Un projet énergétique vieux de deux décennies revient en force sur le devant de la scène. Comme le rapporte France 24, les travaux de construction du gazoduc transsaharien ont officiellement démarré début juin sur le tronçon algérien. Ce gazoduc, conçu pour acheminer le gaz naturel nigérian vers l’Europe en traversant le Niger, représente bien plus qu’une simple infrastructure : il pourrait redéfinir durablement l’équilibre des approvisionnements gaziers entre l’Afrique et le continent européen.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet de gazoduc transsaharien, envisagé depuis les années 2000, prévoit un tracé de 4 128 kilomètres reliant le Nigeria au Nigeria via le Niger et l’Algérie, avec une capacité initiale de 30 milliards de mètres cubes par an.
  • Les travaux ont commencé début juin 2026 sur le tronçon algérien, marquant une avancée majeure après des années de reports et de négociations.
  • Ce projet vise à diversifier les sources d’approvisionnement en gaz de l’Europe, actuellement très dépendante des livraisons russes.
  • Le Nigeria possède les 10e réserves mondiales de gaz naturel, estimées à plus de 5 400 milliards de mètres cubes.
  • Les pays traversés – Nigeria, Niger, Algérie – y voient une opportunité économique majeure pour leurs économies respectives.

Un projet ambitieux né il y a plus de vingt ans

Les premières études sur ce gazoduc remontent à la fin des années 1990, mais le projet a été constamment repoussé en raison de défis politiques, sécuritaires et financiers. Selon les informations rapportées par France 24, le tracé envisagé relie d’abord les champs gaziers du sud du Nigeria à la frontière nigérienne, avant de traverser le désert du Ténéré et de rejoindre les infrastructures algériennes existantes en direction de l’Europe. Le coût total est estimé à plus de 13 milliards de dollars, un investissement colossal qui devra être réparti entre les trois pays partenaires et les bailleurs de fonds internationaux.

Côté nigérian, ce projet s’inscrit dans une stratégie nationale visant à transformer les ressources gazières en levier de développement économique. « Ce gazoduc pourrait générer des revenus annuels de plusieurs milliards de dollars pour le Nigeria », a indiqué un responsable du ministère nigérian du Pétrole sous couvert d’anonymat. Pour l’Algérie, déjà un acteur clé des exportations de gaz vers l’Europe, ce projet permettrait de renforcer sa position tout en sécurisant de nouvelles routes d’approvisionnement.

Un enjeu stratégique pour l’Europe

L’Union européenne, en pleine transition énergétique et soucieuse de réduire sa dépendance au gaz russe, suit ce projet avec une attention particulière. Avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Europe importait près de 40 % de son gaz naturel de Russie. Depuis, Bruxelles a accéléré la recherche de fournisseurs alternatifs, notamment en Afrique. Le gazoduc transsaharien pourrait ainsi s’ajouter à d’autres projets comme le gazoduc Nigeria-Maroc, actuellement en discussion, ou les livraisons de gaz algérien via le gazoduc Medgaz.

Selon des analystes cités par France 24, ce gazoduc pourrait permettre à l’Europe de sécuriser jusqu’à 10 % de ses besoins annuels en gaz d’ici 2030, sous réserve que le projet soit mené à terme et que les volumes promis soient effectivement disponibles. « L’Europe a tout intérêt à diversifier ses sources, et l’Afrique de l’Ouest représente un potentiel sous-exploité », a souligné une experte en énergie à l’Institut français des relations internationales.

Des défis persistants malgré les avancées

Malgré le lancement des travaux en Algérie, plusieurs obstacles majeurs subsistent. Le premier concerne la sécurité : le tronçon nigérien traverse des zones où les groupes armés, notamment liés à AQMI, sont encore actifs. Le second est d’ordre politique : le Niger, où un coup d’État a eu lieu en 2023, doit encore stabiliser ses institutions pour garantir la viabilité du projet. Enfin, la question des financements reste entière, avec des négociations toujours en cours entre les trois pays et des investisseurs internationaux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement.

« Le calendrier initial prévoyait une mise en service en 2025, mais il est désormais clair que cette échéance ne sera pas tenue », a reconnu un diplomate européen. « Les retards sont inévitables, mais l’engagement des parties prenantes montre que le projet reste une priorité. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient se concentrer sur l’avancement des travaux en Algérie et au Niger, avec l’objectif affiché d’une première livraison de gaz vers l’Europe d’ici 2029 ou 2030. Plusieurs réunions ministérielles sont prévues d’ici la fin de l’année 2026 pour finaliser les accords financiers et sécuritaires. Bref, si les défis restent nombreux, l’impulsion politique actuelle pourrait bien donner un nouveau souffle à ce projet emblématique.

Reste à voir comment évolueront les relations géopolitiques dans la région, notamment après le récent rapprochement entre certains pays africains et la Russie, qui pourrait influencer les équilibres énergétiques. Une chose est sûre : le gazoduc transsaharien, s’il aboutit, changera durablement la donne.

Les trois pays traversés – le Nigeria, le Niger et l’Algérie – devraient bénéficier de retombées économiques majeures. Le Nigeria en tant que fournisseur principal, l’Algérie en tant que pays de transit et plateforme d’exportation vers l’Europe, et le Niger comme territoire stratégique pour le tracé du gazoduc. Des emplois locaux et des recettes fiscales supplémentaires sont également attendus dans ces pays.