Alors que plus de la moitié des familles ignorent la position de leur proche défunt sur le don d’organes, la Dr Alice Cottereau, coordinatrice du prélèvement d’organes et de la greffe au CHU de Nantes, rappelle l’importance d’aborder ce sujet avec ses proches. Selon Ouest France, elle souligne que la loi considère tout le monde comme donneur par défaut, mais que l’opposition éventuelle du défunt doit être connue pour éviter des situations complexes aux familles en deuil.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 50 % des familles ignorent la volonté de leur proche sur le don d’organes, selon la Dr Alice Cottereau.
- La loi française considère toute personne comme donneuse par défaut, sauf opposition expresse.
- Le prélèvement ne peut avoir lieu qu’après le décès, soit en mort cérébrale, soit après un arrêt cardiorespiratoire persistant.
- Les organes prélevés (cœur, poumons, foie, reins, pancréas) et tissus (cornées, valves cardiaques) peuvent sauver ou améliorer la vie de plusieurs patients.
Une loi qui place le défunt au centre des décisions
La Dr Alice Cottereau, coordinatrice hospitalière des prélèvements d’organes et de tissus au CHU de Nantes, insiste sur le fait que la loi française considère systématiquement toute personne majeure comme donneuse d’organes après son décès. Cependant, cette présomption peut être contredite si le défunt avait exprimé son opposition de son vivant. « On ne demande pas aux proches ce qu’ils pensent, mais bien ce que leur proche défunt aurait souhaité », explique-t-elle. Cette approche vise à éviter que les familles ne se sentent responsables d’une décision qu’elles n’ont pas prise.
Le processus de prélèvement ne peut intervenir qu’après un décès survenu en milieu hospitalier, soit en mort cérébrale, soit après un arrêt cardiorespiratoire persistant. Les organes prélevés – cœur, poumons, foie, reins ou pancréas – ainsi que les tissus comme les cornées ou les valves cardiaques, peuvent alors être transplantés à des patients en attente de greffe.
Des familles souvent désorientées par la complexité de la situation
D’après la spécialiste, moins de la moitié des familles connaissent la position de leur proche défunt sur ce sujet sensible. « La vraie question n’est pas de savoir ce que les proches pensent, mais ce que la personne décédée aurait voulu », précise-t-elle. Elle ajoute que le rappel de la loi en vigueur peut parfois aider les familles à prendre une décision, en leur rappelant que leur proche aurait pu exprimer une opposition de son vivant. « La responsabilité ne leur incombe pas. C’est la loi qui s’applique, et leur proche aurait pu, s’il l’avait souhaité, manifester son refus de manière claire. »
Cette clarification permet de déculpabiliser les familles, souvent submergées par la douleur du deuil. Pourtant, le manque d’information préalable peut compliquer la situation, notamment lorsque les proches doivent faire face à une décision médicale urgente.
Pourquoi ce dialogue doit avoir lieu avant le décès
La Dr Cottereau rappelle que « chacun d’entre nous a tout intérêt à se positionner clairement sur ce sujet ». Elle souligne qu’exprimer sa volonté, qu’elle soit positive ou négative, permet d’éviter des tensions au sein de la famille au moment le plus douloureux. « Qu’on soit pour ou contre le don d’organes, l’important est d’en parler à ses proches », insiste-t-elle. Cette démarche permet non seulement de respecter la volonté du défunt, mais aussi d’apaiser le processus pour les familles.
Elle rappelle également que les organes et tissus prélevés peuvent sauver ou transformer la vie de plusieurs patients. Chaque année, des milliers de personnes bénéficient d’une greffe, et leur qualité de vie s’en trouve considérablement améliorée. Pourtant, le nombre de donneurs reste insuffisant par rapport aux besoins, d’où l’importance de sensibiliser le public à cette question.
Pour conclure, la question du don d’organes dépasse le cadre médical : elle touche à l’éthique, au respect de la volonté individuelle et à la solidarité collective. En parler ouvertement avec ses proches permet non seulement de clarifier une situation complexe, mais aussi de contribuer, le moment venu, à sauver des vies.
Il est possible de s’inscrire sur le registre national des refus, disponible en ligne ou par courrier, ou de rédiger un refus sur papier libre signé et daté. Une opposition orale, même répétée à plusieurs proches, n’est pas considérée comme valable légalement. La carte de donneur, souvent distribuée par les associations, n’a pas de valeur légale mais peut servir d’indicateur.