Félicien Kabuga, recherché pendant 26 ans pour son rôle présumé dans le financement du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, est décédé le 16 mai 2026 à l’âge de 87 ans. Arrêté en France en mai 2020 près de Paris, il était incarcéré au centre de détention du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), situé à La Haye, aux Pays-Bas, selon Le Monde.
Ce qu'il faut retenir
- Félicien Kabuga était accusé d’avoir participé au financement de la Radio-télévision libre des Mille Collines, média ayant appelé à l’extermination des Tutsi.
- Il a été arrêté en France le 16 mai 2020, après plus de deux décennies de fuite.
- Son procès devait s’ouvrir devant le TPIR, après des années de procédures judiciaires.
- Il était détenu depuis son arrestation dans l’attente de son jugement, sans que sa mort ne modifie son statut juridique.
Un procès inachevé pour un rôle central dans le génocide
Les procureurs du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) l’accusaient d’avoir été le « grand argentier » du génocide de 1994, qui avait fait plus de 800 000 morts en trois mois, principalement parmi la minorité tutsi. Selon l’acte d’accusation, Félicien Kabuga aurait notamment fourni des fonds et du matériel à la Radio-télévision libre des Mille Collines, dont les émissions exhortaient la population hutu à « tuer les cafards » – surnom donné aux Tutsi.
Après des années de cavale entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, Kabuga avait finalement été interpellé le 16 mai 2020 dans un appartement du préfecture des Hauts-de-Seine, où il vivait sous une fausse identité. Son arrestation avait marqué un tournant dans la traque des responsables du génocide rwandais encore en vie. Le TPIR, créé en 1994, avait pour mission de juger les principaux architectes du massacre, et Kabuga figurait parmi les fugitifs les plus recherchés.
Une procédure judiciaire ralentie par l’âge et la santé du suspect
Son procès, initialement prévu pour démarrer après plusieurs reports, devait porter sur sept chefs d’accusation, dont génocide, complicité de génocide et incitation directe et publique à commettre le génocide. Cependant, les audiences avaient été régulièrement ajournées en raison de l’état de santé dégradé de l’accusé, âgé de plus de 80 ans lors de son arrestation. Le 5 novembre 2020, le TPIR avait jugé que Kabuga était « inapte à subir un procès » en raison de problèmes cognitifs, une décision confirmée en appel en mai 2021.
Malgré cette décision, l’accusé était resté en détention préventive, dans l’attente d’une éventuelle reprise des procédures si son état s’améliorait. Sa mort met fin à une procédure judiciaire qui s’étalait sur près de trois décennies, sans qu’il n’ait pu être jugé pour ses actes. Le TPIR a achevé ses activités en décembre 2023, laissant certains dossiers, dont celui de Kabuga, dans une zone grise juridique.
Un symbole de l’impunité ou de la lenteur de la justice ?
La mort de Kabuga avant son jugement soulève des questions sur l’efficacité des mécanismes judiciaires internationaux, souvent critiqués pour leur lenteur et leur coût. Le TPIR a jugé 93 accusés en 23 ans, avec un budget cumulé dépassant les 2 milliards de dollars. Certains observateurs estiment que son héritage reste limité, faute de pouvoir établir une responsabilité pénale individuelle pour les crimes commis.
Pour les associations de victimes, comme l’Ibuka Memorial, la disparition de Kabuga ne doit pas servir d’excuse pour abandonner les recherches des derniers fugitifs. « La justice n’est pas seulement une question de procès, mais de mémoire et de réparation », a souligné un représentant de l’association dans une déclaration à la presse en 2025. Kabuga restera dans l’histoire comme l’un des derniers symboles de l’impunité des années 1990, même après sa mort.
En novembre 2020, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) avait jugé que Kabuga était « inapte à subir un procès » en raison de problèmes cognitifs, notamment des troubles de la mémoire et de la concentration. Cette décision avait été confirmée en appel en mai 2021. Malgré cela, il est resté en détention préventive jusqu’à son décès, dans l’attente d’une éventuelle reprise des procédures si son état s’améliorait.