En République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola, qui touche particulièrement la province de l’Ituri, perturbe davantage un système de santé déjà mis à rude épreuve par des années de conflits armés. Selon RFI, cette région du nord-est du pays concentre à elle seule 95 % des cas d’Ebola enregistrés dans le pays, selon les autorités congolaises. Dans ce contexte, l’hôpital général de Fataki, situé au cœur d’une zone marquée par une violence endémique, doit désormais gérer une double crise : soigner les victimes de combats entre milices d’autodéfense communautaires et faire face à l’épidémie.
Ce qu'il faut retenir
- En Ituri, 95 % des cas d’Ebola en RDC sont concentrés, selon les autorités congolaises rapportées par RFI.
- L’hôpital de Fataki reçoit des blessés de guerre dans une région en proie à des violences depuis des années.
- Certains patients ne peuvent plus accéder à des soins appropriés en raison de la priorité donnée à la lutte contre Ebola.
- Le système de santé local, déjà fragile, est mis sous tension par cette double crise sanitaire et sécuritaire.
Un système de santé asphyxié par l’épidémie
La province de l’Ituri, frontalière avec l’Ouganda, est depuis 2020 l’épicentre de la dixième épidémie d’Ebola en RDC. Selon les données officielles, plus de 80 % des quelque 2 000 cas confirmés ou probables depuis le début de l’épidémie y ont été recensés. Face à cette urgence, les structures sanitaires locales ont dû réorganiser leurs priorités, au détriment d’autres besoins médicaux urgents. À l’hôpital de Fataki, les équipes soignantes sont contraintes de limiter l’accueil des blessés de guerre, faute de ressources suffisantes pour traiter simultanément les deux crises.
« On se retrouve dans une situation où les blessés de guerre, qui nécessitent des interventions chirurgicales immédiates, doivent parfois attendre des jours avant d’être pris en charge », explique un médecin de l’établissement, sous couvert d’anonymat. Les ressources humaines et matérielles sont en effet réallouées vers les centres de traitement d’Ebola, où les mesures de biosécurité sont strictes et coûteuses. Les patients souffrant de fractures ouvertes ou de blessures par balle voient ainsi leurs soins différés, avec des risques accrus de complications.
Des milices communautaires qui exacerbent la crise
L’Ituri est le théâtre de violences récurrentes entre milices d’autodéfense, souvent issues de communautés locales, et groupes armés plus structurés. Ces affrontements, qui ont fait des milliers de morts et déplacé plus de 1,6 million de personnes depuis 2017, selon les Nations unies, rendent l’accès aux soins encore plus difficile. Les routes menant à Fataki sont régulièrement bloquées, et les travailleurs humanitaires sont la cible d’attaques.
Dans ce contexte, l’hôpital de Fataki joue un rôle clé, non seulement comme structure sanitaire, mais aussi comme symbole de résistance dans une région où l’État peine à assurer sa présence. Pourtant, ses capacités sont limitées. « On manque de tout : de lits, de médicaments, de personnel formé pour gérer à la fois les urgences chirurgicales et les maladies infectieuses comme Ebola », confie une infirmière de l’établissement. Les stocks de plasma, de désinfectants et de matériel de protection sont régulièrement insuffisants, contraignant les soignants à improviser.
« Ici, chaque jour est une bataille contre deux ennemis : les armes et le virus. On ne choisit pas lequel des deux tue le plus vite. »
Un responsable de l’hôpital de Fataki
Des conséquences sanitaires et humanitaires lourdes
Les retards de prise en charge des blessés de guerre ne sont pas les seuls effets collatéraux de cette crise. Les patients souffrant de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, voient aussi leurs traitements interrompus. « Certains meurent de complications évitables simplement parce que les médicaments ne sont plus disponibles », déplore un membre d’une ONG locale. Par ailleurs, la peur de contracter Ebola dissuade une partie de la population de se rendre dans les centres de santé, même pour des soins vitaux.
Les organisations internationales, comme Médecins Sans Frontières (MSF) ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tentent de pallier ces lacunes. MSF, par exemple, a déployé des équipes mobiles pour vacciner contre Ebola dans les zones reculées et soutenir les hôpitaux locaux. Cependant, les besoins dépassent largement les moyens disponibles. Selon l’OMS, seulement 60 % des fonds nécessaires pour répondre à l’épidémie en Ituri ont été mobilisés à ce jour.
Dans l’immédiat, la communauté internationale appelle à un soutien financier et logistique accru. « Sans une aide massive et immédiate, des vies continueront d’être perdues, non seulement à cause d’Ebola, mais aussi parce que des blessés de guerre ne recevront pas les soins dont ils ont besoin », avertit un porte-parole de l’ONU.