C’est une pratique qui s’intensifie dans le Finistère : depuis plusieurs mois, le département multiplie les radiations de bénéficiaires du RSA, plongeant des travailleurs précaires dans une situation financière encore plus fragile. Selon Reporterre, cette politique, qualifiée par certains de « traque des précaires », vise des individus dont ce maigre revenu constitue parfois l’unique soutien. C’est le cas de Cécile, une maraîchère bio de Guengat, dont le procès est prévu ce 15 juin.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Finistère radie massivement des bénéficiaires du RSA depuis plusieurs mois.
  • Cécile, maraîchère bio à Guengat, est radiée et son procès se tient ce 15 juin.
  • Cette politique est dénoncée comme une « traque des précaires » par ses détracteurs.
  • Le RSA représente parfois l’unique revenu pour des travailleurs du secteur agricole.

Une ferme bio sous tension en pleine saison maraîchère

À Guengat, dans le Finistère, la ferme bio du Lièvre Blanc s’active en ce mois de juin, période charnière pour les petites exploitations maraîchères. Les serres regorgent de jeunes plants, et les tâches s’enchaînent entre binage, récolte et préparation des commandes. Pourtant, derrière cette activité intense se cache une réalité moins visible : celle de Cécile, co-gérante de l’exploitation, qui dépendait du RSA pour compléter ses revenus.

Pour cette agricultrice, comme pour d’autres paysans bretons, ce soutien social était devenu indispensable pour joindre les deux bouts. « Sans ce revenu, c’est toute notre organisation qui est menacée », confie-t-elle. Pourtant, depuis quelques mois, le département du Finistère durcit les critères de contrôle, entraînant des radiations en cascade. Cécile en fait partie.

Une politique départementale controversée

Le Finistère n’est pas le seul département à durcir les conditions d’attribution du RSA, mais son rythme de radiations suscite l’inquiétude. Selon Reporterre, les services sociaux locaux multiplient les vérifications, parfois au détriment des travailleurs les plus vulnérables. Les associations dénoncent une logique de suspicion systématique, qui fragilise des ménages déjà en grande précarité.

Pour les maraîchers et autres petits exploitants, le RSA représentait souvent un filet de sécurité indispensable. « On nous demande de prouver chaque mois que nos revenus sont insuffisants, alors que notre activité est saisonnière et irrégulière », explique Cécile. « C’est un cercle vicieux : plus on contrôle, plus on exclut ceux qui en ont le plus besoin. »

Un procès symbolique avant une audience décisive

Le procès de Cécile, prévu ce 15 juin devant le tribunal administratif de Quimper, pourrait faire jurisprudence. La maraîchère conteste sa radiation, estimant que les critères appliqués par le département ne tiennent pas compte des spécificités de son activité. Son affaire est suivie de près par les syndicats agricoles et les associations de lutte contre la pauvreté, qui y voient un test pour l’avenir des aides sociales dans la région.

« Ce procès n’est pas seulement le mien, c’est celui de tous ceux qui dépendent de ce revenu pour survivre », déclare-t-elle. Les associations locales, comme le Secours Catholique ou la Confédération paysanne, ont d’ores et déjà annoncé leur soutien à sa cause. Elles appellent à une révision des méthodes de contrôle du département, jugées trop rigides.

Et maintenant ?

Si le tribunal administratif donne raison à Cécile, cela pourrait contraindre le Finistère à revoir sa copie. À l’inverse, une décision défavorable risquerait d’encourager d’autres départements à durcir leurs propres critères. Une audience publique est prévue le 15 juin à Quimper, et les observateurs s’attendent à une décision dans les semaines qui suivent. Dans tous les cas, cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre les politiques de contrôle social et les réalités économiques des travailleurs précaires.

En attendant, la ferme du Lièvre Blanc continue de fonctionner, mais son avenir reste incertain. « On fait avec, comme on peut », confie Cécile. « Mais si on nous retire ce qui nous reste, on ne pourra plus tenir longtemps. »

D'après Reporterre, le département applique des contrôles renforcés, notamment sur les déclarations de revenus et la régularité des démarches administratives. Les associations dénoncent un manque de prise en compte des spécificités professionnelles, comme les variations saisonnières des revenus agricoles.