Selon Libération, Marie-Germaine Périgogne, une Réunionnaise aujourd’hui sexagénaire, a enfin obtenu réparation après avoir été arrachée enfant à sa famille pour être placée dans une zone rurale de l’Hexagone, dans le cadre d’un scandale d’État qui a touché des centaines de familles.

Née à La Réunion dans les années 1960, cette femme fait partie des victimes des opérations d’évacuation forcée organisées par les autorités françaises entre les années 1950 et 1980. Ces déplacements d’enfants, souvent motivés par des critères économiques et sociaux, ont laissé des milliers de familles brisées, sans possibilité de retrouver leurs proches pendant des décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • Marie-Germaine Périgogne, 63 ans, fait partie des centaines d’enfants réunionnais déplacés de force vers la métropole entre 1963 et 1982.
  • Ces placements, justifiés officiellement par des raisons sanitaires ou éducatives, étaient en réalité une politique d’État visant à « repeupler » les campagnes françaises.
  • Elle a mené un combat judiciaire de plusieurs années pour obtenir reconnaissance et réparation, aboutissant à une décision récente.
  • Les archives révèlent que près de 2 150 enfants ont été concernés par ces transferts, dont une majorité originaire de La Réunion.
  • La France a reconnu, tardivement, la responsabilité de l’État dans ce scandale, ouvrant la voie à des réparations individuelles.

Un parcours marqué par la séparation et la quête de vérité

Marie-Germaine Périgogne a été séparée de sa famille alors qu’elle n’avait que cinq ans. Transférée dans un village du centre de la France, elle a grandi dans une famille d’accueil sans jamais connaître ses origines. « Je ne savais même pas que j’avais des frères et sœurs jusqu’à l’âge de 20 ans », a-t-elle confié à Libération. Pendant des années, elle a mené des recherches, écrivant aux archives départementales et aux services sociaux, sans obtenir de réponse.

Ce n’est qu’en 2010, après des années de démarches, qu’elle a pu établir le contact avec sa sœur aînée, elle aussi déplacée. Cette rencontre a été le début d’un long combat pour faire reconnaître les souffrances endurées par des centaines de familles. « On nous a volé notre enfance, notre histoire familiale, et personne ne nous a jamais demandé pardon », a-t-elle souligné.

Un scandale d’État longtemps minimisé

Selon les archives consultées par Libération, ces déplacements d’enfants s’inscrivaient dans une politique plus large, incluant aussi des enfants d’outre-mer envoyés en métropole pour des raisons dites « humanitaires ». Pourtant, les témoignages recueillis montrent que ces placements étaient souvent vécus comme des arrachements violents. « On nous présentait comme des enfants abandonnés, mais c’était faux », explique Périgogne. Les dossiers administratifs de l’époque révèlent que les familles biologiques n’avaient pas toujours donné leur consentement éclairé.

En 2021, une commission d’historiens dirigée par l’historien Pascal Blanchard a confirmé l’existence de cette politique. Elle a révélé que les transferts étaient organisés par des services sociaux, parfois en collaboration avec des associations religieuses, dans un contexte de pression démographique et économique sur l’île de La Réunion.

La lente reconnaissance des responsabilités

Il aura fallu des décennies pour que l’État français admette sa responsabilité. En 2022, le président Emmanuel Macron a présenté des excuses officielles aux enfants déplacés, reconnaissant une « faute morale » de la République. Depuis, un fonds de réparation a été mis en place, permettant à des centaines de victimes de déposer des dossiers. Pour Marie-Germaine Périgogne, cette reconnaissance arrive tard, mais elle est essentielle. « Ce n’est pas de l’argent qui va me rendre ma famille, mais au moins, on sait que l’État assume », a-t-elle déclaré.

Les associations de victimes, comme l’Association des enfants placés de La Réunion (AEPR), continuent de militer pour que toutes les archives soient accessibles et que les familles puissent enfin être réunies. « Il reste des centaines de dossiers non traités », rappelle Me Jacqueline Igalens, avocate de plusieurs victimes.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, le fonds de réparation devrait avoir traité la majorité des demandes déposées par les victimes. Une mission parlementaire, annoncée pour septembre 2026, pourrait également proposer des mesures complémentaires, comme l’ouverture d’une commission mémorielle dédiée. Par ailleurs, les associations espèrent que les archives encore fermées à la consultation publique le seront d’ici 2027, afin de permettre aux familles de retracer leur histoire. Reste à voir si ces initiatives suffiront à réparer l’irréparable.

Ce dossier rappelle que les blessures des politiques coloniales et postcoloniales continuent de hanter des générations. Pour Marie-Germaine Périgogne, le combat n’est pas terminé : « On a obtenu justice, mais la paix intérieure, elle, prendra encore du temps. »

Selon les dernières estimations communiquées par le ministère des Outre-mer en juin 2026, près de 850 dossiers ont été déposés depuis l’ouverture du fonds de réparation en 2023. Environ 60 % des demandes ont déjà abouti à une indemnisation.