Un match de football où les hommes doivent évoluer avec un ballon 200 grammes plus lourd que la normale, sur un terrain agrandi et pendant cinquante-six minutes au lieu de quarante-cinq. Tel était le défi lancé à de jeunes footballeurs suisses lors d’une expérience menée dans le cadre de l’émission Einstein, diffusée par la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF), le groupe audiovisuel public de la Suisse alémanique. Selon Courrier International, cette initiative s’appuyait sur une étude norvégienne de 2019, publiée par l’Université de Trondheim, qui analysait les inégalités physiques entre hommes et femmes sur les terrains de football.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude norvégienne de 2019 a déterminé comment modifier les conditions d’un match de football pour neutraliser les avantages biologiques masculins.
  • Les joueurs masculins ont dû évoluer avec un ballon de basket, sur un terrain 20 % plus grand et pendant 56 minutes au lieu de 45.
  • Les jeunes footballeurs du FC Winterthour (U17) et du FC Thoune (U19) ont participé à ce match expérimental.
  • Les gardiens masculins ont souligné la difficulté à évoluer dans des buts agrandis, comparables à ceux utilisés par les joueuses.
  • L’émission coïncidait avec le début de l’Euro féminin 2025 en Suisse, relançant les débats sur les inégalités dans le football.

Une expérience basée sur des données scientifiques

L’étude norvégienne de 2019 avait mis en lumière les écarts de performance liés à des facteurs purement physiques. Selon ses conclusions, « les différences de niveau entre hommes et femmes sont basées sur des inégalités physiques plutôt que sur la tactique ou la technique », comme le rapporte le journal suisse 24 Heures. Pour compenser ces disparités, les chercheurs suggéraient notamment d’adapter la taille du ballon, la longueur du terrain ou encore la durée du match.

Les organisateurs de l’émission Einstein ont donc reproduit ces conditions lors d’un match opposant les moins de 17 ans du FC Winterthour aux moins de 19 ans du FC Thoune. Outre le ballon alourdi de 200 grammes, les joueurs ont évolué sur un terrain 20 % plus grand, avec des cages de but élargies. La durée du match a également été allongée à cinquante-six minutes, contre quarante-cinq habituellement. L’objectif ? Permettre au public de mieux saisir les défis physiques auxquels les footballeuses sont confrontées à chaque rencontre.

Des joueurs masculins en difficulté face aux nouvelles contraintes

Les jeunes footballeurs n’ont pas tardé à exprimer leur malaise. Selon Beni Giger, réalisateur sportif de la SRF et présent lors du match, « les footballeurs éprouvent des difficultés avec le ballon plus lourd, le jeu paraît ralenti et ils n’arrivent pas à bien tirer les corners ». Le média 24 Heures ajoute que « les gardiens éprouvent autant de difficultés dans les buts agrandis que leurs homologues féminines, généralement de plus petite taille, dans les buts de dimension standards ».

Les témoignages recueillis pendant le match étaient sans équivoque : « Outre les jurons, les halètements et les nombreux *bro*, on pouvait entendre des phrases telles « Je suis mort ! J’ai besoin d’oxygène » », relate le journal. Une expérience qui illustre, selon les organisateurs, l’ampleur des efforts supplémentaires demandés aux joueuses pour simplement être compétitives.

Un terrain adapté aux joueuses, une évidence pour les professionnelles

L’émission a également offert à des footballeuses l’opportunité de comparer les conditions de jeu. Tamara Biedermann, gardienne des Young Boys de Berne, a ainsi testé un but aux dimensions standards, puis un but adapté à la morphologie féminine. Le résultat ? Une différence « immédiatement perceptible pour les non-initiés, donnant une impression plus professionnelle », selon 24 Heures.

Cette démonstration visuelle a mis en lumière un paradoxe souvent ignoré : les infrastructures et équipements conçus pour les hommes rendent la pratique du football plus difficile pour les femmes, sans que cela soit toujours conscientisé. Martina Moser, ex-joueuse internationale suisse, a souligné ce point en rappelant que « les inégalités sociétales accentuent ces disparités biologiques ». Elle a notamment pointé le manque d’investissement dans les structures d’entraînement pour les joueuses, souvent de « qualité supérieure » pour les jeunes hommes.

Et maintenant ?

Alors que l’Euro féminin 2025 se poursuit en Suisse, cette expérience rappelle que les débats sur l’égalité des chances dans le football ne se limitent pas aux performances sportives. Pour Martina Moser, « il reste à voir si ces prises de conscience se traduiront par des mesures concrètes, notamment en matière d’investissements dans les infrastructures féminines ». Les prochains mois pourraient être décisifs pour évaluer l’impact de cette initiative sur les politiques sportives en Suisse et au-delà.

En attendant, les organisateurs de l’émission Einstein envisagent de reproduire cette expérience avec d’autres équipes ou catégories d’âge, afin d’élargir la sensibilisation autour des inégalités de genre dans le sport. Une question reste en suspens : ces adaptations, bien que révélatrices, suffiront-elles à transformer durablement les conditions de pratique du football féminin ?

Les joueurs ont dû utiliser un ballon plus lourd de 200 grammes, évoluer sur un terrain agrandi de 20 %, avec des cages de but élargies. La durée du match a été portée à cinquante-six minutes, contre quarante-cinq habituellement. Selon l’étude norvégienne de 2019, ces ajustements visaient à neutraliser les avantages physiques masculins, comme le souligne Courrier International.

L’initiative émanait de l’émission Einstein, diffusée par la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF), mais aucun partenariat officiel avec la Fédération suisse de football (ASF) ou l’UEFA n’a été mentionné. Selon les organisateurs, l’objectif était avant tout pédagogique, comme le rapporte 24 Heures.