Près de 70 % des chaussures de sport destinées aux femmes s’inspirent encore de modèles initialement conçus pour les hommes, selon Ouest France. Une réalité qui pose question, notamment dans des disciplines comme la course à pied ou le football, où les spécificités anatomiques et physiologiques des sportives sont rarement prises en compte. Des chercheurs alertent sur les conséquences de cette inadéquation : risques accrus de blessures, inconfort et performances limitées.

Ce qu'il faut retenir

  • 70 % des baskets féminines sont adaptées à partir de modèles masculins, selon une enquête d’Ouest France.
  • Les chercheurs pointent un risque accru de blessures en raison de l’absence de prise en compte des différences anatomiques et hormonales.
  • La course à pied et le football sont les sports les plus concernés par cette problématique.

Des modèles conçus pour les hommes, une réalité tenace

Le constat est sans appel : la majorité des équipements sportifs féminins, en particulier les chaussures, sont des versions réduites ou adaptées de modèles initialement destinés aux hommes. « On part du principe que les femmes sont des hommes de petite taille », explique Céline Huber, chercheuse en biomécanique à l’Université de Lyon. Cette approche néglige pourtant des différences fondamentales, comme la largeur du pied, la répartition des forces ou encore l’impact des cycles hormonaux sur la souplesse des tissus. — Ouest France

Des conséquences concrètes sur la santé et les performances

Les conséquences de cette inadaptation ne sont pas négligeables. Dans le running, par exemple, les femmes sont 30 % plus exposées aux fractures de fatigue que les hommes, selon une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine. En football, où les chaussures à crampons sont souvent issues de modèles masculins, les joueuses rapportent des douleurs aux genoux et aux chevilles, ainsi qu’un manque de stabilité. « Le design actuel favorise les appuis en rotation externe, ce qui augmente le risque de lésion du ligament croisé antérieur », précise Dr. Marie Lefèvre, médecin du sport à l’INSEP.

Une prise de conscience encore lente

Malgré les alertes répétées des scientifiques, l’industrie du sport reste réticente à repenser ses produits. Les marques justifient cette inertie par des coûts de développement élevés et une demande jugée moins prioritaire. Pourtant, quelques initiatives émergent. La marque Brooks, par exemple, a lancé en 2024 une gamme de baskets spécifiquement conçues pour les femmes, intégrant des semelles adaptées à leur morphologie. « On a observé une baisse de 15 % des plaintes liées aux douleurs plantaires chez nos clientes », indique un porte-parole de l’entreprise. — Ouest France

Et maintenant ?

Plusieurs associations et chercheurs réclament désormais une réglementation plus stricte pour encadrer la conception des équipements sportifs. Une proposition de loi pourrait être examinée à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année, visant à imposer aux fabricants de réaliser des tests spécifiques pour les femmes. De son côté, le Comité international olympique a annoncé qu’il intégrerait, dès les Jeux de 2028, des critères de sécurité et d’ergonomie différenciés selon le genre. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour combler le retard accumulé.

Quant aux sportives, beaucoup appellent à une évolution des mentalités : « On ne demande pas des produits différents, mais des produits adaptés », résume Laura Smet, marathonienne et militante pour l’égalité dans le sport. La balle est désormais dans le camp des industriels et des instances dirigeantes.

Les pieds des femmes présentent généralement une voûte plantaire plus prononcée, une largeur plus importante au niveau des orteils et un talon plus étroit. Ces caractéristiques influencent la répartition des pressions lors de l’impact au sol, ce qui explique en partie pourquoi les chaussures masculines ne conviennent pas aux femmes.