Selon BFM Business, le marché du travail californien traverse une mutation profonde depuis quatre ans. Le secteur de la santé et de l'action sociale y a enregistré une progression de 25 % entre 2022 et 2026, devenant le principal moteur de créations d'emplois dans cet État américain, souvent perçu comme l'épicentre de la tech et de l'intelligence artificielle. Sans cette dynamique, la Californie, État le plus riche des États-Unis, aurait enregistré une légère baisse de son emploi total (-0,3 %).
Ce qu'il faut retenir
- 25 % de hausse des emplois dans la santé et l'action sociale en Californie sur quatre ans, un rythme bien supérieur à la moyenne nationale.
- 17,4 % des emplois californiens sont désormais liés à la santé, soit trois points de plus qu'en 2022, contre une progression moyenne de 1,5 point dans le reste du pays.
- Les emplois créés dans ce secteur sont souvent faiblement rémunérés, avec un salaire moyen de 487 dollars par semaine (environ 415 euros), soit l'un des plus bas du marché.
- Sans la santé, la Californie aurait perdu des emplois, alors que la tech, pilier historique de son économie, peine à compenser cette tendance.
- Le vieillissement de la population ne suffit pas à expliquer cette explosion des emplois : la Californie compte moins de seniors que la moyenne américaine.
La santé, nouveau moteur de l'emploi américain
Aux États-Unis, la santé s'impose depuis plusieurs années comme le principal secteur générateur d'emplois. Selon une analyse du think tank Economic Innovation Group (EIG), relayée par le Wall Street Journal, l'emploi total dans le pays a progressé de 4,7 % entre mars 2022 et mars 2026. Pourtant, c'est bien dans la santé et l'action sociale que la hausse a été la plus marquée (+16,3 %), tandis que les autres secteurs n'ont enregistré qu'une progression moyenne de 2,9 %.
En avril 2026, les emplois liés aux soins et à l'aide sociale ont représenté près de la moitié (47 %) des 115 000 emplois créés dans le pays le mois dernier. Une dynamique particulièrement visible en Californie, où ce secteur pèse désormais 17,4 % de l'emploi total, contre 14,4 % il y a quatre ans. Une progression trois fois supérieure à la moyenne nationale, selon les données fédérales.
Des emplois en hausse, mais des salaires en baisse
Cette croissance spectaculaire des emplois dans la santé s'accompagne d'un paradoxe : les postes créés sont souvent mal rémunérés. Les métiers des services aux personnes âgées ou handicapées, en forte demande (+211 000 emplois en quatre ans), affichent par exemple un salaire hebdomadaire moyen de 487 dollars (environ 415 euros), l'un des plus bas du marché du travail américain.
« La Californie crée davantage d'emplois dans les secteurs de la santé ou des services à domicile, peu rémunérés, et perd des emplois dans les secteurs manufacturiers à forte valeur ajoutée ou les services hautement rémunérateurs », résume Kenan Fikri, chercheur principal à l'EIG. On observe un transfert des emplois des secteurs de la production, de la tech, de la finance et des services professionnels vers des postes de soins, bien moins bien payés », ajoute-t-il.
Pourquoi la Californie se distingue-t-elle ?
Plusieurs facteurs expliquent cette singularité californienne. D'abord, l'État a massivement investi dans les soins à domicile pour les personnes âgées, réduisant ainsi le recours aux hôpitaux et augmentant les besoins en aides à domicile. Selon le Wall Street Journal, les milliards injectés dans les services de santé mentale ont également dopé les recrutements dans ce domaine, avec une croissance de 93 % entre 2022 et 2025.
Pourtant, ces explications ne suffisent pas à elles seules. Contrairement à d'autres États comme l'Idaho, qui parviennent à concilier créations d'emplois dans les secteurs hautement rémunérateurs et bas salaires, la Californie peine à compenser la baisse de l'emploi industriel ou technologique par des postes mieux payés. Seuls 16,5 % de sa population a plus de 65 ans, un taux inférieur à la moyenne américaine, et les Californiens souffrent globalement moins de maladies chroniques que la moyenne nationale.
Un modèle fragile face aux coupes budgétaires
Cette expansion fulgurante du secteur de la santé pourrait bien être remise en question. La Californie, déjà touchée par les réductions budgétaires de Medicaid – le programme public d'assurance maladie américain – prévues par la « grande et belle loi » de Donald Trump, a dû restreindre la couverture santé pour certaines populations, comme les personnes en situation irrégulière. Ces restrictions pourraient avoir un impact direct sur l'emploi dans le secteur.
« Nous pourrons bientôt mieux évaluer dans quelle mesure cette expansion a été alimentée par les subventions fédérales et déterminer si elle est suffisamment solide pour perdurer de manière autonome », souligne l'EIG. Pour l'instant, le modèle californien reste un cas quasi unique aux États-Unis, où seul l'Oregon affiche une dynamique similaire.
La Californie illustre ainsi une tendance plus large aux États-Unis, où la santé s'impose comme un secteur clé de l'emploi, mais où la qualité de ces nouveaux postes reste un défi majeur pour les travailleurs et les décideurs publics.
Selon BFM Business, la majorité des emplois créés le sont dans des métiers des services à la personne, comme l'aide à domicile ou les soins aux personnes âgées. Ces postes, souvent exercés par des travailleurs peu qualifiés, sont moins bien rémunérés que ceux des secteurs technologiques ou financiers, qui peinent à créer autant d'emplois en Californie. Les salaires moyens dans ces domaines tournent autour de 487 dollars par semaine, contre plusieurs milliers pour les emplois de la tech.