Une décennie après le vote historique du Royaume-Uni en faveur de sa sortie de l’Union européenne, l’image de l’UE auprès des citoyens européens s’est significativement améliorée, selon les dernières données du Pew Research Center. Malgré la persistance de partis critiques envers Bruxelles, le soutien au bloc européen atteint aujourd’hui des niveaux inédits depuis 2016, comme le rapporte Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Dans huit pays européens suivis depuis 2016, la médiane des opinions favorables à l’UE est passée de 49 % à 62 %, avec des hausses marquées en Allemagne (+18 points), en France (+14 points) et aux Pays-Bas (+12 points).
- Au Royaume-Uni, malgré le Brexit en 2020, 67 % des Britanniques ont aujourd’hui une opinion positive de l’UE, contre 45 % en 2016.
- Les jeunes (moins de 35 ans) et les électeurs de gauche affichent un soutien particulièrement fort, comme en Italie où 80 % des moins de 35 ans sont favorables à l’UE.
- Les partis eurosceptiques, comme l’AfD en Allemagne ou le Rassemblement national en France, ont gagné en influence tout en adaptant leur discours, privilégiant désormais des réformes internes plutôt qu’une sortie de l’UE.
- Le soutien à l’UE a connu deux pics : dès 2017, après le référendum britannique, puis après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Une amélioration contrastée avec le climat politique de 2016
En 2016, le contexte politique européen était marqué par une défiance généralisée envers les institutions bruxelloises. À l’époque, Marine Le Pen, aujourd’hui dirigeante du Rassemblement national, plaidait pour un référendum sur la sortie de la France de l’UE, tandis que Geert Wilders, aux Pays-Bas, réclamait un « Nexit ». En Grèce, la crise de la dette avait laissé des traces durables dans la confiance des citoyens, et en Italie, le Mouvement 5 étoiles agitait l’idée d’un référendum sur l’euro. Dix ans plus tard, le paysage a radicalement changé.
Selon les chiffres du Pew Research Center, relayés par Euronews FR, la médiane des opinions favorables à l’UE dans huit pays européens (Allemagne, France, Italie, Espagne, Pays-Bas, Pologne, Suède et Grèce) est passée de 49 % en 2016 à 62 % en 2026. Une évolution qui tranche avec les craintes de l’époque, où beaucoup craignaient que le Brexit ne déclenche une vague de départs.
Des hausses spectaculaires dans les grands pays européens
Parmi les pays suivis, l’Allemagne se distingue avec une progression de 18 points en dix ans : 68 % des Allemands ont aujourd’hui une image positive de l’UE, contre 50 % en 2016. En France, le soutien est passé de 38 % à 52 %, tandis qu’aux Pays-Bas, il a augmenté de 12 points, atteignant 63 %. Même au Royaume-Uni, malgré le Brexit effectif depuis 2020, 67 % des Britanniques déclarent aujourd’hui avoir une opinion favorable de l’UE, contre 45 % au moment du référendum.
Ces chiffres montrent que le Brexit n’a pas eu l’effet domino redouté. Bien au contraire, il a semble-t-il renforcé la cohésion européenne, comme en témoigne le bond des opinions favorables dès 2017, puis après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. « Ces données contredisent les théories selon lesquelles le Brexit allait entraîner le démantèlement de l’Union », souligne Euronews FR.
Des eurosceptiques toujours influents, mais un discours transformé
Malgré cette amélioration globale, les partis eurosceptiques n’ont pas disparu. Certains ont même gagné en influence, comme l’Alternative für Deutschland (AfD), qui est passée de 12,6 % des voix aux élections fédérales de 2017 à 20,8 % en 2025. Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders est devenu la première force politique en 2023, après avoir axé sa campagne sur l’immigration et l’asile plutôt que sur une sortie de l’UE.
Une analyse de la London School of Economics and Political Science révèle que ces partis ont souvent adapté leur discours. Plutôt que de prôner une sortie pure et simple, ils se concentrent désormais sur des réformes internes. Le Rassemblement national en France a ainsi délaissé les appels explicites à un « Frexit » pour défendre le rétablissement des frontières nationales et la primauté du droit français. Une stratégie qui reflète une volonté de peser sur les politiques européennes plutôt que de les combattre frontalement.
« Lorsque le Brexit a commencé à ressembler de moins en moins à ce qu’avaient promis ses partisans, les partis et responsables nationalistes semblent avoir été dissuadés de poursuivre des politiques ouvertement hostiles à l’UE. Ils se concentrent désormais sur des propositions de réforme de l’Union de l’intérieur. »
L’AfD fait figure d’exception, car elle maintient dans son programme des scénarios de sortie de l’UE, bien que son influence reste limitée à l’Allemagne.
Un soutien générationnel et politique marqué
Les données du Pew Research Center révèlent également des clivages générationnels et politiques. En Italie, 80 % des moins de 35 ans ont une opinion favorable de l’UE, contre seulement 56 % chez les plus de 50 ans. Des tendances similaires s’observent dans d’autres pays, où les jeunes sont globalement plus enclins à soutenir le projet européen. En Pologne, l’écart est encore plus marqué : 86 % des personnes se situant à gauche déclarent avoir une opinion favorable de l’UE, contre seulement 42 % à droite.
Ces disparités reflètent des visions différentes de l’Europe. Pour les jeunes et les électeurs de gauche, l’UE incarne souvent des valeurs de coopération, de protection sociale et d’environnement. Pour une partie de la droite et des seniors, elle reste associée à des bureaucraties lointaines ou à des contraintes économiques.
Reste à voir si cette embellie se confirmera dans les années à venir, ou si les tensions géopolitiques et économiques ne viendront pas à nouveau remettre en cause la stabilité du projet européen.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’abord, le Brexit a montré les difficultés concrètes d’une sortie de l’UE, ce qui a dissuadé d’autres pays de suivre cette voie. Ensuite, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a rappelé l’importance de l’unité européenne face aux crises. Enfin, les partis eurosceptiques ont souvent adouci leur discours, préférant des réformes internes plutôt qu’une sortie pure et simple.