La direction de Fibre Excellence a annoncé ce lundi 22 juin 2026 le retrait de son offre de reprise du groupe papetier en difficulté, ouvrant la voie à un nouvel investisseur. Selon BFM Business, cette décision intervient alors que l’État et plusieurs parties prenantes ont exprimé de fortes attentes concernant la gouvernance du groupe, basée à Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

Ce qu'il faut retenir

  • La direction de Fibre Excellence retire son offre de reprise pour laisser place à un nouvel investisseur, identifié comme étant le financier Matthieu Pigasse
  • Le groupe, spécialisé dans la production de pâte à papier, emploie 545 salariés sur ses deux sites de Saint-Gaudens et Tarascon
  • Un redressement judiciaire a été prononcé fin avril 2026 après le refus de l’actionnaire Jackson Wijaya d’investir davantage
  • L’entreprise a enregistré un déficit de 27 millions d’euros en 2025, selon les chiffres du CSE
  • Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur étaient prêtes à investir respectivement 5 et 3 millions d’euros dans le cadre d’un projet de reprise

Dans un communiqué publié ce matin, Jean-François Guillot, dirigeant de Fibre Excellence depuis 2019, a justifié cette décision par « les fortes attentes exprimées par l’État et différentes parties prenantes sur l’importance d’un renouveau de la gouvernance ». Il précise que le retrait de l’offre actuelle est « nécessaire pour sauver le groupe et ses emplois ». « Fidèle à son objectif prioritaire de préserver l’activité industrielle papetière en France, le porteur du projet préfère donc se retirer et laisser à un nouvel investisseur la possibilité de porter, selon ses souhaits, un projet industriel et financier solide », ajoute-t-il.

Cette annonce intervient alors que le groupe, qui possède les deux dernières grandes usines de pâte à papier de France, est placé en redressement judiciaire depuis fin avril 2026. Son actionnaire principal, Jackson Wijaya — membre de la famille dirigeante du géant indonésien Asia Pulp and Paper — a refusé d’engager des investissements supplémentaires, condamnant l’entreprise à une situation financière critique. D’après les chiffres communiqués par le comité social et économique (CSE), Fibre Excellence affichait un déficit de 27 millions d’euros en 2025, une tendance qui s’est poursuivie en 2026.

Pour relancer les deux sites — celui de Saint-Gaudens (270 salariés) et celui de Tarascon (275 salariés) — un investissement minimal de 60 millions d’euros est nécessaire, soit 30 millions par unité, afin de reconstituer les stocks de bois. À cela s’ajoute un projet de diversification visant à produire une nouvelle pâte à papier, dite « pâte fluff » utilisée dans les protections hygiéniques, qui nécessiterait un financement de 150 millions d’euros pour les deux sites. Dans ce contexte, les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur s’étaient déclarées prêtes à investir respectivement 5 et 3 millions d’euros, comme l’avait rappelé Carole Delga, présidente de la région Occitanie, jeudi dernier.

« Compte tenu des doutes émis par le ministre de l’Industrie et de diverses parties prenantes sur la gouvernance de l’offre, et fidèle à son objectif prioritaire de préserver l’activité industrielle papetière en France, le porteur du projet préfère donc se retirer et laisser à un nouvel investisseur la possibilité de porter, selon ses souhaits, un projet industriel et financier solide. »
— Jean-François Guillot, dirigeant de Fibre Excellence

L’offre initiale de Jean-François Guillot prévoyait une association d’actionnaires privés et publics, incluant les deux régions. Cependant, cette proposition n’a pas convaincu les autorités. D’après l’entourage du ministère de l’Industrie, le projet présenté « ne présentait pas le sérieux et les garanties financières nécessaires » pour éviter une liquidation judiciaire du groupe. Par ailleurs, le dirigeant franco-canadien conditionnait son offre à un geste de l’État, notamment une revalorisation du tarif de vente de l’électricité produite par les deux usines, une demande qui n’a pas abouti.

La situation de Fibre Excellence illustre les défis auxquels font face les industries papetières en Europe, confrontées à la concurrence internationale et à la transition énergétique. Le groupe, autrefois florissant, peine à s’adapter à un marché en mutation, où la demande en pâte à papier traditionnelle recule au profit de matériaux alternatifs. La fermeture des sites aurait des conséquences majeures pour les territoires concernés, notamment en termes d’emplois et d’activité économique locale.

Et maintenant ?

Matthieu Pigasse dispose désormais d’un délai de dix jours, jusqu’au 2 juillet 2026, pour soumettre une nouvelle offre de reprise devant le tribunal de commerce. Si aucune proposition viable n’est déposée d’ici là, le groupe pourrait basculer vers une liquidation judiciaire, entraînant la fermeture des deux sites et la perte des 545 emplois directs. Les parties prenantes, dont les régions et l’État, devront alors se prononcer sur les alternatives possibles pour sauver l’activité papetière en France.

Pour l’heure, les salariés et les élus locaux attendent avec inquiétude l’issue de cette période de transition. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a déjà réaffirmé son engagement en faveur de la sauvegarde des emplois, tout en soulignant la nécessité d’un projet « industriel et pérenne ». Quant au ministre de l’Industrie, il n’a pas encore commenté officiellement cette nouvelle donne, mais son entourage a confirmé que la viabilité financière des offres restera un critère déterminant.

Cette affaire rappelle celle d’autres sites industriels en difficulté ces dernières années, où la question du repreneur s’est souvent posée comme un ultime recours avant la fermeture. En 2020 déjà, l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens avait frôlé la fermeture avant d’être sauvée in extremis par son actionnaire actuel. Aujourd’hui, le temps presse, et les choix des prochains jours pourraient sceller l’avenir de la filière papetière française.

Matthieu Pigasse doit déposer une offre de reprise devant le tribunal de commerce avant le 2 juillet 2026. Si aucune offre viable n’est soumise, le groupe pourrait être liquidé, entraînant la fermeture des deux sites et la perte de 545 emplois.

Un investissement minimal de 60 millions d’euros est requis pour reconstituer les stocks de bois dans les deux usines. Pour la diversification vers la « pâte fluff », 150 millions d’euros supplémentaires seraient nécessaires.