières dans la peur et l’angoisse.

Des méthodes rapprochant l’opération d’une « police secrète »

Les méthodes employées par le duo s’apparentent, selon les termes des procureurs, à celles d’une « police clandestine ». Outre la surveillance et la collecte d’informations, ils ont utilisé des techniques de tromperie pour obtenir des données sensibles. Leurs opérations ont coïncidé avec l’offre de primes allant jusqu’à 100 000 livres (115 406 euros) par les autorités hongkongaises pour toute information permettant d’identifier des militants basés au Royaume-Uni, dont Nathan Law. Ces primes, officiellement destinées à lutter contre des « activités subversives », ont été dénoncées par Londres comme une incitation à des comportements illégaux sur son territoire.

Le jury a également entendu des témoignages selon lesquels Wai et Yuen auraient cherché à infiltrer des cercles militants en se faisant passer pour des sympathisants, tout en exploitant des failles dans les dispositifs de sécurité britanniques. Leur condamnation pour « aide à un service de renseignement étranger » marque ainsi une première dans l’histoire judiciaire du Royaume-Uni, où de tels cas restent rares.

Un contexte géopolitique tendu entre Londres et Pékin

Cette affaire survient alors que les relations entre le Royaume-Uni et la Chine traversent une période particulièrement délicate. Depuis l’adoption en juin 2020 de la loi hongkongaise sur la sécurité nationale, qui a restreint drastiquement les libertés dans l’ancienne colonie britannique, les tensions se sont multipliées. Londres a accusé Pékin de violer l’accord sino-britannique de 1984 garantissant l’autonomie de Hong Kong jusqu’en 2047, tandis que la Chine a dénoncé des ingérences étrangères dans ses affaires intérieures.

Le gouvernement britannique, dirigé par les travaillistes depuis les dernières élections, tente de maintenir un dialogue avec Pékin tout en affichant une fermeté accrue sur les questions de sécurité. Cette dualité s’est illustrée récemment avec l’approbation controversée d’un projet de méga-ambassade chinoise à Londres, un dossier qui a suscité de vives critiques au sein de la classe politique britannique. « Ces condamnations envoient un message clair : le Royaume-Uni ne tolérera pas que l’on enfreigne nos lois pour servir les intérêts d’un État étranger », a déclaré Angela Eagle, ministre britannique de la Sécurité, dans un communiqué.

« Nous continuerons à demander des comptes à la Chine et à agir contre tout ce qui met en danger la sécurité des personnes vivant dans notre pays, y compris les mandats d’arrêt et les primes offertes par la police de Hong Kong, qui encouragent des comportements illégaux sur le sol britannique. »

Angela Eagle, ministre britannique de la Sécurité

Et maintenant ?

Cette condamnation pourrait marquer un tournant dans la gestion par Londres des menaces d’espionnage en provenance de Chine. Les autorités britanniques devraient renforcer les contrôles sur les activités des représentations officielles hongkongaises et chinoises au Royaume-Uni, notamment après les révélations sur le rôle du HKETO dans cette affaire. Une enquête interne est également attendue au sein de la Border Force pour évaluer d’éventuelles failles de sécurité exploitées par Wai. Enfin, cette décision judiciaire pourrait influencer les discussions en cours au Parlement britannique sur un durcissement des lois anti-espionnage, avec une possible adoption de mesures similaires à celles en vigueur aux États-Unis ou au Canada d’ici la fin de l’année.

Pour les quelque 30 000 dissidents hongkongais ayant trouvé refuge au Royaume-Uni depuis 2020, cette affaire soulève des questions sur leur sécurité à long terme. Plusieurs associations de défense des droits humains ont appelé le gouvernement à renforcer les protections accordées aux militants en exil, alors que Pékin continue de multiplier les pressions pour obtenir leur extradition.

Les autorités hongkongaises justifient ces primes dans le cadre de leur loi sur la sécurité nationale, adoptée en 2020, qui criminalise toute activité jugée « subversive » ou « collusion avec des forces étrangères ». Selon Euronews FR, ces récompenses visent officiellement à lutter contre des « comportements illégaux » des dissidents. Cependant, Londres y voit une incitation à des actions illégales sur son territoire, comme l’espionnage ou le harcèlement, et a condamné ces pratiques comme une violation de la souveraineté britannique.