La présentation fin mai de la Luce, premier modèle 100% électrique du constructeur italien, s’est soldée par un échec critique tant auprès du public que des investisseurs. Selon BFM Bourse, l’action Ferrari a chuté de 8,4 % à la Bourse de Milan dès l’annonce de ce véhicule, dont le design minimaliste et radical a suscité des réactions mitigées, voire hostiles.
Ce qu'il faut retenir
- La Luce, premier modèle 100% électrique de Ferrari, a provoqué une chute de 8,4 % de l’action à la Bourse de Milan après sa présentation fin mai.
- Le design ultra-épuré, confié en partie à Jony Ive, a été jugé trop éloigné de l’identité traditionnelle de la marque, suscitant des critiques virulentes, y compris de l’ex-président Luca di Montezemolo.
- Avec un prix de départ à 550 000 euros (jusqu’à 650 000 euros avec options), la Luce est le véhicule le plus cher jamais proposé par Ferrari, un tarif qui interroge sur sa cible commerciale.
- Les analystes estiment que les ventes de la Luce, prévue pour le quatrième trimestre 2026, resteront limitées (900 à 1 000 unités par an) afin de préserver la valeur résiduelle du modèle, cruciale pour la marque.
- Malgré ce contretemps, Ferrari mise sur la F80, une hypercar hybride produite à seulement 799 exemplaires, pour soutenir ses résultats à court terme.
- L’action Ferrari a déjà perdu 6 % depuis le début de l’année 2026 et près de 30 % sur un an, dans un contexte de révisions à la baisse de ses objectifs financiers.
Un design radical qui divise, y compris au sein de Ferrari
Le design de la Luce, une berline ultra-épurée signée en partie par l’ancien designer d’Apple Jony Ive, a immédiatement cristallisé les tensions. Si certains y voient une audace nécessaire pour conquérir de nouveaux marchés, d’autres, comme l’ex-président Luca di Montezemolo, qualifient ce choix de « risque de destruction d’un mythe ». Dans un entretien accordé à l’agence italienne askanews, il a même suggéré d’enlever le cheval cabré emblématique de la voiture, déclarant : « Celle-ci est certainement une voiture que, au moins, les Chinois ne copieront pas. »
Cette divergence d’opinions reflète les défis auxquels Ferrari est confrontée. Pour Oddo BHF, le design de la Luce représente un « bouleversement radical » par rapport à l’héritage de la marque, qualifiant même le modèle de « controversé ». « Les détracteurs diront que ce modèle risque de nuire à la marque en s’éloignant de manière si radicale de son esprit traditionnel, tandis que ses partisans y verront une initiative courageuse visant à s’adapter à un nouveau marché », analyse le bureau d’études. Bank of America résume la situation en un constat : « La première voiture électrique de Ferrari a déclenché un débat sur l’identité de la marque. »
Un choc en Bourse et des interrogations sur le modèle économique
La réaction des investisseurs a été immédiate. L’action Ferrari, déjà sous pression depuis plusieurs mois, a accusé une nouvelle baisse de 8,4 % à Milan après la présentation de la Luce. Depuis le début de l’année 2026, le titre a perdu 6 %, et près de 30 % sur les douze derniers mois. Cette contre-performance s’inscrit dans un contexte plus large de révision à la baisse des objectifs financiers du groupe, annoncés à l’automne 2025, qui avaient déjà déçu les analystes.
Le prix de la Luce, fixé à 550 000 euros (et jusqu’à 650 000 euros avec les options de personnalisation), interroge également. Pour Citi, la question centrale reste de savoir si ce tarif permettra d’attirer une clientèle suffisamment large pour justifier l’investissement. « La question est la suivante : la nouvelle Ferrari attirera-t-elle de nombreux clients à 550 000 euros chacun, et quel effet, le cas échéant, la nouvelle voiture aura-t-elle sur la perception de la marque ? » s’interroge la banque. UBS, de son côté, souligne que ce lancement, normalement sans conséquence majeure pour l’action, a au contraire accentué la pression sur un titre déjà fragilisé.
Une stratégie risquée pour préserver la valeur résiduelle
Malgré les critiques, Ferrari pourrait avoir choisi de limiter volontairement les volumes de la Luce. Selon Oddo BHF, cette approche vise à protéger la valeur résiduelle du modèle, un critère essentiel pour les acheteurs de véhicules haut de gamme. « Nous pensons que la baisse de près de 8 % de l’action reflète principalement l’inquiétude du marché selon laquelle le design non conventionnel de la Luce pourrait peser sur les valeurs résiduelles », explique la banque. Bank of America abonde dans ce sens, estimant que les volumes de vente pourraient se situer entre 900 et 1 000 unités par an, bien loin des 13 640 voitures vendues en 2025.
