La boutique parisienne Bitcoin Bazar, spécialisée dans la vente de matériel en cryptomonnaies, mettra définitivement un terme à ses activités physiques ce mercredi 13 mai au soir. Selon Cryptoast, son site e-commerce, accessible en Bitcoin et proposant des livraisons en Locker, restera opérationnel. Cette décision s’inscrit dans un contexte de montée des agressions physiques et des enlèvements visant spécifiquement les détenteurs ou les personnes suspectées de détenir des cryptomonnaies en France.

Ce qu'il faut retenir

  • La boutique Bitcoin Bazar ferme son point de vente physique à Paris le 13 mai 2026, tout en maintenant son activité en ligne.
  • Depuis le début de l’année, la France recense 41 cas d’enlèvements et séquestrations liés aux cryptomonnaies, un chiffre trois fois supérieur à celui des États-Unis depuis 2024.
  • Parmi les faits récents : un couple ligoté à Bondy malgré l’absence de cryptomonnaies, et une femme de 57 ans séquestrée près de Toulouse pour un vol de 1,12 BTC (68 000 €).
  • Les agressions ciblent désormais aussi bien les professionnels que les particuliers, parfois à tort, en raison de la traçabilité limitée des cryptomonnaies.

Jusqu’ici, Bitcoin Bazar permettait aux clients de régler en espèces directement en magasin, une pratique prisée pour éviter toute trace numérique. Pourtant, face à l’insécurité croissante, l’entreprise a choisi de suspendre cette activité. «

Le site e-commerce reste lui parfaitement opérationnel et tous les bitcoiners ayant à cœur de commander leur matériel anonymement pourront continuer à le faire en payant en Bitcoin et en choisissant une livraison en Locker
», a précisé l’enseigne sur X (ex-Twitter) le 10 mai.

Cette fermeture illustre une tendance de plus en plus marquée en France, où les violences liées aux cryptomonnaies se multiplient. Selon les données de la Direction nationale de la police judiciaire, rapportées par Cryptoast, 41 cas d’enlèvements et séquestrations ont été recensés depuis janvier 2026. Un bilan qui place la France en tête des pays européens pour ce type d’infractions, avec un nombre d’agressions trois fois supérieur à celui des États-Unis depuis 2024.

Des cibles de plus en plus variées

Les attaques ne se limitent plus aux entrepreneurs ou aux personnalités médiatisées du secteur. Les particuliers sont désormais également visés, parfois à tort. En avril 2026, un couple a été ligoté à son domicile à Bondy par des hommes armés recherchant des cryptomonnaies, alors que les victimes n’en détenaient pas. À proximité de Toulouse, une femme de 57 ans a été séquestrée par des agresseurs cagoulés et armés. Ces derniers lui ont dérobé 1,12 BTC, soit environ 68 000 € au moment des faits.

Ces incidents révèlent une évolution dans les méthodes des criminels. Les cryptomonnaies, bien que traçables, offrent aux agresseurs une relative impunité grâce à la difficulté de récupérer les fonds une fois transférés. «

Les cryptos volées lors des agressions sont hautement traçables et cet enquêteur le prouve
», soulignait récemment Cryptoast en référence à une enquête menée sur le sujet. Une traçabilité qui, paradoxalement, n’empêche pas les vols, mais rend leur récupération complexe une fois les fonds dispersés.

Une réponse insuffisante des autorités ?

Si les professionnels du secteur, comme Bitcoin Bazar, subissent les conséquences de cette insécurité, ils pointent aussi l’inaction des pouvoirs publics. «

Bien qu’ils n’aient pas été directement attaqués, le Bitcoin Bazar et son staff sont eux aussi victimes de la dégradation de la sécurité en France, alourdissant le bilan d’inaction de l’État
», a indiqué l’entreprise dans un communiqué. Une critique qui s’ajoute aux alertes déjà lancées par d’autres acteurs du milieu sur l’absence de mesures concrètes pour protéger les détenteurs de cryptomonnaies.

La France, pourtant pionnière en Europe avec son cadre réglementaire pour les actifs numériques, peine à endiguer cette vague de violences. Les forces de l’ordre reconnaissent l’ampleur du phénomène, mais les solutions tardent à se concrétiser. Les experts s’interrogent : faut-il renforcer les sanctions contre les auteurs de ces infractions, ou développer des outils pour mieux tracer et bloquer les transactions frauduleuses ?

Et maintenant ?

La fermeture de Bitcoin Bazar marque-t-elle le début d’une désertification des boutiques physiques spécialisées en France ? Pour l’heure, aucune autre enseigne n’a annoncé de mesure similaire, mais le secteur reste sous haute tension. Les prochaines semaines pourraient voir l’émergence de nouvelles solutions de sécurité, comme des partenariats avec les forces de l’ordre ou le développement de protocoles de paiement plus sécurisés. Une réunion entre professionnels du secteur et représentants du ministère de l’Intérieur est attendue d’ici la fin du mois de mai pour évoquer ces enjeux.

En attendant, les détenteurs de cryptomonnaies sont invités à redoubler de prudence. Les modes opératoires des criminels évoluent rapidement, passant des attaques ciblées aux enlèvements express, parfois pour des montants modestes. Autant dire que le marché des cryptomonnaies en France se complexifie, à l’image d’un écosystème déjà fragilisé par la volatilité des actifs et l’incertitude réglementaire.

Reste à savoir si les autorités parviendront à inverser la tendance avant que d’autres acteurs du secteur ne suivent l’exemple de Bitcoin Bazar.

Ces commerces attirent les criminels car ils permettent des transactions en espèces, difficiles à tracer. De plus, les clients se rendent physiquement en magasin, ce qui les expose à des agressions ou des enlèvements pour voler leurs cryptomonnaies. La traçabilité limitée des actifs numériques rend ces braquages attractifs pour les malfaiteurs.