Alors que le sommet du G7 venait de s’achever à Evian-les-Bains (Haute-Savoie) et avant de participer à une réunion du Conseil européen, le président Emmanuel Macron s’est exprimé longuement, ce jeudi 18 juin 2026, dans l’émission L’Événement diffusée sur France 2. Interrogé par Caroline Roux depuis le palais de l’Elysée, il a abordé plusieurs dossiers internationaux et intérieurs, de l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran à la situation au Liban, en passant par la guerre en Ukraine et la question des prix du carburant. Le chef de l’État a également réagi à l’affaire Lyhanna, soulignant la nécessité de « rendre nos procédures plus efficaces ».
Ce qu'il faut retenir
- Un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a été signé à Versailles, sous l’égide conjointe de Paris et Washington. Emmanuel Macron estime qu’il s’agit d’une « bonne chose », tout en précisant que la guerre « n’est pas totalement terminée ».
- Le président français se dit optimiste sur l’impact de cet accord : la baisse immédiate du prix du baril de pétrole devrait entraîner une diminution progressive des prix à la pompe, selon lui.
- À propos du Moyen-Orient, il a réaffirmé son soutien à une réouverture durable du détroit d’Ormuz et à la souveraineté du Liban, tout en critiquant la politique de Benyamin Nétanyahou.
- Sur l’Ukraine, Emmanuel Macron a salué la « très bonne résistance » de Kiev face à la Russie, tout en soulignant un changement d’attitude de Donald Trump depuis le G7.
- Le chef de l’État a également pointé du doigt le retard européen en matière d’intelligence artificielle, malgré les avancées françaises dans le secteur.
- Enfin, il a évoqué l’affaire Lyhanna, estimant qu’une « profonde transformation » est en cours dans les procédures judiciaires et administratives du pays.
Un accord historique entre les États-Unis et l’Iran, signé à Versailles
Quelques heures après la signature, à Versailles, de l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, Emmanuel Macron a salué cette avancée majeure. « Ça s’est fait de manière assez spontanée », a-t-il expliqué, précisant que cette décision avait été prise « d’un commun accord » entre la France et Washington. « C’est une bonne chose », a-t-il déclaré, tout en ajoutant : « Je ne crois pas qu’on puisse dire que [la guerre] soit totalement terminée. On rentre dans une nouvelle phase, celle de la coopération et du dialogue. »
Pour le président français, cet accord ouvre la voie à de nouvelles négociations sur le programme nucléaire iranien. « Pour qu’elles aboutissent, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont indispensables », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de lever les sanctions décidées par l’ONU. Il a par ailleurs jugé que ce conflit avait « affaibli » les « capacités militaires » de l’Iran, tout en mettant en garde contre toute tentation de changement de régime par la force : « On n’a pas un changement de régime par des bombardements. »
Le Liban au cœur des préoccupations de Macron
Emmanuel Macron a insisté sur l’importance de l’accord de paix pour la stabilité du Liban, alors que l’armée israélienne mène des frappes dans le sud du pays pour combattre le Hezbollah, mouvement pro-iranien. « On va très rapidement mobiliser la communauté internationale pour aider l’armée libanaise à reprendre le contrôle de ses territoires », a-t-il annoncé. Interrogé sur la position de Benyamin Nétanyahou, qui refuse de retirer ses troupes du sud-Liban, le président français a estimé que Donald Trump « a raison » de demander au Premier ministre israélien de faire preuve « d’esprit de responsabilité ».
« La politique que Benyamin Nétanyahou continue de mener à Gaza, en Cisjordanie et au sud-Liban est, dans la durée, contraire aux intérêts d’Israël », a-t-il affirmé, ajoutant que cette stratégie « alimente le ressentiment et la violence » dans la région. Une prise de position qui illustre la volonté de Paris de jouer un rôle de médiateur dans un dossier particulièrement sensible.
L’Ukraine « résiste très bien », selon Emmanuel Macron
Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, le président français a salué la capacité de résistance de l’Ukraine, notamment grâce à sa production de drones. « L’Ukraine est en train de très bien résister », a-t-il déclaré, qualifiant cette performance de « stupéfiante ». Il a attribué ce changement de perception, notamment chez Donald Trump, au sommet du G7 : « Il y a eu un vrai changement dans ce G7. Je suis convaincu que le président Trump va mettre plus d’engagement pour aider l’Ukraine et faire pression sur la Russie. »
Emmanuel Macron a rappelé que, lors de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, ce dernier « pensait que l’Ukraine allait perdre », ce qui expliquait sa volonté de conclure rapidement une paix. « Les relations entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky étaient tendues dans le bureau ovale », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Aujourd’hui, la donne a changé. »
Des relations avec Donald Trump marquées par le pragmatisme
Interrogé sur son rapport avec le président américain, Emmanuel Macron a reconnu des désaccords profonds sur des sujets comme « l’égalité hommes-femmes, le climat ou le rapport au droit international ». « Ce ne sont pas des petits sujets », a-t-il concédé. Pourtant, il s’est félicité d’avoir réussi à « engager les Américains partout où des accords étaient possibles » lors du G7.