Cette prudence s’explique par l’expérience d’autres constructeurs. Porsche avec le Taycan, Mercedes avec l’EQS ou encore Rolls Royce avec le Spectre ont connu des déceptions similaires lors du lancement de leurs premiers modèles électriques, avec une valeur résiduelle faible et un marché de l’occasion peu clément. Citi estime que Ferrari a tiré les leçons de ces échecs : « Le groupe a probablement bâti son budget en retenant des livraisons à faible niveau, ce qui suggère que les résultats à court terme de Ferrari devraient être protégés de la performance de la Luce. »
La F80, un relais de croissance pour compenser la Luce
Pour pallier d’éventuelles déceptions autour de la Luce, Ferrari mise sur la F80, une hypercar hybride produite en série limitée à 799 exemplaires. Selon Royal Bank of Canada, ce modèle pourrait générer des marges opérationnelles comprises entre 40 % et 50 %, bien au-dessus de la moyenne du groupe (30 %). Dans une note récente, la banque a réitéré son avis de « surperformance » sur le titre, soulignant que les livraisons de F80 au second semestre 2026 devraient apporter un « vent porteur important » aux résultats financiers.
Cette stratégie rappelle celle mise en place lors du lancement du Purosangue, le premier SUV de Ferrari, en 2022. À l’époque, les craintes étaient similaires, mais le modèle est devenu l’un des best-sellers de la marque, avec une demande dépassant largement l’offre. Royal Bank of Canada note d’ailleurs que les inquiétudes actuelles autour de la Luce sont comparables à celles exprimées pour le Purosangue il y a quatre ans. Bernstein, de son côté, se montre plus optimiste, estimant que la Luce pourrait séduire une clientèle de collectionneurs et de passionnés, prêts à payer un prix élevé pour un modèle à l’aura unique.
Les analystes divisées : entre scepticisme et confiance dans les fondamentaux
Les réactions des analystes sont partagées. Si certains, comme Bank of America, jugent la réaction du marché à la présentation de la Luce « exagérée », d’autres restent prudents. Oddo BHF maintient un avis « neutre » sur le titre, saluant la bonne dynamique à court terme portée par les ventes de la F80, mais s’inquiétant pour le long terme. UBS, en revanche, estime que le lancement de la Luce ne devrait pas aliéner la base de clientèle de Ferrari. « Nos discussions avec plus de quinze clients Ferrari lors de l’événement ont été plus constructives, indiquant une fidélité sous-jacente stable malgré un enthousiasme modéré pour le modèle », explique la banque suisse.
Pour Bank of America, les fondamentaux de Ferrari restent solides. Le constructeur bénéficie d’un carnet de commandes très bien rempli et de prévisions de marge opérationnelle d’au moins 30 % d’ici 2030, jugées conservatrices par la banque. « L’offre de véhicules électriques est plus susceptible de servir d’extension complémentaire de la gamme plutôt qu’un changement fondamental dans le positionnement de la marque », analyse UBS. Bernstein va plus loin, affirmant que Ferrari ne s’est pas lancée dans cette aventure « à l’aveuglette » et que la Luce, malgré son design audacieux, pourrait s’imposer fermement au sein de la gamme.
Reste à savoir si Ferrari parviendra à retrouver la lumière en Bourse, après une année 2026 marquée par des turbulences. Les prochaines publications financières du groupe, ainsi que les réactions des premiers clients de la Luce, seront des indicateurs clés pour déterminer si ce pari audacieux était le bon.
Le design de la Luce, ultra-épuré et minimaliste, rompt radicalement avec l’esthétique sportive et agressive qui caractérise les modèles traditionnels de Ferrari. Confié en partie à Jony Ive, célèbre pour ses travaux chez Apple, ce choix stylistique a été perçu comme une trahison de l’identité de la marque par une partie des passionnés et des investisseurs. L’ex-président Luca di Montezemolo a même évoqué un « risque de destruction d’un mythe ».
Les analystes estiment que Ferrari limitera volontairement les ventes de la Luce à entre 900 et 1 000 unités par an, afin de préserver sa valeur résiduelle, un critère essentiel pour les acheteurs de véhicules haut de gamme. Cette stratégie vise à éviter une chute des prix sur le marché de l’occasion, comme cela a été observé pour d’autres modèles électriques lancés par des concurrents.