Dix ans après le référendum historique du 23 juin 2016, qui a scellé la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la City de Londres, cœur financier du pays, affiche une santé économique remarquable. Selon Le Monde, cette place financière majeure a non seulement surmonté les craintes initiales liées au Brexit, mais elle a même renforcé sa position sur certains segments clés du marché.

Ce qu'il faut retenir

  • La City de Londres a perdu une partie de ses activités européennes après le Brexit, mais a compensé par une croissance marquée dans l’assurance et les fintech.
  • Malgré les craintes d’un exode des emplois financiers vers l’UE, la place londonienne reste la première en Europe en termes d’emplois et de volumes d’affaires.
  • Le secteur des fintech britannique a connu une expansion significative, attirant des investissements record ces dernières années.

Un ajustement progressif après le choc du Brexit

Lors du référendum de 2016, les craintes étaient vives quant à l’avenir de la City. De nombreux observateurs craignaient une hémorragie des emplois et des activités financières vers les places européennes, notamment Paris, Francfort ou Amsterdam. Pourtant, dix ans plus tard, les chiffres montrent une résilience inattendue. Si certaines activités liées au marché unique européen ont effectivement été délocalisées, la City a su se réinventer. Selon une étude citée par Le Monde, les emplois dans le secteur financier à Londres sont restés stables, voire ont légèrement augmenté depuis 2016, malgré les prédictions les plus pessimistes.

L’assurance et les fintech, nouveaux moteurs de croissance

Deux secteurs en particulier ont tiré la croissance de la City depuis le Brexit : l’assurance et les technologies financières. Le marché britannique de l’assurance, déjà l’un des plus dynamiques au monde, a bénéficié de la flexibilité réglementaire post-Brexit pour attirer de nouveaux acteurs et innover dans les produits. Les fintech, quant à elles, ont connu une expansion fulgurante. Londres s’est imposée comme la deuxième place fintech mondiale, derrière San Francisco, avec plus de 2 500 start-up actives dans le secteur en 2025, selon les dernières estimations.

« Le Brexit a été un accélérateur pour certaines de nos activités, notamment dans les fintech, où la rapidité de mise sur le marché est un avantage concurrentiel », a déclaré Charlotte Crosswell, présidente de Innovate Finance, une organisation britannique dédiée à la promotion de la fintech, dans une interview accordée au Monde en mai 2026. « La régulation britannique a su s’adapter pour attirer les talents et les capitaux. »

Une domination qui reste contestée, mais toujours incontestée

Malgré ces succès, la concurrence des places européennes ne faiblit pas. Paris, Francfort et Amsterdam ont réussi à capter une partie des activités financières perdues par Londres, notamment dans les domaines de la compensation des dérivés et de la gestion d’actifs. Pourtant, la City conserve une longueur d’avance sur plusieurs segments. Elle domine toujours le marché des changes, des actions cotées et des services bancaires internationaux. En 2025, Londres représentait encore plus de 40 % des échanges de devises mondiaux, un chiffre quasi inchangé depuis 2016.

« La City a prouvé qu’elle pouvait s’adapter à un nouvel environnement, mais elle doit rester vigilante », a souligné Gerald Lyons, économiste en chef chez Netwealth, un gestionnaire d’actifs britannique. « La concurrence européenne et asiatique est réelle, et Londres ne peut se reposer sur ses lauriers. »

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient être déterminants pour l’avenir de la City. Plusieurs échéances réglementaires et économiques sont attendues, notamment la finalisation des accords commerciaux entre le Royaume-Uni et l’UE concernant les services financiers. Une nouvelle révision des règles post-Brexit est prévue pour la fin de l’année 2026, qui pourrait encore modifier l’équilibre des forces entre Londres et ses concurrents européens. Par ailleurs, la montée en puissance des fintech et de l’intelligence artificielle dans la finance pourrait offrir de nouvelles opportunités – ou de nouveaux défis – à la place londonienne.

Si la City a su tirer son épingle du jeu après le Brexit, son avenir dépendra désormais de sa capacité à innover tout en maintenant un cadre réglementaire attractif. Autant dire que le feuilleton n’est pas terminé.

La City conserve des atouts majeurs : une main-d’œuvre hautement qualifiée, une infrastructure financière mature, un écosystème fintech dynamique et une régulation flexible. Selon les analystes, ces éléments lui permettent de rester compétitive malgré la perte de certaines activités européennes.