Depuis plusieurs années, l’Espagne subit des vagues de chaleur de plus en plus précoces et intenses. Selon Courrier International, la saison estivale, qui s’étend désormais de mai à septembre, transforme les établissements scolaires en véritables fournaises, avec des températures dépassant régulièrement les 30 °C en classe. Une situation que les élèves, les parents et les enseignants dénoncent chaque année, sans que les pouvoirs publics ne parviennent à apporter une réponse structurelle.
Ce qu'il faut retenir
- Entre mai et septembre, les salles de classe espagnoles dépassent fréquemment les 30 °C, rendant les conditions d’apprentissage insupportables.
- Un décret royal de 1997 fixe la température maximale légale à 27 °C sur les lieux de travail, mais les écoles en sont systématiquement exemptées.
- Les associations de parents d’élèves et les enseignants réclament depuis des années l’équipement des établissements en climatisation, sans succès.
- Les professeurs doivent enseigner dans des conditions souvent comparables à celles d’un « travail non conforme à la réglementation », selon les syndicats.
Des classes transformées en saunas dès le mois de mai
Dès les premiers jours de mai, les thermomètres grimpent en Espagne, et les salles de classe deviennent des pièces surchauffées où l’air semble immobile. Selon El Diario Vasco, cité par Courrier International, les élèves peinent à se concentrer, victimes de maux de tête et de fatigue intense. Les disputes pour s’asseoir près des rares ventilateurs en service se multiplient, tandis que les parents, excédés, organisent des cagnottes afin d’acheter des climatiseurs portables. « Les enfants sont léthargiques, distraits, et leur santé est mise à rude épreuve », résume un enseignant interrogé par le quotidien basque.
Côté enseignants, la situation n’est pas plus enviable. En 2026, le thermomètre dépasse régulièrement les 35 °C dans certaines salles, un niveau qui, dans n’importe quel autre secteur professionnel, entraînerait une visite de l’inspection du travail. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été prise pour adapter les locaux scolaires à ces nouvelles réalités climatiques.
Un décret royal ignoré depuis près de trente ans
Le problème n’est pas nouveau. Dès 1997, un décret royal espagnol a encadré les conditions de travail en fixant une température maximale de 27 °C dans les espaces professionnels. Pourtant, les écoles et universités sont expressément exclues de ce texte. « C’est une aberration », s’indigne María José García, porte-parole de la Confédération syndicale des enseignants (STEs). « Comment justifier que des travailleurs – car nous sommes bien des travailleurs – soient soumis à des conditions interdites dans d’autres secteurs ? »
Les responsables politiques promettent régulièrement des « grands plans de climatisation », mais les annonces restent lettre morte. Certains élus, comme le maire de Madrid José Luis Martínez-Almeida, ont même tourné en dérision les enseignants et élèves en évoquant leur « résistance à la chaleur », selon des propos rapportés par Courrier International. Une réaction qui a ulcéré les syndicats, rappelant que les professeurs ne sont pas des « machines à endurer » mais des professionnels dont les conditions de travail devraient être protégées.
Des associations mobilisées, mais des réponses insuffisantes
Face à l’inaction des pouvoirs publics, les associations de parents d’élèves et les syndicats d’enseignants montent au créneau chaque année. En Catalogne, en Andalousie et au Pays basque, des collectifs ont organisé des campagnes de sensibilisation, relayant des pétitions et des rapports mettant en lumière l’impact de la chaleur sur la santé des enfants et des personnels éducatifs. « Les enfants les plus vulnérables, ceux souffrant d’asthme ou de troubles de l’attention, sont les premiers touchés », explique Ana Ruiz, membre de l’association « Escuelas sin calor » (« Écoles sans chaleur »).
Pourtant, malgré ces mobilisations, peu d’établissements ont été équipés. Selon un rapport publié en 2025 par le ministère de l’Éducation, seulement 12 % des écoles publiques en Espagne disposent de systèmes de climatisation, un chiffre qui tombe à 5 % dans les zones rurales. Les budgets alloués à la rénovation des bâtiments scolaires restent insuffisants, malgré l’urgence climatique et les appels répétés des experts.
Une situation qui interroge la priorité donnée à l’éducation
Cette crise des salles de classe surchauffées révèle un paradoxe espagnol : alors que le pays mise sur l’innovation et la modernisation dans de nombreux domaines, le système éducatif semble avoir été oublié. Les bâtiments scolaires, souvent vétustes, ne sont pas adaptés aux nouvelles contraintes climatiques. Les matériaux utilisés – béton, tôle – amplifient la chaleur, tandis que les fenêtres, parfois absentes ou mal isolées, ne permettent pas une ventilation naturelle efficace.
« On demande aux enseignants de faire des miracles dans des conditions indignes », dénonce Javier Hernández, secrétaire général du syndicat ANPE. « Comment exiger des résultats scolaires quand les élèves et les professeurs sont au bord de l’épuisement thermique ? » Face à ce constat, certains parents n’ont d’autre choix que de scolariser leurs enfants dans des établissements privés, mieux équipés, creusant encore les inégalités territoriales.
Une réforme qui, si elle est appliquée, pourrait prendre des années. En attendant, élèves et enseignants devront continuer à supporter la chaleur, sous le regard impuissant des responsables politiques.
Plusieurs raisons expliquent ce retard. D’abord, le coût des installations est élevé, estimé à plusieurs milliards d’euros pour généraliser la climatisation dans l’ensemble des établissements. Ensuite, les bâtiments scolaires, souvent anciens, nécessitent des travaux de rénovation lourds avant toute installation de systèmes de refroidissement. Enfin, les priorités budgétaires des gouvernements régionaux et nationaux diffèrent selon les territoires, et l’éducation n’est pas toujours perçue comme une urgence climatique prioritaire.