Le géographe Yves Lacoste, figure majeure des sciences humaines et pionnier de la géopolitique en France, s’est éteint le 20 juin 2026 à l’âge de 96 ans, comme l’a rapporté Le Monde dans son édition de ce lundi 22 juin. Avec lui disparaît un intellectuel qui a profondément marqué sa discipline en réintroduisant sa dimension politique, longtemps reléguée au second plan. Fondateur en 1976 de la revue Hérodote, il a aussi joué un rôle clé dans l’étude des pays du tiers-monde et des enjeux liés au sous-développement, des sujets encore largement débattus aujourd’hui.

Ce qu’il faut retenir

  • Yves Lacoste, géographe et intellectuel français, s’est éteint le 20 juin 2026 à l’âge de 96 ans ;
  • Il est considéré comme le père de la géopolitique française, discipline qu’il a contribué à structurer ;
  • Fondateur en 1976 de la revue Hérodote, dédiée à l’analyse géopolitique ;
  • Il a été l’un des premiers à étudier systématiquement les pays du tiers-monde et les défis du sous-développement ;
  • Son approche a bousculé les autres sciences humaines en réaffirmant le caractère politique de la géographie.

Un intellectuel engagé pour une géographie politique

Professeur de géographie, Yves Lacoste a marqué son époque en défendant l’idée que cette discipline ne pouvait être réduite à une simple description des territoires. Selon Le Monde, il a œuvré pour redonner à la géographie sa dimension stratégique, souvent négligée au profit d’approches plus descriptives ou naturalistes. Son influence s’est étendue bien au-delà des amphithéâtres universitaires, touchant aussi bien les milieux académiques que les cercles politiques et diplomatiques.

Son engagement s’est notamment illustré par l’étude des rapports de force entre les États, une approche qui a donné naissance à ce qu’on appelle aujourd’hui la géopolitique. Avant lui, cette discipline était peu enseignée en France, où elle était parfois perçue comme marginale ou trop proche de l’idéologie. Lacoste a contribué à la légitimer en lui offrant un cadre théorique solide et en la reliant aux réalités contemporaines.

Hérodote, une revue pionnière au service de l’analyse géopolitique

Créée en 1976, la revue Hérodote est devenue, sous l’impulsion d’Yves Lacoste, une référence incontournable pour quiconque s’intéresse aux enjeux géopolitiques. Toujours publiée aujourd’hui, elle se distingue par son approche pluridisciplinaire, mêlant géographie, histoire, économie et relations internationales. Comme le rapporte Le Monde, la revue a permis de diffuser des analyses souvent critiques des politiques occidentales, notamment à l’égard des pays du Sud global.

À travers ses pages, Lacoste et ses collaborateurs ont mis en lumière les inégalités Nord-Sud, les conflits liés aux ressources naturelles ou encore les stratégies de puissance des grandes puissances. Cette ligne éditoriale a parfois suscité des polémiques, mais elle a aussi contribué à élargir le débat public sur des questions alors peu abordées dans les médias traditionnels.

Un regard novateur sur le tiers-monde et le sous-développement

Dès les années 1960 et 1970, Yves Lacoste s’est intéressé aux dynamiques des pays du tiers-monde, une expression qu’il a contribué à populariser. Le Monde souligne qu’il a été parmi les premiers géographes à analyser les causes structurelles du sous-développement, au-delà des simples explications économiques ou climatiques. Pour lui, ces phénomènes devaient être compris dans leur globalité, en tenant compte des héritages coloniaux, des rapports de domination et des stratégies des puissances industrielles.

Cette vision, à la fois rigoureuse et engagée, a influencé des générations de chercheurs et de décideurs. Elle a aussi nourri des débats sur l’aide au développement, la dette des pays du Sud ou encore les mécanismes de l’exploitation économique. Aujourd’hui encore, ses travaux restent cités dans les discussions sur la mondialisation et les inégalités entre les nations.

Et maintenant ?

La disparition d’Yves Lacoste laisse un vide dans le paysage intellectuel français, alors que les questions géopolitiques occupent une place croissante dans le débat public. La revue Hérodote, dont il fut le directeur jusqu’à ses derniers jours, devrait poursuivre sa mission, mais son héritage soulève des interrogations : dans quelle mesure ses analyses résonnent-elles avec les enjeux actuels, comme les tensions Chine-États-Unis ou les crises migratoires en Europe ? La question reste ouverte, alors que certains observateurs appellent à un renouvellement de la pensée géopolitique française.

Si son décès marque la fin d’une époque, l’influence d’Yves Lacoste devrait continuer à se faire sentir dans les années à venir, notamment à travers l’enseignement de la géopolitique et les travaux de ses successeurs. Reste à savoir comment ses idées, parfois controversées, seront réinterprétées à l’aune des défis contemporains.