« La France est le pays du monde qui a le plus d’impôts, et on ne peut pas dire que l’on se porte mieux », a déclaré François Bayrou, ancien Premier ministre et président du MoDem, lors de son passage dans l’émission Les 4 Vérités sur France 2. Selon Franceinfo - Politique, l’élu a profité de la sortie de son livre Alerte sur la France qui vient pour alerter sur les dangers de l’endettement public, qu’il qualifie de « menace majeure » pour l’avenir du pays. Il a également appelé à une refonte en profondeur de l’action publique et mis en garde contre les extrêmes à l’approche de la présidentielle.
Ce qu'il faut retenir
- François Bayrou estime que la France est le pays le plus taxé au monde, sans que cela ne se traduise par une amélioration des services publics.
- Il dénonce le poids de la dette publique, qui absorbe déjà la totalité de l’impôt sur le revenu des Français pour payer ses intérêts.
- L’ancien Premier ministre plaide pour une réorganisation complète de l’action publique, plutôt que pour une hausse généralisée des impôts.
- Bayrou met en garde contre les « dangers mortels » que représenteraient, selon lui, l’extrême droite et l’extrême gauche.
- Il cite les Pays-Bas comme exemple de pays où la productivité par habitant dépasse celle de la France de 30 %, grâce à un environnement plus favorable aux entreprises et à une durée de travail supérieure.
Un plaidoyer contre l’endettement et pour une refonte de l’État
François Bayrou a défendu son plaidoyer contre la dette publique lors de la présentation de son ouvrage Alerte sur la France qui vient, publié aux éditions de l’Observatoire. Selon lui, « la totalité de l’impôt sur le revenu que paient les Français » ne suffira, dès l’année prochaine, « pas à payer les intérêts de la dette ». Cette situation, a-t-il souligné, privera l’État des moyens nécessaires pour financer des secteurs clés comme la justice, l’éducation, la santé ou la transition écologique. « Cet argent, on en aurait besoin pour tous les sujets, pour les jeunes Français, pour préparer leur avenir. Eh bien, cet argent, on ne l’aura pas », a-t-il martelé.
Pour l’ancien Premier ministre, la solution ne réside pas dans une augmentation des impôts, mais dans une « réorganisation complète de notre action publique ». Il rejette l’idée d’une hausse généralisée des prélèvements, affirmant que « la vérité, c’est que la France est le pays du monde qui a le plus d’impôts, et on ne peut pas dire qu’on se porte mieux ». Bayrou critique ceux qui, dans le débat public, promettent de faire payer « les autres » – qu’il s’agisse des immigrés, de l’Europe ou des plus aisés – soulignant que « tout le monde, sans exception, paie déjà ».
Les Pays-Bas, un modèle à suivre ?
François Bayrou a cité les Pays-Bas comme exemple de pays où la productivité par habitant dépasse celle de la France de près d’un tiers. « Aux Pays-Bas, la production de la nation par habitant est de 30 % supérieure à celle de la France », a-t-il rappelé. Selon lui, ce différentiel s’explique par deux facteurs : un accueil plus favorable des entreprises et une durée de travail supérieure à celle des Français. « Quelle est la clé aux Pays-Bas ? Deux choses. La première : ils accueillent les entreprises au lieu de leur faire la chasse. La deuxième : ils travaillent plus que nous », a-t-il analysé. Pour Bayrou, la France doit s’inspirer de ce modèle pour relancer sa compétitivité et réduire son endettement.
L’élu a également mis en avant la nécessité de soutenir davantage les entreprises françaises, estimant que « si nous avions la même production par habitant que les Pays-Bas, les ressources de l’État et des Français seraient 30 % plus élevées ». Une telle dynamique permettrait, selon lui, de dégager des marges de manœuvre pour financer les priorités nationales sans alourdir davantage la fiscalité.
Dette et politique : les mises en garde de Bayrou à l’approche de 2027
Dans son livre et lors de son intervention télévisée, François Bayrou a insisté sur les risques que fait peser l’endettement sur la capacité de la France à mener ses politiques publiques. « Toutes les campagnes électorales qui promettent des dépenses supplémentaires sur tous les sujets dont on aurait besoin vont être bloquées, empêchées, parce que tous les moyens de la nation, tout le travail des Français, vont être captés et détournés vers les intérêts que nous devons payer pour notre dette », a-t-il prévenu. Pour lui, « dans des proportions qu’on n’imagine même pas », cette situation pourrait contraindre l’État à revoir radicalement ses priorités.
À moins d’un an de l’élection présidentielle, Bayrou a également profité de son passage pour livrer une analyse géopolitique des dangers qui menacent la France. Il a mis en garde contre les « dangers mortels » que représenteraient, selon lui, les extrêmes – à gauche comme à droite. « Il n’y a pas un pays dans le monde où l’extrême droite et l’extrême gauche ont apporté du bien-être et du bonheur », a-t-il souligné, appelant les forces politiques modérées à coopérer pour éviter une radicalisation du paysage politique. « Tous ceux qui considèrent que l’extrême droite et l’extrême gauche sont deux dangers mortels pour le pays […] doivent se mettre d’accord », a-t-il conclu.
Une interview qui relance le débat sur la dette
Lors de son passage dans Les 4 Vérités, François Bayrou a également répondu à une question sur l’affaire Lyhanna, un dossier judiciaire ayant révélé des dysfonctionnements dans la prise en charge d’une mineure. Interrogé sur la nécessité de sanctions ou de moyens supplémentaires pour la justice, il a rappelé que « si le travail n’est pas fait, il y a forcément des sanctions », laissant entendre que le garde des Sceaux, Sébastien Lecornu, devrait se saisir de la question. « La justice, comme toute administration des affaires humaines, [si le travail n’est pas fait,] il y a forcément des sanctions », a-t-il déclaré.
Son livre, Alerte sur la France qui vient, ainsi que ses interventions médiatiques récentes, s’inscrivent dans une stratégie plus large pour positionner Bayrou comme une voix influente dans le débat économique et politique. Alors que la France affiche un niveau d’endettement record et que les marges de manœuvre budgétaires se réduisent, ses propositions pourraient trouver un écho croissant dans l’opinion publique.
À l’approche de l’échéance électorale de 2027, François Bayrou semble déterminé à faire de la réforme de l’État et de la maîtrise de la dette des thèmes centraux de son discours. Son plaidoyer, à la fois chiffré et percutant, pourrait ainsi peser dans les mois à venir sur les orientations économiques du pays.
Bayrou utilise les Pays-Bas comme exemple de pays où la productivité par habitant dépasse celle de la France de 30 %, grâce à un environnement plus favorable aux entreprises et à une durée de travail supérieure. Selon lui, cette différence explique en partie pourquoi les ressources de l’État néerlandais sont bien plus élevées que celles de la France.