Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), était l’invité du « 8h30 franceinfo » ce samedi 16 mai 2026. Lors de cet entretien, il a analysé trois dossiers majeurs de l’actualité internationale : la tension croissante autour de Taïwan, l’évolution du conflit en Ukraine et les enjeux géopolitiques autour de l’Eurovision 2026. Selon Franceinfo - Culture, ces sujets reflètent des dynamiques complexes où se mêlent stratégies militaires, diplomatie et symboles culturels.
Ce qu'il faut retenir
- Taïwan réaffirme son indépendance face aux pressions chinoises et aux incertitudes de la politique américaine sous Donald Trump, suscitant des interrogations sur sa sécurité.
- Les bombardements russes sur Kiev s’intensifient alors qu’une partie de la population ukrainienne se dit favorable à des négociations, dans un conflit qui pourrait encore s’étirer dans le temps.
- L’Eurovision 2026 révèle des divisions européennes après le retrait de plusieurs pays en raison de la participation d’Israël, dans un contexte de guerre à Gaza.
- La France maintient sa participation à l’Eurovision, contrairement à certains pays qui appliquent un boycott politique.
Taïwan face à l’ambiguïté américaine et à la pression chinoise
Le gouvernement taïwanais a réaffirmé publiquement son statut d’État indépendant, une déclaration qui intervient après les mises en garde du président américain Donald Trump lors de sa visite à Pékin. Taïwan, que la Chine considère comme une province à réunifier, bénéficie d’un soutien militaire américain historique. Cependant, cette alliance est désormais perçue comme moins fiable par Taipei, en raison des déclarations ambiguës de l’administration Trump. « Le plus important pour Taïwan est d’assurer une forme de dissuasion, une dissuasion de toute action chinoise, là où la Chine est depuis quelques années de plus en plus présente, voire de plus en plus oppressante dans le domaine maritime, dans le domaine aérien », a analysé Florent Parmentier, secrétaire général du Cevipof.
Cette incertitude pousse les autorités taïwanaises à explorer des alternatives pour garantir leur sécurité. La question se pose : dans un contexte où les États-Unis semblent adopter une posture moins prévisible, quelles solutions durables Taïwan peut-elle envisager pour se prémunir contre une éventuelle escalade chinoise ? Autant dire que la situation reste tendue, alors que les manœuvres militaires chinoises se multiplient autour de l’île.
Ukraine : entre intensification des combats et recherche d’un compromis
En Ukraine, la guerre s’intensifie sur plusieurs fronts. Les frappes russes sur Kiev se sont multipliées ces dernières semaines, tandis que les forces ukrainiennes subissent des reculs localisés. Paradoxalement, cette escalade militaire survient alors que des signaux de lassitude apparaissent au sein de la population ukrainienne, une partie d’entre elle se disant prête à envisager des négociations pour mettre fin à un conflit qui dure depuis plus de deux ans. « On a des bombardements sur Kiev, avec un recul des troupes russes […] Et on a une partie de la population ukrainienne qui est favorable à une forme de négociation », a souligné Florent Parmentier.
Pourtant, selon l’expert, ces négociations seraient prématurées. « C’est toujours dans les derniers moments d’une négociation que les affrontements sont les plus intenses, car chacun cherche à figer un rapport de force avant de s’asseoir à la table des discussions. » Une dynamique qui laisse craindre que le conflit ne s’enlise davantage, malgré les pressions internationales en faveur d’une résolution diplomatique.
L’Eurovision 2026, miroir des divisions européennes
Le concours Eurovision, souvent perçu comme un événement culturel apolitique, est devenu cette année un sujet de tensions géopolitiques. La participation d’Israël, dans un contexte de guerre à Gaza, a poussé plusieurs pays européens à boycotter la compétition. La France, elle, maintient sa participation, invoquant une distinction entre politique étrangère et culture. « La France ne boycotte pas en raison de sa politique étrangère », a rappelé Florent Parmentier. « On voit une division des Européens », a-t-il ajouté, soulignant que certains pays, comme l’Espagne, ont rappelé l’exclusion de la Russie en 2022, estimant que « si nous sommes cohérents, les mêmes causes doivent produire les mêmes effets ».
Cette division illustre les fractures au sein de l’Union européenne sur la manière de concilier valeurs démocratiques et réalisme politique. L’Eurovision, qui fête cette année ses soixante-dix ans, se retrouve ainsi au cœur d’un débat plus large sur la cohésion européenne face aux crises internationales.
Ces sujets, bien que distincts, partagent une même caractéristique : ils illustrent la manière dont les crises géopolitiques et culturelles s’entremêlent dans un monde où les alliances traditionnelles sont de plus en plus remises en question. Pour Florent Parmentier, ces dynamiques soulèvent une question centrale : dans un contexte international aussi incertain, comment concilier fermeté stratégique et stabilité régionale ?
La participation d’Israël à l’Eurovision 2026, dans un contexte de guerre à Gaza, a poussé plusieurs pays européens à boycotter la compétition. Ces États estiment que la présence d’Israël envoie un message ambigu, voire de soutien à sa politique militaire, alors que le conflit fait rage depuis plus de six mois. La question de la cohérence des positions européennes, notamment après l’exclusion de la Russie en 2022, est également au cœur du débat.