Alors que le nombre d’étudiants britanniques s’est envolé ces dernières décennies, la valeur d’un diplôme sur le marché du travail britannique semble s’éroder, selon une enquête publiée par Courrier International, s’appuyant sur les dernières données de l’Agence des statistiques de l’enseignement supérieur (Hesa). Les écarts de revenus cinq ans après l’obtention du diplôme révèlent des inégalités persistantes entre les universités traditionnelles et les établissements plus récents, souvent qualifiés de « post-1992 ».
Ce qu'il faut retenir
- En 2024-2025, 27 000 étudiants britanniques suivaient un cursus en management et affaires à l’université Canterbury Christ Church, faisant de cette formation la plus plébiscitée du pays.
- Cinq ans après leur diplôme, ces diplômés gagnent en moyenne 31 000 livres par an (environ 36 000 euros), contre 51 700 livres pour les alumni des universités d’Oxford, Cambridge ou de la London School of Economics.
- Les établissements du Russell Group offrent un salaire médian de 38 900 livres (45 000 euros), tandis que les universités post-1992 plafonnent à 29 600 livres (34 000 euros).
- La réforme de 1992, qui a transformé les « polytechnics » en universités, a accentué la saturation du marché, réduisant la prime salariale liée aux diplômes.
Un diplôme de plus en plus dévalué au Royaume-Uni
Depuis plusieurs années, les étudiants britanniques s’interrogent sur la rentabilité de leurs études. Comme le souligne Courrier International, s’appuyant sur les analyses du Times, la massification de l’enseignement supérieur a entraîné une baisse de la valeur ajoutée des diplômes. « À mesure que le nombre de personnes entrant à l’université a explosé, le bénéfice d’y avoir étudié a diminué », résume l’article, qui met en lumière un paradoxe britannique.
Contrairement à d’autres pays comme les États-Unis ou certains États européens, où la prime salariale des diplômés augmente avec le nombre d’étudiants, le système britannique souffre d’une saturation particulièrement marquée dans les universités créées ou transformées après la loi de 1992. Cette réforme, connue sous le nom de Further and Higher Education Act, a accordé le statut d’université à d’anciens « polytechnics », élargissant ainsi l’accès à l’enseignement supérieur.
Des écarts de revenus qui reflètent les hiérarchies universitaires
Les chiffres de la Hesa, compilés par le Times et rapportés par Courrier International, dessinent un paysage clair : le choix de l’établissement conditionne largement les revenus futurs. Cinq ans après l’obtention de leur diplôme, les diplômés des universités les plus sélectives – Oxford, Cambridge, la London School of Economics (LSE) ou l’Imperial College – perçoivent en moyenne 51 700 livres par an (environ 60 000 euros).
Ce montant contraste fortement avec celui des diplômés des établissements du Russell Group (24 universités britanniques réputées pour leur excellence académique et leur pôle de recherche), dont le salaire médian s’élève à 38 900 livres (45 000 euros). Quant aux alumni des universités post-1992, ils touchent seulement 29 600 livres en moyenne (34 000 euros), soit un écart de près de 22 000 livres avec les diplômés des établissements les plus prestigieux.
Le management et les affaires, filières les plus prisées… mais pas les mieux rémunérées
L’université Canterbury Christ Church illustre cette tendance. En 2024-2025, elle comptait 27 000 étudiants de premier cycle inscrits en management et affaires, faisant de cette filière la plus populaire du pays. Pourtant, cinq ans après l’obtention de leur diplôme, ses anciens élèves ne perçoivent que 31 000 livres par an (36 000 euros), un niveau inférieur à la moyenne nationale pour un diplômé de premier cycle.
Cette situation s’explique en partie par la saturation du marché. Malgré la demande croissante pour des compétences en gestion et en informatique, « il n’y a tout simplement pas assez d’emplois bien rémunérés dans le secteur économique britannique pour les accueillir », souligne le Times, cité par Courrier International. Trente-quatre ans après la réforme de 1992, ce constat interroge sur l’adéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail.
Une réforme de 1992 aux conséquences durables
La loi de 1992 a marqué un tournant dans l’histoire de l’enseignement supérieur britannique en démocratisant l’accès à des diplômes universitaires. En transformant les « polytechnics » en universités, elle a élargi l’offre de formations, notamment dans des domaines comme le management, les sciences appliquées ou l’informatique. Cependant, cette massification a aussi dilué la valeur perçue des diplômes, notamment dans les nouveaux établissements.
Les universités post-1992, souvent moins sélectives et moins dotées en ressources, peinent à offrir le même niveau de revenus à leurs diplômés. « Le système britannique souffre de saturation, particulièrement dans ces établissements », confirme l’analyse du Times, qui souligne l’écart grandissant entre les revenus des alumni selon leur université d’origine.
Une chose est sûre : la rentabilité d’un diplôme au Royaume-Uni dépend aujourd’hui moins de la discipline choisie que de l’université qui l’a délivré. Un constat qui pousse les étudiants à réfléchir à deux fois avant de s’inscrire, et les établissements à repenser leur offre de formation.
Selon les données de la Hesa rapportées par le Times et Courrier International, cette université, bien que populaire avec 27 000 étudiants en management et affaires, forme un grand nombre de diplômés dans des secteurs où les emplois bien rémunérés sont rares. La saturation du marché du travail dans ces domaines explique en grande partie ces faibles revenus.
Le Russell Group est un réseau de 24 universités britanniques réputées pour leur excellence académique, leur pôle de recherche et leurs partenariats avec les entreprises. Ces établissements, souvent très sélectifs, offrent des formations mieux valorisées sur le marché du travail, ce qui se traduit par des salaires plus élevés pour leurs diplômés.