Le style de Donald Trump ? « Un peu toujours la provocation, plus exactement une forme de menace pour avoir un rapport de force », a-t-il analysé. Le président français a cité l’exemple récent des tensions autour des vins français, menacés de taxation par Washington en représailles à une taxe européenne sur les géants de la tech. « On a réussi à apaiser les choses », a-t-il affirmé, précisant : « On a décidé d’ouvrir un travail avec l’administration américaine pour leur montrer qu’on doit taxer ces groupes. »
L’Europe à la traîne sur l’intelligence artificielle, la France en première ligne
Emmanuel Macron a tiré la sonnette d’alarme sur le retard européen en matière d’intelligence artificielle (IA), malgré les performances françaises. « Il y a deux leaders sur l’IA : les États-Unis et la Chine. L’Europe a décroché. En Europe, la France est de loin la meilleure », a-t-il souligné. « On est champions d’Europe, maintenant on veut être dans la compétition mondiale. »
Pourtant, il a déploré que « l’Europe ne [mette] pas assez d’argent sur l’IA ». Une critique qui intervient alors que Washington a récemment suspendu certains outils développés par l’entreprise américaine Anthropic en Europe, un dossier qui a également été abordé lors des discussions avec Donald Trump. « Il faut que l’Europe investisse massivement pour rattraper son retard », a-t-il insisté.
Prix des carburants : une baisse progressive attendue
Sur le plan intérieur, Emmanuel Macron a annoncé une baisse progressive des prix à la pompe, conséquence directe de l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran. « Les prix à la pompe vont progressivement baisser », a-t-il affirmé, ajoutant que la signature de l’accord avait « immédiatement fait baisser les prix du baril de pétrole ».
« C’est important que le détroit d’Ormuz soit rouvert de manière durable », a-t-il insisté, rappelant que cette voie maritime est cruciale pour le transport du pétrole, y compris pour les navires français. Il a précisé que Paris n’avait « obtenu aucune garantie » dans le cadre de cet accord, mais que Donald Trump lui avait assuré que le détroit serait rouvert « sans conditions et sans péage ». La France reste « disponible pour aider à la réouverture du détroit d’Ormuz », a-t-il conclu, même si Washington n’a pas encore saisi cette offre.
L’affaire Lyhanna : « une profonde transformation est en cours »
Enfin, Emmanuel Macron a réagi à l’affaire Lyhanna, qui a profondément ému l’opinion publique française. « Il y a une profonde transformation en cours dans notre pays après le choc causé par cette affaire », a-t-il déclaré. « Je l’ai dit dès le premier jour : il y a des choses qui n’ont pas été bien faites. »
Un travail d’inspection a été demandé et ses conclusions seront rendues public le 22 juin prochain. « Cette indignation ne doit pas signifier l’impuissance ni la vindicte », a-t-il rappelé. « Si on veut que cette indignation soit féconde, il faut qu’elle se traduise par des gestes utiles. » Il a confirmé que « des procédures doivent être rendues plus efficaces », tout en insistant sur la nécessité de « ne jamais s’habituer » à de tels drames.
Si l’accord de paix au Moyen-Orient ouvre une fenêtre d’espoir, son succès dépendra largement de la capacité des parties à transformer cette trêve en une paix durable. En Ukraine, la résistance du pays face à l’invasion russe reste un sujet de préoccupation, tandis que les relations entre Paris et Washington devront continuer à composer avec des divergences stratégiques profondes. Autant dire que le second semestre 2026 s’annonce chargé pour la diplomatie française.
Emmanuel Macron a expliqué que la France n’était pas directement signataire de cet accord, mais qu’elle avait joué un rôle de facilitateur en soutenant sa signature à Versailles. « Nous n’avons obtenu aucune garantie, car la France n’est pas partie prenante de cet accord », a-t-il précisé, tout en réaffirmant la disponibilité de Paris pour accompagner sa mise en œuvre.
Le président français a indiqué que Donald Trump devrait « mettre plus d’engagement » pour aider l’Ukraine, notamment en augmentant la pression sur la Russie. Il a également souligné l’importance de la production ukrainienne de drones et l’aide collective des partenaires européens et américains pour soutenir Kiev dans sa résistance face à l’invasion russe.