Alors que les conflits modernes s'industrialisent, les besoins en solutions de lutte anti-drones connaissent une croissance sans précédent. Selon BFM Business, l'entreprise française Cerbair, spécialisée dans la neutralisation de drones hostiles, voit son chiffre d'affaires exploser cette année. Dès la fin mai 2026, elle annonce déjà avoir doublé son chiffre d'affaires par rapport à l'ensemble de l'année 2025. Une performance directement liée à l'augmentation des menaces aériennes non conventionnelles, aussi bien sur les champs de bataille qu'en territoire national.
Cette progression reflète une réalité stratégique : la robotisation accélérée des conflits. « Le drone représente un bouleversement complet de la manière de conduire la guerre », souligne Lucas Le Bell, cofondateur et directeur général de Cerbair. Son entreprise, qui opère dans un segment désormais central de la défense, bénéficie de l'actualisation de la loi de programmation militaire votée par les députés ce 21 mai 2026. Une législation qui consacre l'importance croissante de la lutte anti-drones dans les priorités de sécurité nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Le coût pour neutraliser un soldat ennemi via un drone est estimé à 1 000 dollars selon les retours du front ukrainien, une donnée jugée « dramatique » par Cerbair.
- Les drones militaires sont produits en masse, avec un coût unitaire pouvant descendre à 200 dollars, ce qui réduit considérablement les seuils d'engagement.
- Cerbair a déjà doublé son chiffre d'affaires en 2026 par rapport à l'ensemble de l'année 2025, avant même la fin du mois de mai.
- L'entreprise utilise des brouilleurs de communications radio-fréquences pour neutraliser les drones, exploitant leur dépendance aux signaux de contrôle.
- Le gouvernement français a recours à Cerbair pour combattre les livraisons par drone en prison, illustrant l'ampleur des menaces ciblées.
Une révolution militaire portée par l'industrie du drone
L'essor des drones de combat transforme profondément les rapports de force sur les théâtres d'opération. « Aujourd'hui, vous avez des drones produits par millions chaque année et envoyés sur le front », explique Lucas Le Bell. Leur coût de production réduit, combiné à leur capacité à remplir des missions autrefois réservées à des moyens lourds, change la donne. Le spécialiste précise : « Le coût pour tuer un soldat ennemi via un drone a été chiffré autour de 1 000 dollars par l'Ukraine. Autant dire que le rapport coût-efficacité des drones les rend accessibles à des acteurs étatiques comme non étatiques. »
Cette industrialisation du champ de bataille s'accompagne d'une stratégie de neutralisation spécifique. Cerbair cible les communications radio-fréquences des drones, identifiées comme leur « talon d'Achille ». « Pour opérer un drone, vous avez besoin de lui envoyer des informations de vol et de récupérer un flux vidéo en temps réel pour ajuster la trajectoire ou désigner une cible », détaille le cofondateur. Ces échanges, qui se propagent à la vitesse de la lumière, peuvent être interceptés. Une interférence électromagnétique permet alors de forcer l'appareil à atterrir ou à tomber. »
Des solutions adaptées à un environnement en mutation
La lutte anti-drones s'impose comme un enjeu majeur, aussi bien en Ukraine qu'en Europe. En France, les députés ont récemment approuvé le recours à des opérateurs privés pour renforcer les capacités de protection des sites sensibles. Une mesure qualifiée de « pragmatique » par Lucas Le Bell. « Les forces de police, de gendarmerie et les armées sont aujourd'hui submergées par cette menace omniprésente », observe-t-il. « Accélérer est devenu une nécessité. »
Cerbair mise sur des technologies low-cost et efficaces pour répondre à cette demande. « Prendre le contrôle d'un drone ennemi et le rediriger contre son utilisateur initial ? Dans la réalité, ce n'est pas encore répandu, surtout pour les drones militaires », tempère Lucas Le Bell. « C'est trop complexe à mettre en œuvre à grande échelle. » La priorité reste donc la neutralisation pure et simple des appareils hostiles, via des systèmes comme les brouilleurs électromagnétiques développés par l'entreprise.
Une menace protéiforme, des réponses ciblées
Les besoins en matière de lutte anti-drones ne se limitent pas aux zones de conflit. En France, les autorités ont fait appel à Cerbair pour contrer les livraisons illégales de produits divers en milieu carcéral. Une illustration parmi d'autres de l'adaptabilité des drones, désormais utilisés dans des contextes variés : trafic, espionnage, ou même attaques terroristes. « La menace est protéiforme », confirme Lucas Le Bell. « Elle évolue en temps réel, et les solutions doivent suivre le même rythme. »
Cette diversification des usages des drones a conduit les armées à développer des parades spécifiques. La Direction Générale de l'Armement (DGA) insiste sur la nécessité d'une « lutte anti-drone adaptée et éprouvée ». Ces dernières semaines, plusieurs solutions low-cost ont été testées, s'appuyant sur les enseignements tirés des conflits récents au Moyen-Orient. L'objectif : offrir une réponse rapide et scalable, capable de s'adapter à des menaces en constante évolution.
Par ailleurs, la DGA devrait finaliser d'ici la fin de l'année 2026 de nouveaux protocoles de lutte anti-drones, intégrant les retours d'expérience des théâtres d'opération. Une étape clé pour standardiser des solutions encore hétérogènes. L'enjeu : éviter que la robotisation de la guerre ne devienne un fardeau pour les capacités de défense traditionnelles.
L'entreprise utilise des brouilleurs de communications radio-fréquences. En interceptant les signaux nécessaires au pilotage des drones — comme les informations de vol ou le flux vidéo —, elle peut envoyer une interférence électromagnétique. Celle-ci force l'appareil à atterrir ou à chuter, sans recourir à une destruction physique qui pourrait causer des dommages collatéraux.