Selon BFM Bourse, la compagnie aérienne EasyJet a écarté trois propositions de rachat formulées par le fonds d'investissement américain Castlelake au cours des dix derniers jours. Ces offres, dont la dernière datée du 20 juin valorisait le groupe britannique à près de 5 milliards de livres (5,7 milliards d'euros), représentent une prime de plus de 20% par rapport au cours actuel de l'action. EasyJet a justifié ses refus en qualifiant ces propositions d'« hautement opportunistes » et sous-évaluant sa valeur réelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois offres rejetées en dix jours par le conseil d'administration d'EasyJet, malgré une prime de plus de 20% sur le cours de l'action.
  • La dernière proposition de Castlelake, datée du 20 juin, valorisait EasyJet à 625 pence par action, contre 504 pence à la clôture du 20 juin à Londres.
  • EasyJet considère que les offres ne reflètent pas sa valeur intrinsèque, ni ses perspectives à moyen terme, en pleine crise du secteur aérien.
  • Le cours de l'action a progressé de 2,7% à Londres ce lundi 22 juin, après avoir bondi début juin à l'annonce des intentions de Castlelake.
  • Castlelake doit annoncer avant le 26 juin s'il maintient une offre ferme ou renonce.

Un fonds expérimenté aux ambitions limitées par les règles européennes

Castlelake, un fonds américain spécialisé dans l'investissement et le financement dans l'aviation, a déjà participé à la restructuration de la compagnie suédoise SAS avant de céder ses parts à Air France-KLM l'an dernier. Selon Bloomberg, il a également octroyé des prêts à Virgin Atlantic Airways et au groupe Abra Group, maison-mère des compagnies brésilienne Gol et colombienne Avianca. En 2025, Castlelake a lancé une plateforme de financement dédiée à l'aviation dotée de 1,8 milliard de dollars.

Cependant, ses ambitions sur EasyJet se heurtent à une contrainte majeure : la réglementation européenne. Pour conserver sa licence d'exploitation, une compagnie aérienne doit être majoritairement détenue par des investisseurs européens. Or, 15,7% du capital d'EasyJet est détenu par son fondateur, Stelios Haji-Ioannou. Castlelake envisage donc un montage juridique via un véhicule d'investissement contrôlé par des Européens pour contourner cette règle.

EasyJet défend sa stratégie face à des offres jugées « opportunistes »

Dans un communiqué publié lundi 22 juin, le conseil d'administration d'EasyJet a vivement critiqué les propositions de Castlelake, les qualifiant d'opportunistes et de sous-évaluant la compagnie. « Les analyses de la prime, des multiples et de l'évolution future du cours de l'action présentées par Castlelake reposent principalement sur des cours de bourse affectés par le conflit au Moyen-Orient, sur des résultats à court terme et sur des rapports d'analystes », a souligné la direction.

EasyJet a également mis en avant la solidité de son bilan et de sa structure financière, ainsi que ses perspectives à moyen terme, « qui ne sont pas reflétées dans les offres de Castlelake ». Le groupe britannique a ajouté que les propositions ne prévoyaient pas non plus de « prime de contrôle adéquate » compte tenu de sa situation actuelle.

« Le conseil d’administration d’easyJet a examiné attentivement la troisième proposition avec ses conseillers et a conclu qu’elle revêtait un caractère hautement opportuniste, qu’elle s’inscrivait dans un contexte de baisse temporaire du cours de l’action easyJet, et qu’elle sous-évaluait toujours fondamentalement easyJet et ses perspectives. »
Communiqué d'EasyJet, 22 juin 2026

Le conflit au Moyen-Orient pèse sur le secteur aérien européen

L'éclatement du conflit en Iran a eu un impact lourd sur les compagnies aériennes, dont les coûts d'exploitation ont été fortement affectés par la flambée des prix du kérosène. Ce carburant représente entre 20% et 30% des coûts des transporteurs aériens. Depuis le début de l'année 2026, le titre EasyJet a progressé de 40% en un mois, mais ne prend que 1,5% sur l'année, pénalisé par les incertitudes géopolitiques et économiques.

Ce contexte de fragilité du secteur explique en partie l'intérêt récent des fonds d'investissement pour des compagnies en difficulté ou en cours de restructuration. SAS, la compagnie scandinave, a ainsi été reprise par Air France-KLM, tandis que TAP Portugal fait l'objet de plusieurs offres concurrentes, tout comme Ita Airways (ex-Alitalia), rachetée par Lufthansa. En Espagne, Air Europa a été reprise fin 2025 par Turkish Airlines.

Et maintenant ?

Castlelake dispose d'un délai jusqu'au 26 juin 2026 pour annoncer s'il maintient une offre ferme ou s'il renonce à son projet de rachat. Si le fonds persiste, il devra clarifier sa stratégie pour contourner les contraintes réglementaires européennes, notamment en créant un véhicule d'investissement majoritairement contrôlé par des Européens. De son côté, EasyJet pourrait continuer à voir son action soutenue par les spéculations autour de son avenir, tout en défendant sa stratégie de croissance autonome.

Dans les prochaines semaines, les actionnaires d'EasyJet seront attentifs aux arguments avancés par Castlelake pour justifier une éventuelle offre ferme. La direction de la compagnie, elle, insiste sur la résilience de son modèle et la solidité de ses fondamentaux, malgré un environnement économique et géopolitique particulièrement incertain.

Reste à voir si Castlelake parviendra à convaincre les actionnaires, ou si EasyJet, comme l'espèrent ses dirigeants, parviendra à résister aux pressions des fonds d'investissement dans un secteur en pleine recomposition.

La réglementation européenne impose qu'une compagnie aérienne opérant en Europe soit majoritairement détenue par des investisseurs européens. Or, 15,7% du capital d'EasyJet est détenu par son fondateur, Stelios Haji-Ioannou, ce qui empêche Castlelake, un fonds américain, de prendre directement le contrôle de la compagnie.

Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une hausse des prix du kérosène, qui représente entre 20% et 30% des coûts d'exploitation des compagnies aériennes. Une persistance du conflit pourrait donc continuer à peser sur les marges d'EasyJet et fragiliser davantage le secteur.