Une course silencieuse mais intense se joue sous nos pieds. Selon Euronews FR, des scientifiques et entreprises énergétiques se livrent une bataille technologique pour exploiter la géothermie « superchaude », une ressource capable de fournir une électricité renouvelable, constante et presque illimitée. Après des décennies d’utilisation traditionnelle, notamment en Islande où 30 % de l’électricité provient de cette source, l’innovation pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle ère énergétique.

Ce qu'il faut retenir

  • Exploiter seulement 1 % des roches superchaudes pourrait produire plus de huit fois la production électrique mondiale actuelle, selon la Clean Air Task Force.
  • La start-up Quaise Energy, issue du MIT, prévoit de construire d’ici 2030 la première centrale géothermique superchaude au monde dans l’Oregon (États-Unis).
  • Cette technologie utilise des ondes millimétriques pour vaporiser la roche à plus de 300 °C, là où l’eau atteint un état supercritique, bien plus énergétique qu’en géothermie classique.
  • Contrairement au solaire ou à l’éolien, la géothermie superchaude offre une production continue, indépendante des conditions météo, avec un emprise au sol réduite.
  • Des projets similaires émergent en Islande, en Nouvelle-Zélande et pourraient s’étendre en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
  • Les défis restent colossaux : forage en conditions extrêmes, résistance des infrastructures et risques de sismicité induite, comme l’a montré le séisme de Pohang (Corée du Sud) en 2017.

Une énergie aussi ancienne qu’innovante

L’énergie géothermique n’a rien de nouveau. En Islande, son utilisation pour le chauffage remonte à près d’un siècle. Aujourd’hui, ce pays nordique couvre 30 % de ses besoins électriques grâce à cette ressource, rappelle Euronews FR. Pourtant, cette technologie historique repose sur des réservoirs naturels d’eau chaude ou de vapeur, concentrés dans des zones volcaniques actives ou le long des failles tectoniques. La géothermie superchaude, elle, pousse le concept bien plus loin : elle cible des roches situées à plusieurs kilomètres de profondeur, chauffées à plus de 300 °C, où l’eau atteint un état supercritique.

À ce stade, un seul pour cent des ressources disponibles suffirait à fournir plus de huit fois la production électrique mondiale actuelle, selon les estimations de la Clean Air Task Force. Autant dire que le potentiel est colossal. « C’est une source de production propre et pilotable, idéale pour accompagner la sortie des combustibles fossiles », souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son dernier rapport State of Energy Innovation.

Le forage, un défi technologique sans précédent

Récupérer cette énergie implique de forer jusqu’à des profondeurs inédites. Or, les techniques classiques, héritées de l’industrie pétrolière, peinent à résister à des températures et des pressions extrêmes. Les coûts explosent à mesure que les puits s’enfoncent, et les matériaux conventionnels atteignent leurs limites. Face à ce constat, des solutions innovantes émergent. Quaise Energy, une start-up née au Massachusetts Institute of Technology (MIT), mise sur une technologie de rupture : des ondes millimétriques, semblables à celles des fours à micro-ondes, pour faire fondre et vaporiser la roche plutôt que de la découper mécaniquement.

Dans l’État de l’Oregon, l’entreprise prévoit de combiner des techniques de forage classiques pour les premiers kilomètres, puis de basculer sur ce procédé pour atteindre les profondeurs nécessaires. « Si cela fonctionne, nous pourrions extraire une énergie bien supérieure à celle des systèmes géothermiques actuels », explique la jeune pousse. L’objectif ? Une première centrale opérationnelle d’ici 2030, capable de générer 50 mégawatts dès sa mise en service, puis de monter jusqu’à 200 mégawatts pour alimenter des dizaines de milliers de foyers.

Pourquoi cette technologie fait-elle rêver ?

Contrairement aux énergies solaire ou éolienne, la géothermie superchaude ne dépend pas des conditions météo. Même si le stockage par batteries rend désormais les renouvelables « pilotables » 24 heures sur 24, cette régularité reste un atout majeur, surtout dans les régions où l’ensoleillement ou le vent sont intermittents. Autre avantage : son empreinte au sol est bien moindre que celle des vastes parcs solaires ou éoliens, souligne Euronews FR.

Les projets se multiplient à travers le monde. En Islande, des chercheurs ont obtenu 10 millions d’euros de financement européen pour développer des technologies similaires. La Nouvelle-Zélande, quant à elle, a signé un accord de coopération avec l’Islande en 2025 pour intégrer la géothermie superchaude dans sa stratégie de sécurité énergétique à long terme. « Avec les progrès du forage profond, cette énergie pourrait devenir viable en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, bien au-delà des zones volcaniques », estime l’AIE.

Des risques à ne pas sous-estimer

Malgré son potentiel, la technologie reste en phase expérimentale. Aucune centrale géothermique superchaude commerciale n’est encore opérationnelle. Les chercheurs doivent prouver que les puits, les formations rocheuses et les infrastructures peuvent résister à ces conditions extrêmes sur le long terme. Surtout, les risques environnementaux ne sont pas négligeables. Le forage peut provoquer des séismes, un phénomène appelé sismicité induite.

Le cas de Pohang (Corée du Sud), où un séisme de magnitude 5,4 a causé d’importants dégâts en 2017, rappelle les dangers. Selon les experts, il aurait été déclenché par l’injection de fluides à haute pression dans le sous-sol. Pourtant, ses partisans estiment que le jeu en vaut la chandelle. « Environ 2 % de l’énergie géothermique située entre 3 et 10 kilomètres sous la surface pourraient fournir l’équivalent de 2 000 fois la demande énergétique actuelle des États-Unis », calcule la Clean Air Task Force.

Et maintenant ?

Le projet de Quaise Energy dans l’Oregon sera un test décisif. Si les résultats sont concluants, d’autres pays pourraient rapidement emboîter le pas. L’AIE table sur une généralisation de la technologie d’ici 2035, à condition que les défis techniques et financiers soient relevés. Pour les années à venir, les investissements dans la recherche et les partenariats internationaux, comme celui noué entre l’Islande et la Nouvelle-Zélande, seront déterminants. Reste à savoir si cette course contre la montre suffira à accélérer la transition énergétique avant l’épuisement des ressources fossiles.

Dans un contexte où la demande énergétique mondiale ne cesse de croître, la géothermie superchaude pourrait bien représenter l’une des dernières frontières de l’innovation verte. Son déploiement massif n’est pas pour demain, mais chaque avancée technologique nous rapproche un peu plus d’un avenir où l’électricité pourrait être à la fois propre, abondante et accessible presque partout sur la planète.

À plus de 300 °C, l’eau atteint un état supercritique, capable de transporter bien plus d’énergie que dans les systèmes géothermiques conventionnels. Selon la Clean Air Task Force, exploiter seulement 1 % de ces ressources pourrait fournir plus de huit fois la production électrique mondiale actuelle.

Les défis sont techniques (forage en conditions extrêmes, résistance des infrastructures) et environnementaux (risque de sismicité induite). De plus, les coûts restent élevés, bien que les progrès technologiques pourraient les réduire à long terme.